Kim Churchill : « Je ne ferai rien d’autre que de la musique. »

INTERVIEW – En plein coeur de sa tournée québécoise pour son 2e album Detail of Distance, Kim Churchill nous a accordé un peu de temps entre deux répétitions, au studio de sa maison de disques Indica, sur le Plateau. Il nous parle de tout et de rien, mais surtout de sa musique, de ses futurs albums, de sa créativité, de ses expériences en concerts, de sa vie sur la route, du surf…

Quand j’arrive au label, Kim est en train de répéter avec un violoniste, et plus tard j’apprends qu’un trompettiste va se joindre à eux. Il coupe court à sa séance dès que je me présente, pour m’amener dans la lumineuse meeting room qu’il apprécie beaucoup. Tout est calme, et sa présence est plutôt apaisante. Je lui précise que je vais devoir laborieusement traduire mes questions rédigées en français. Ça le fait rire. C’est bon signe. 

(c) Emma Shindo
(c) Emma Shindo

Qu’est-ce que ça te fait d’être de retour au Québec une nouvelle fois ? C’est un peu comme ta deuxième maison …
Je sais ! Ça l’est devenu avec le temps. C’est une chose incroyable de revenir une nouvelle fois ici, pour donner encore plus de shows au Québec. Je commence à reconnaître beaucoup de personnes aux concerts, et il y a de plus en plus de gens qui viennent. Quand j’ai commencé, c’était uniquement à Montréal et à Québec. Désormais on donne 18, 19, voire 20 concerts si je me souviens bien, c’est génial ! Surtout qu’après cette tournée québécoise, je ne serai pas là pendant un bout de temps.

Après tu repars en Australie ?
En effet. J’étais déjà en Australie ces derniers mois pour une tournée donc, en quelque sorte je fais un peu des aller-retours. Mais après cette série, je rentre en Australie pour Noël, et j’enchaînerai avec une tournée sur place, de janvier à mars, suivi normalement de concerts dans des petits bars aux États-Unis.

Tu ne t’arrêtes jamais !
C’est vrai, mais c’est que je n’ai pas de maison. Si je n’ai pas de concerts, alors je n’ai nulle part où aller.

Tu es constamment sur la route, loin de tes amis, de ta famille, tu n’as donc jamais songé à…
Me poser ? En vrai j’y pense tous les jours. Je ne peux pas m’installer à un endroit précis avec tous les amis, car ils sont partout à travers le Canada, les États-Unis, l’Australie, l’Angleterre. Si je veux être avec eux, le meilleur moyen c’est de continuer à voyager pour les voir tous. Je vois ma famille de temps en temps, et j’adore l’idée de posséder une petite maison quelque part à côté de la plage, où je pourrai surfer tous les jours, me reposer, manger des céréales le matin, ce genre de trucs. C’est les seules choses dont je me souviens dans le fait d’avoir vraiment une maison. Mais ce n’est pas pour tout de suite, ça arrivera quand je le mériterai.

Et pourquoi pas une petite pause ?
Non j’ai déjà essayé. Tu as du temps, mais si tu n’as pas de « chez toi », tu n’as nulle part où aller. Tout d’un coup tu te dis « ok, je n’ai pas à me rendre à Trois-Rivières ce soir pour un concert, donc qu’est-ce que je fais à la place ? ». Tout ce que je possède c’est un van, avec un lit derrière. Est-ce que tu vois ce que je veux dire ? Tu te sens vide, il n’y a rien à faire. Je peux me dire : « tiens je peux aller jusqu’à Toronto pour voir quelques amis mardi et mercredi, et puis j’enchaîne le jeudi et le vendredi à Ottawa, puis être de retour le samedi sur Montréal ». Tu restes quand même dans une sorte de tour, mais tu ne joues pas de musique tous les soirs, et tu ne gagnes pas d’argent, alors que tu en dépenses beaucoup à côté. Alors que dès je suis en tournée, j’ai toujours l’occasion de voir mes amis, je joue de la musique, et je reste constant pour la suite de ma carrière. De plus je gagne de l’argent, et il en faut pour enregistrer des albums. Je travaille sur quatre-cinq albums, et à l’unité ça te coûte 20 à 30 000 dollars. C’est pour cela que je dois continuer à amasser de l’argent pour me permettre de… donner !

Ton deuxième album Detail of Distance vient de sortir [mai 2012], est-ce que tu peux le comparer à ton premier album ? Où va ta préférence ?
Le premier a eu le temps de bien vieillir, donc je pense probablement que c’est celui que je préfère (rires). Tout est question de temps. Tu sais, quand quelque chose est suffisamment ancré dans le passé, c’est plus facile de le discerner avec lucidité. Avec mon premier album, je ne savais pas vraiment ce que je faisais. De tous les points de vue Detail of Distance est donc un bien meilleur album, plus accessible aux auditeurs.

Donc tu préfères Detail of Distance ?
Non je préfère le premier.

C’est bizarre… (on rigole)
Oui ça l’est, il faut juste donner une année supplémentaire à Detail of Distance.

Tu as enregistré Detail of Distance à Vancouver avec un quatuor à cordes. Est-ce que tu n’as pas déjà pensé, à peut-être un jour, monter sur scène avec un groupe ?
Si bien sûr ! Tous les jours ! Je joue toujours seul car c’est important pour moi de me retrouver face à moi-même sur scène en ce moment, pour voir ce que je suis capable de faire. C’est ma vie depuis trois, quatre ans déjà. Quand je sentirai que je suis allé au bout de cette créativité, alors j’aurai des musiciens avec moi sur scène.

Quels musiciens tu voudrais ?
Aujourd’hui j’ai répété avec un violoniste, qui sera avec moi pendant les trois mois de ma tournée australienne. C’est le premier pas. J’aimerais aussi beaucoup faire une tournée avec un quatuor à cordes, comme celui avec lequel j’ai enregistré mon album à Vancouver. Et pour finir, j’aimerais bien sûr un batteur.

Est-ce parce que tu en as marre de faire la percu toi même ?
Je n’en ai pas marre, c’est juste que ça épuise ma créativité dans le sens où j’arrêterai d’être inspiré par l’écriture de chansons, je n’aurai plus cette envie de les jouer comme ça, en faisant ce rythme là. (il tape alors du poing sur la table métronomiquement). Tu ne peux faire que ça, c’est tout. Alors tôt ou tard je me dirai : « je veux un batteur qui peut faire ça » (il tape de nouveau sur la table, croche deux-doubles), ou pour jouer des cymbales. Et quand ce temps viendra, il faudra que ma tête se décide à écrire des chansons qui auront une ligne rythmique en dessous. Car ça dépend aussi de comment ta tête écrit une chanson. Il y en beaucoup pour lesquelles je hoche juste la tête en rythme, car j’ai besoin de cette pulsation, et pour le moment c’est tout ce dont j’ai besoin. Dès que j’écrirai des chansons qui rendront bien mieux avec tout un ensemble de percussions, alors il sera temps que j’ai un batteur.

Tu y songes vraiment sérieusement !
Carrément, je pense même à des millions de possibilités de ce que je pourrais faire. Je ne sais pas quand ça arrivera, mais je sais, que c’est ce que je vais faire pendant le reste de ma vie. Je ne ferai rien d’autre jusqu’au jour où mes mains seront trop faibles pour jouer de la guitare.

Tu testes tes nouvelles compositions quand tu es sur scène. Donc comment est-ce que tu choisis les chansons tu vas mettre sur ton prochain album ? Tu dois avoir déjà tellement de matériel en stock…
Effectivement j’en ai beaucoup. Je travaille sur un album qui contiendrait 10-12 titres, avec seulement de la guitare acoustique, un quatuor de cordes, et du chant. Il doit être fait de cette façon. J’ai dix autres chansons en plus de ça que je teste en répétition, avec plus de distorsions, d’intensité, de sonorités plus rock.

Pour revenir à ta question, bien sur que je teste mes compositions sur scène, avec plusieurs combinaisons : juste de la guitare et du chant, ou au contraire utiliser plein d’effets en plus du chant, comme de la grosse caisse et l’harmonica, pour produire cet effet « one man’s band ». Je peux aussi bien donner une performance épurée, comme un concert avec cet énorme son sonique et consistant. C’est bien de tout expérimenter entre ces deux extrêmes, chercher où le son se place le mieux.

Tu jouais déjà ta chanson Bathed in Black en 2011, et cette chanson est finalement sur ton 2e album. Tu as eu le coup de foudre ?
Cette chanson était écrite depuis déjà deux ans, et c’était l’une de mes favorites à jouer en live pendant la majeure partie du temps. Ça m’a pris un long moment avant de l’enregistrer.

Tu as un 3e album qui arrive bientôt ?
J’en ai deux différents, sur lesquels je travaille actuellement.

En même temps ?
En fait je travaille juste dessus. C’est comme un artiste qui peint plusieurs toiles d’un seul coup. Il a pu commencer à travailler sur une première toile il y a un an et demi, et sur une seconde toile il y a six mois. Il y travaille quand ça lui chante, quand il souhaite aller dans une certaine direction. Je ne suis pas sûr de quand ils sortiront. Par ailleurs je songe à quatre ou cinq autres albums après ça.

Quelle serait la différence entre ces deux albums  ?
C’est dur de l’expliquer avec des mots. C’est juste une question d’énergie, d’alchimie, d’interaction entre ta musique et les gens qui l’écoutent. Tu peux avoir un album que tu écoutes alors que tu vas à une soirée en voiture avec des potes, ou que tu écoutes quand tu vas te coucher… Tu ne mets pas la même dose d’énergie, de gros son quand tu essayes de te reposer, le soir avec un verre de vin sur ton canapé. Je les différencie dans ma manière de faire ressortir différentes sortes de sentiments chez mes auditeurs.

Qu’est-ce que tu serais si tu n’étais pas un musicien ?
Mort je pense (rires). Je n’existerais pas. En fait je ne sais pas, je n’en ai aucune idée. Je n’y ai jamais pensé.

Même pas une petite option ? Un plan B ?
Je n’ai pas de plan B car si tu en as un, tu ne peux pas te consacrer à 100% au plan A. Peut-être que je serais un vieux barbu qui se prélasse dans les rues, mais je jouerais toujours de la musique, et je serais toujours dans mon plan A.

Tu as été un peu partout. Australie, Canada, États-Unis, Angleterre, même le Japon. Alors pourquoi tu ne viens pas en France ?
Je sais ! J’en ai vraiment envie. Peut-être l’année prochaine. En plus je suis citoyen britannique par ma mère, donc je n’aurai pas même besoin de visa. Je voudrais vraiment faire une tournée européenne, mais je suis déjà pas mal occupé ici, avec tous ces concerts, toutes ces choses à faire. Donc ca sera quand le moment viendra, peut-être l’été prochain, j’aimerais beaucoup cela. J’ai 22 ans, et logiquement à cet âge tu as vraiment envie de voir le monde, de voyager en Europe, et même de visiter correctement l’Angleterre, car je n’y suis jamais resté plus que quelques semaines. Ma famille vient de Chichester, dans le West-Sussex (côte sud-ouest de l’Angleterre). J’ai vu beaucoup de Chichester, mais pas beaucoup du reste de la région. Je ne me suis pas rendu en France et dans le reste de l’Europe depuis que j’ai six, sept ans. C’est vraiment le prochain endroit où je souhaite réellement me rendre.

Au BluesFest, tu avais dit que ta chanson préférée du moment était Bathed in Black. Quelle est celle que tu préfères jouer en ce moment?
Hum c’est une bonne question (il réfléchit vraiment). Qu’est-ce que j’aime bien jouer actuellement ? « Wander the Tracks » de Detail of Distance doit être ma préférée. Je la répète aujourd’hui avec de la trompette, et j’adore la jouer.

Pour finir, peux-tu nous parler de ton meilleur souvenir de concert, et du pire ?
Alors, le meilleur souvenir qui me vienne à l’esprit doit être le deuxième concert du Festival (impossible de retrouver le nom) au théâtre Impérial de Québec si je me souviens bien. C’était un concert génial, même si je n’ai joué que 25 minutes, mais il y avait une telle énergie, le public était si excité ! Cela-dit mon concert préféré – ouch c’est une question difficile ! – c’est plus les trois jours du Byron Bay Blues and Roots Festival de 2010, et mes deux performances là-bas. Sans oublier le Festival de Jazz de Montréal qui était fantastique. Je pense que c’est les trois qui se démarquent jusque-là. Le pire… (il souffle). J’ai donné ce concert au Tamworth Music Festival en Australie. C’est un gros événement, mais tous les artistes qui viennent doivent se débrouiller par eux-mêmes car il n’y a pas d’organisation centrale. En gros chaque café, chaque bar réserve ses groupes pour la semaine. Pour ma part une galerie d’art m’avait demandé si je pouvais donner des concerts. J’ai donc joué le premier soir pour la propriétaire et quatre de ses amies, puis le second soir pour six personnes. Et même chose le troisième soir. J’étais tellement choqué lorsqu’elle m’a dit que le billet était à 60 dollars, c’est tellement cher, et puis personne ne savait qui j’étais à cette époque. Je lui avais demandé pourquoi un tel prix, et elle m’avait répondu que c’était dans une superbe galerie d’art où tu pouvais admirer de belles peintures. Elle était dingue ! J’ai dû faire ce concert quatre soirs de suite, divertir le public à chaque fois, dans une salle qui aurait pu contenir 200 personnes


Chez RockNfool, on fini toujours avec ce qu’on appelle un « quizz stupide » ..

J’aime les quizzs stupides !

Thème : Australie vs Canada

Orignal ou Kangourou ?

Les kangourous parce qu’ils ne tuent pas quand tu leur rentres dedans. Les orignaux sont chouettes, mais ils sont dangereux, surtout si tu conduis de nuit.

Canberra ou Montréal ?

Oh Montréal ! C’est ma ville préférée dans le monde. Québec est super aussi, mais j’aime tellement Montréal. Ce n’est pas que la ville en soit, c’est mon expérience avec. J’ai le studio ici, je peux y venir tous les jours, j’ai de très bons amis, et j’ai tous ces magnifiques souvenirs avec le surf. (je m’étonne et lui dit qu’il fait froid!). Je peux surfer ici pendant l’été. Si j’avais le temps, je pense que j’irai là maintenant. Montréal sans aucun doute !

Keith Urban ou Roch Voisine ?

Ou qui ? (j’essaye de lui expliquer, mais sans succès). Je ne sais pas qui c’est. Je connais Keith Urban, donc je pense que je vais répondre lui, juste parce que je ne connais pas du tout l’autre. C’est un bon guitariste, même si je n’écouterai jamais sa musique.

La Victoria Bitter ou la Molson Beer ?

Molson ! La Victoria Bitter c’est la bière la moins chère en Australie, et quand nous étions jeunes, alors que nous n’étions pas supposés boire, on donnait de l’argent à nos grands frères et on leur demandait de nous acheter la bière la moins chère. On buvait donc de la Victoria Bitter, la VB, que nous avons renommé la bombe à vomis (Vomit Bombs), car quand tu en bois, tu vomis. Par conséquent, définitivement la Molson !

Naomi Watts ou Rachel McAdams ?

(5 secondes de blanc). Je ne connais aucune des deux. (j’essaye de lui décrire les actrices). Je vis dans un van, je ne regarde pas de films. Mais c’est cool, je vais quand même en choisir une. Est-ce que j’ai mon téléphone pour regarder sur Google. (il n’a pas son téléphone). Bon, je vais choisir Naomi Watts. (je lui dis qu’elle est australienne). Ah ! Voilà Naomi !

Je pense déjà connaître la réponse, mais je dois quand même te demander. Surf ou hockey ?

(rires) Le surf ! C’est la seule chose au monde, que je pourrais choisir à la place de la musique !

Donc tu aurais pu devenir surfeur ?

Non je n’aurais pas été assez bon. Il y a 25 places dans le WCT, qui est le nom du championnat mondial du surf, et ces 25 professionnels peuvent gagner suffisamment d’argent pour survivre. Il n’y a pas d’argent pour les millions d’autres. Alors qu’en musique, cela n’empêche pas d’autres musiciens de se faire un peu d’argent, en parallèle des gros groupes planétaires.

J’aime trop la musique, je ne choisirai pas le surf à la place de la musique, mais ca reste quand même l’autre élément majeur dans ma vie.

Ceci est une affreuse question (il rigole) …Cody Simpson ou Justin Bieber ?

Redis moi le premier ? Je ne connais pas grand chose de Cody Simpson, mais je dois dire que même si je déteste la machine et tout le faste derrière Justin Bieber, c’est un mec très spécial, il est talentueux et déterminé. Je l’ai vu jouer un match de basket avec des adultes super impressionnants et ne s’est pas laissé démonter, et pour un garçon de son âge, réaliser tout ça, je trouve qu’à certains égards c’est impressionnant. Je hais cette machine, mais elle a été créée tout comme ces superstars, Michael Jackson ou Madonna, et ça doit arriver. Tout est relatif, et donc c’est pour ça que je choisis Justin Bieber.

Australie 4. 3 Canada.

Retrouvez les prochaines dates de Kim sur son site officiel !

Propos recueillis par Emma Shindo, chez Indica Records.

Photo : James Looker

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