On y était : Mai Lan, Yan Wagner, Benjamin Biolay au Festival des Inrocks VW

Du haut de mon balcon je surplombe la salle de la Cigale. Je peux voir la masse s’agglutiner au fur et à mesure que les minutes avancent. De la haut, je peux regarder deux spectacles en même temps : celui qu’offre la scène et celui du public. Le premier est parfait. L’affiche est belle en ce dimanche d’armistice. Trois artistes que j’apprécie : Mai Lan, Yan Wagner et Benjamin Biolay. Trois concerts et trois styles radicalement différents. Tellement différents qu’ils n’ont pas réussi à faire danser toute la salle en même temps. Le deuxième spectacle, celui du public, n’a pas conscience d’être aussi intéressant que le premier. Intéressant dans son statisme et son incapacité à s’exprimer. Amorphe. Tellement parisien qu’il en est écœurant. Trois-quatre pèlerines dansent et remuent leurs cheveux, des mecs ici-ou-là lèvent les bras. A la fin des morceaux, on applaudit poliment. Courtoisement. Histoire de dire. Pourtant, le spectacle numéro 1 est bon. Certes, le son n’est pas merveilleux, même épouvantable par moment, mais les artistes se donnent. Mai Lan, cette poupée tout en jambe et en cheveux présente son premier album. Une pop sucrée, aux accents folk, saupoudrée parfois de hip-hop. Mai Lan, la fille capable de chanter des immondices dans « gentiment je t’immole » et une chanson sur les huitres quelques années plus tard. Irrésistible. Mais le public est impassible, même lorsqu’elle chante son tube « Easy ». Qu’on ne dise pas que cette fille est inconnue, elle est la voix de la pub SFR, pour les moins curieux. Tout le monde l’a forcément entendu au moins une fois.

Yan Wagner, aussi présente son premier album. Forty Eight Hours, l’un des meilleurs albums de l’année 2012. De l’éléctro sophistiquée et classieuse. Comme on aime tellement comparer les artistes, on dira qu’il doit être le fils illégitime d’Etienne Daho et Depeche Mode, recueilli par Arnaud Rebotini. Le son est bon, la voix est bonne, la musique dansante. Ce garçon-là, est un nouveau phénomène de la musique électronique française…Et pourtant, ce putain de public parisien ne se lâche pas, comme s’il avait peur qu’on le juge. Est-ce mauvais de lâcher prise de temps en temps ? Comment fait-il pour rester de marbre quand résonne « Changed », le diaboliquement sexy « Lovesick » ou encore l’hypnotique « Vanished » ? De mon balcon, je vois les premiers rangs remuer de la tête, timidement. De haut en bas, de haut en bas. Puis, un tour rapide sur Twitter et je vois les commentaires du public : « Yan Wagner, mon coup de coeur« , « En fait sur scène, c’est Depeche Division« , « c’est une révélation« …blablabla… Le public a donc aimé. Mais, de nos jours, on ne s’exprime donc que par réseaux sociaux et non pas « IRL ».

Le dernier larron à monter sur scène est bien évidemment le plus attendu. Benjamin Biolay. Le terrible. Le rebelle. Le nonchalant. Il a failli ne pas être-là (à cause d’une putain de polémique avec le FN, mais on n’en parlera pas ici), mais finalement il est bien présent dans sa veste blanche. Il chante des titres de son nouvel album, accompagné de musiciens tellement carré qu’on penserait qu’ils sont à la Star Ac’. Propre, certes mais pas fou. Benjamin Biolay lui assure. Nonchalant, il se promène d’un côté de l’autre de la scène. Rebelle, il fume allégrement sur scène. Terrible, cette voix ravageuse se trouve être parfaite en live. On a envie que ça pète, que les gens se lèvent et se laissent aller sur « Marlène Déconne », on aimerait qu’ils dansent sur « Sous le Lac Gelé » ou « Los Angeles ». En fait, ils applaudiront à tout rompre pour « La Superbe », pourtant ratée. Il y aura quelques « ouuh » pour « Ne Regrette Rien » avec Orelsan. Et une poignée de personnes seront debout pour « Brandt Rhapsody »…mais on se demande si ce n’est pas parce qu’ils ont été coupé dans leur élan les menant vers la sortie après le premier rappel. Sur Twitter, les personnes seront encore élogieux sur le concert de Benjamin Biolay, ils disent qu’ils ont aimé, que ça annonce une belle tournée… Encore une fois, c’est donc définitivement sur son téléphone qu’on kiffe, entre un tweet et deux battements de pieds.

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