Richie Havens est mort, vive Richie Havens !

C’est un peu dommage de se rappeler de certaines personnes seulement à l’heure de leur mort, mais c’est ainsi, alors débutons l’exercice.

Richie Havens est un personnage peu connu en France, et pourtant il mérite le détour. Songwriter new yorkais né en 1941, il sera rappelé à la mémoire par beaucoup pour avoir fait l’ouverture de Woodstock. Alors qu’il ne devait passer qu’en cinquième position, il se retrouve à être le premier, les autres groupes ne pouvant rejoindre le site du festival avec leur matériel. «J’ai ouvert le festival de Woodstock alors que j’étais prévu de passer en cinquième position. Je me suis demandé ce que je faisais là. Non non, pas moi, pas en premier. J’ai cependant dû monter sur la scène, car il n’y avait personne d’autre pour passer en premier». Le gars ne se démonte pourtant pas. Il fait ses petites 2h30 de concert, électrise la foule, revient et revient encore après de vrais rappels, et n’ayant plus de chansons en stock, conclut avec une improvisation basée sur un vieux gospel, « Motherless Child », qui deviendra une des chansons symboles du festival, « Freedom ». Sa réputation de showman était faite.

Richie Havens ne fut toutefois pas que cela : il fut aussi une figure incontournable de l’histoire de la musique folk américaine. Né à Brooklyn, il déménage à l’âge de 20 ans à Greenwich Village Le quartier de Manhattan, mitoyen de celui de Chelsea où se croiseront Leonard Cohen et Janis Joplin, hébergeait déjà Bob Dylan : cela vous donne un peu l’idée de l’ambiance artistique du New York d’alors, et du style de musique qui imprégnera le jeune musicien. Ce dernier a pourtant une place particulière de part sa voix et son jeu de guitare. Véritable chanteur de chansons folk, sa voix était chaude, légèrement rauque. Elle venait du fond de ses tripes avec une intensité sans commune mesure faisant bien plus penser à ces voix venant de la scène blues du sud des Etats-Unis, ou de la Motown de Chicago. A cela on rajoute un jeu de guitare reconnaissable entre mille. A l’opposé du jeu léché, fait d’arpège léger de Simon & Garfunkel, il grattait ses 6 cordes sans distinction, à vive allure, comme on le retrouvait parfois dans le jeu de Johnny Cash. Mais si Johnny était un vieux train à vapeur, Richie était un TGV. Il tenait enfin sa guitare de manière très particulière. Quand on crie sur les guitaristes amateurs quand ils galèrent à faire des barrés, lui ne s’est jamais embêter : c’est son pouce d’ours qui l’aider à compléter ses accords.

Son style particulier et ses qualités d’interprètes ont fait de lui un grand pourvoyeur de grandes reprises. Puisant dans un répertoire large, il nous offrit des titres comme « Hear comes the sun », « Just like a Woman »,  « All Along The Watchtower » « Eleanor Rigby », « Time after time » ou encore « I started a joke ».  Mais il écrivit également des titres qui font bien plus qu’attirer l’oreille comme « Follow » ou « Handsome johnny » extrait de son premier album, Mixed Bag, sorti en 1967, par lequel le novice peut commencer avec délice.

Richie Havens est donc mort à l’âge de 72 ans. Espérons que les hommages posthumes lui lui permettront de rentrer en France, dans plus de mange-disques qu’auparavant. Richie Havens est mort,  vive Richie Havens !

Charles L.

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