« On cherche un blogueur, ton profil nous intéresse »

Le blogueur, quel statut bâtard. Au début, le mec ouvre son blog parce qu’il a envie d’écrire. Il a envie de partager ses coups de cœur, ses coups de gueule aussi. Il est passionné alors il écrit tout le temps. Tard le soir, après une journée de boulot éreintante. Il cherche, fouine sur le web, part à la pêche à l’information. Puis, il va écrire un peu par obligation. Bientôt ça va devenir un fardeau. Ensuite, on l’oblige à produire du texte. L’envie est un peu partie, ce qui était un plaisir autrefois devient un calvaire aujourd’hui. Mais il continue. Parce que des gens le suivent, parce qu’un attaché de presse attend son retour, parce que l’artiste veut savoir ce qu’il a pensé du concert.

Il change ses mots, il dit qu’il aime même quand il déteste. Il dit que c’est bien parce que tout le monde le dit. Il écrit ce que tout le monde a envie de lire. On lui fait comprendre qu’il n’est qu’un outil de promo et qu’en fait son avis ne compte pas trop. « D’abord t’es qui pour donner ton avis ? ». Ses billets se raccourcissent. D’ailleurs ils se ressemblent presque tous. L’écriture devient automatique. Il transpose les mêmes mots à des concerts différents.

Un jour, il reçoit ça dans sa mailbox. « On cherche un blogueur, ton profil nous intéresse ».

Une boite X lui demande d’être son blogueur. Regain d’intérêt pour le garçon qui pense que son travail gratuit devient finalement payant.

 « On te paye le train, l’hôtel et toi tu écris pour nous ». Sur le papier c’est cool. Le blogueur devient un journaliste. Sauf que le journaliste est vraiment payé pour les papiers qu’il produit. Le blogueur va courir à droite à gauche, interviewer des gens, faire des photos, produire du contenu tous les jours. Gratuitement. Enfin on lui paie le transport et l’hôtel, de quoi se plaint-il ? Au début il est heureux le blogueur. Il se dit que c’est fou de pouvoir être là sans avoir à débourser un sou. Puis avec le recul il se dit qu’en fait c’est quasi de l’exploitation. Défrayer l’hôtel et le transport c’est normal pour un journaliste. Le mec va sur place pour la boîte, la moindre des choses c’est de ne pas lui faire payer ça. Ce qui n’est pas normal, c’est pondre ensuite 4000 signes gratuitement, chaque jour, en échange de quelques vues et de son nom tagué sur Twitter. Pourtant le blogueur il accepte de le faire. Le sourire aux lèvres, et les yeux ultra cernés. La boite de production, le sponsor, le label, le festival, eux trouveront ça normal. Alors ils continuent d’exploiter ces blogueurs devenus main d’œuvre facile prêt à tout pour pouvoir en être. Être ultra-privilégié. Ou simplement avoir l’impression d’être ultra-privilégié. Être présent partout. Sur le festival. Dans la soirée hyper-privée. Il bosse mais au fait…comme il paie son loyer ?

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