Alan Corbel: « Ma discothèque est peuplée d’Elliott Smith, Jeff Buckley et Vic Chesnutt » (Interview)

Quand on écoute Alan Corbel chanter on se dit deux choses : 1. Le folk n’est certainement pas mort ou dépassé. 2. Les chants désespérés restent encore et toujours les plus beaux. Il se dégage de l’univers de ce garçon quelque chose de touchant et, n’ayons pas peur des mots, de triste, même s’il n’aime pas l’adjectif.  Des arrangements subtiles et élégants, l’omniprésence des cordes, et une voix délicate qui enveloppe et frictionne l’échine. On a voulu en savoir plus sur le garçon qui se cache derrière le remarquable Dead Men Chronicles (sortie le 20 février), nous l’avons donc rencontré jeudi dernier. Première partie.

On a été frappé par une chose en écoutant ton album : c’est qu’il sonne très vintage.

On a enregistré avec du matériel actuel, mais on a voulu que ça sonne comme si c’était enregistré dans une chambre. On avait beaucoup de clavier vintage et de vieilles guitares, mais ce n’était pas une exigence particulière. On trouvait que le son qui en sortait collait plutôt bien avec les chansons. Si demain on me sort un violon électrique avec un son du tonnerre, je ne dirais pas non !

Les mots ont une importance particulière, cela vient-il de ton attirance pour la poésie ?

J’écris des poèmes après je ne suis pas poète! Mais je n’aborde pas les mots de la même manière. Pour mes poèmes qui sont en français et mes chansons qui sont en anglais, j’ai pas toujours la même démarche. Pour mes chansons, j’essaie toujours de raconter une histoire, avec une envie de mouvement. Ça parle parfois de personnes qui ne sont plus là, mais c’est surtout pour le rendre hommage, et ça reste toujours dans l’optique d’avancer.

La mort d’ailleurs est omniprésente dans cet album…

C’est vrai. Mais ça parle surtout d’une personne qui décédée en 2008 qui m’accompagnait avant sur scène, Soazig. L’album a été construit autour d’elle, lorsqu’on passe d’une phase douloureuse à une phase d’apaisement durant laquelle le souvenir de la personne peut nous accompagner d’une jolie façon. Soazig Le Lay était violoncelliste. On s’était rencontré par le biais de mon métier de luthier… que je n’ai jamais vraiment exercé d’ailleurs. Je lui avais apporté un violoncelle que j’avais fabriqué et on s’est rencontré comme ça. Il y avait quelque chose de chouette de tourner l’album autour d’elle. Il y a une chanson sur l’album qu’on chantait ensemble sur scène « Children Of The Sun« . L’album lui est un peu dédié.

Parlons un peu de la lutherie justement…comment t’es venu cette passion ?

Il y a plusieurs facteurs…J’ai quitté le lycée avec mon bac; j’étais très matheux mais j’avais envie de bifurquer. A l’époque j’écoutais de plus en plus de musique classique. J’écrivais déjà et je jouais un peu mais je n’envisageais pas de devenir chanteur ou guitariste. Je pensais juste continuer à grattouiller dans ma chambre, et faire de la musique pour les copains. Mais, je voulais faire un métier en rapport avec la musique. Je commençais à apprendre à jouer du violon, et je me disais que ce serait cool de savoir comment sont fabriqués ces instruments, d’autant plus que je n’étais vraiment pas du type manuel…tout à fait logique donc d’aller faire de la lutherie! (rires). C’était une sorte de petit défi. Et puis j’avais envie de partir aussi, j’ai vu qu’il y avait une école de lutherie en Angleterre. J’y suis allé !

C’est quand même très original de choisir la lutherie…

C’est vrai, mais je trouvais ça vraiment très beau. Travailler le bois. Et puis, il y a une véritable réflexion sur l’acoustique que je n’avais pas avant…je ne sais pas si ça m’aide vraiment maintenant pour faire de la musique… Je savais que c’était un métier très exaltant, mais je savais aussi pertinemment que ce serait difficile d’en vivre. Heureusement qu’il y a des amis qui étaient avec moi à l’école ont réussi…mais après on se retrouve vite enfermé dans un atelier à réparer des violons de mauvaises factures qu’un petit garçon a cassé en s’asseyant dessus dans le bus en allant à son cours. Mais, c’est un métier que je compte exercer en parallèle.

Il y a beaucoup de place accordée au violoncelle dans ton album… y a-t-il une relation de cause à effet ?

Oh, pas mal de musiciens se font accompagnés par du violoncelle. Je sais par exemple que c’est quelque chose que fait beaucoup Piers Faccini en travaillant avec Vincent Segall. en faisant mon apprentissage de la lutherie, j’ai ressenti quelque chose de particulier. Quand on fabrique un violoncelle, on creuse dans la masse pour faire la table et le fond…il y a quelque chose de très charnel…On a une grande planche de bois qui très vite prend la forme d’un instrument et permet très vite d’imaginer plein de choses. Pour moi, avec le violoncelle c’est comme un vrai rapport homme/femme… Et la lutherie c’est aussi un métier de toucher…il y a un rapport particulier avec cet instrument. Et puis, quand il est bien joué, le violoncelle rappelle un peu la voix humaine.

Tu as enregistré Dead Men Chronicles avec Bertrand Belin. Comment as-tu été amené à le rencontrer ?

Il se trouve que pour une raison obscure mon éditrice m’avait demandé d’adapter en anglais une chanson de Bertrand…un projet qui n’a jamais du voir le jour d’ailleurs…Bref, c’est comme ça que j’ai découvert Bertrand Belin. En écoutant la chanson, j’étais déjà sous le charme… Aujourd’hui, dans les artistes francophone il y en a quand même très peu qui chante comme lui… Dominique A, Miossec peut-être sur certains titres.

Je suis allé voir Bertrand en concert à la Flèche d’Or, une carte blanche je crois. Déjà j’ai été séduit par le bonhomme, mais aussi par sa batteuse, Tatianna. Je voulais absolument que ce soit elle qui joue de la batterie sur mon album.  J’ai demandé à Bertrand si c’était possible… Et, on a été un peu bête parce qu’on recherchait aussi un producteur. On avait Bertrand Belin mais on n’a pas tout de suite tilté ! On a donc demander à Bertrand et Tatiana de travailler sur l’album. Bertrand a joué sur plusieurs morceaux, il m’a énormément aidé pour les arrangements. Il a vraiment une manière élégante d’arranger les titres.

Il se dégage une atmosphère très triste, très mélancolique de cet album…Alan, aurais-tu des tendances dépressives ?

(rires) C’est dur comme question…Je pense que je dois l’être un peu…C’est vrai que quand je me réveille j’écoute pas du Patrick Sébastien en sautant partout… J’écoute un peu de tout, de l’électro aussi. Mais c’est vrai que ma discothèque est plus peuplée d’Elliott Smith, Jeff Buckley, Vic Chesnutt… J’ai un peu de mal avec l’adjectif triste…je préfère mélancolique. La mélancolie c’est de la tristesse mais en plus doux…comme un spleen !

Propos recueillis par Sabine Swann Bouchoul et Emma Shindo

Dead Men Chronicles, sortie le 20 février

En concert le 10 avril au Café de la Danse.

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