AV : « Je fais de la musique pour être quelqu’un d’autre »

Sa musique est intrigante. Oppressante même. Elle est sombre et sexy à la fois. Des mini-scénettes dark où la nuit est omniprésente. La mort aussi. On croise des zombies, on rêve de s’enfuir, on traîne dans les bars. La musique d’AV est électronique, elle se joue en français et furieusement addictive.

AV, c’est Adrien Viot, un garçon au regard intense et à l’aura mystérieuse. On trouve son nom pour la première fois chez Lescop. « Tokyo, la Nuit« , c’est signé de sa main. Puis, on découvre un morceau bien à lui, « Venus Bar », et c’est avec ce morceau-là qu’il sort de l’ombre. C’était il y a un an. Depuis ? Depuis, il a travaillé d’arrache-pied, fait quelques concerts et surtout pris son temps pour préparer son E.P, disponible depuis le 29 avril. Un E.P sur lequel on retrouve Johan Gentile de Mustang et Antoine St-Antoine de Lescop à la basse et Christophe Van Huffel à la guitare : une équipe de choc pour un Venus Bar qu’on ne veut plus quitter. Adrien Viot nous fait le tour du proprio.

RENAUD MONFOURNY
AV PAR RENAUD MONFOURNY

Raconte-nous ton parcours musical ?

J’ai commencé à beaucoup écrire au collège. Du rap surtout. J’étais un fan de Dr Dre, NTM… Puis arrivé au lycée je me suis mis à écouter du rock et les Cure. J’avais un groupe de reprises. Puis j’ai fait une école de radio et à la sortie je deviens animateur pour Oui fm, je reste là-bas un an, avant de partir en Angleterre. A l’époque, j’écrivais surtout des textes sur les premiers amours, sur l’adolescence. Pas de musique, juste des textes. Je suis devenu musicien assez tard. Un jour, un copain m’a laissé des synthés analogiques pendant un été, je crois qu’il avait peur qu’on les lui vole alors je les ai gardés et j’ai essayé. J’ai fait des compos, des reprises… puis des chansons. Les choses se sont faites assez naturellement. J’ai rencontré Alexandre des Puss In Boots, ensemble on a commencé à travailler sur quelques morceaux. On a fait « Venus Bar » qu’on a posté sur internet il y a un an et demi… Il y a eu d’excellents retours, mais on n’avait rien d’autres sous la main. On a été un peu pris de court, c’est pour ça que ça a pris autant de temps de faire cet EP.

Tu t’es exilé en Angleterre, pourquoi ?

J’étais à Manchester, pas spécialement pour la musique, même si je connaissais déjà beaucoup sur sa culture musicale : Oasis, Joy Division… En fait je suis parti suite à une séparation, j’avais besoin de partir loin et je connaissais une amie qui habitait à Manchester, donc on a fait une collocation pendant un an. J’y étais en plein pendant la crise, j’ai eu du mal à trouver du boulot du coup, j’avais beaucoup de temps pour écrire et en revenant en France j’avais pas mal de textes, il fallait que j’en fasse quelque chose. La musique de Manchester ne m’a pas influencé, par contre l’isolement m’a inspiré. Je n’avais pas beaucoup d’argent, donc je sortais très peu, j’avais un très mauvais anglais, j’ai eu beaucoup de temps pour regarder des films et lire… et puis Manchester est une ville très moderne qui évolue beaucoup qui  n’a rien à voir avec l’époque de la Factory, ce n’est plus la ville maussade, grise… donc pas très inspirante…

Tu parlais des Cure, quels sont les autres artistes qui t’ont marqué ?

Le premier artiste français que j’ai beaucoup écouté c’était Daniel Darc. Je l’ai découvert avec l’album Crève cœur. A l’époque, je traînais beaucoup avec les bébés rockeurs et il était souvent dans le coin. Je m’étais forcé à écouter son travail, le personnage m’avait fasciné. Je me suis intéressé aux auteurs avant les grands musiciens : Bashung, Jean Louis Murat, Brigitte Fontaine. Christophe aussi, mais beaucoup plus tard. Comme beaucoup de jeunes un peu cons, j’avais pas mal d’a priori à son sujet, je pensais que c’était un chanteur de variété avec des influences bling-bling, italiennes. Je me suis rendu compte que c’était beaucoup plus profond que ça.

Tu viens d’évoquer Bashung, il me semble que tu as travaillé avec son co-parolier ?

En fait, au moment où j’ai fait mes dépôts à la Sacem, on m’a repéré et proposé un stage d’écriture avec Jean Fauque au Studio des Variétés, avec Moziimo et Sylvain Seguin, le chanteur de Phyltre. J’ai eu un grand coup de foudre pour ce monsieur. On allait au restau, on s’est mis de bonnes murges, on ne s’est pas vraiment améliorés en écriture mais on a bien rigolé. Et puis il nous a parlé de son expérience et confié quelques anecdotes sur Bashung, Gainsbourg…

Qu’est ce qu’il t’a apporté ?

Je me souviens lui avoir fait lire mes textes et il m’a dit « c’est bonnard, t’es un vrai petit Gainsbarre, t’as rien à apprendre ». En deux jours, il n’y a pas le temps de vraiment travailler mais il nous a surtout apporté un soutien, de la confiance. Il nous a rassuré, nous a dit qu’on n’avait chacun notre style d’écriture et qu’il ne fallait pas essayer d’écrire comme « Jean Fauque ».

 Tu as un style d’écriture très particulier, très « rap »…

Oui, je crois que ça vient du lycée et de l’époque où j’écoutais beaucoup de rap. Je me souviens avoir adoré l’album de Doc Gyneco, Première Consultation. Je trouvais ça génial. Ce côté un peu pervers, sale, mauvais garçon, avec pas mal de jeux de mots. Je lui trouvais un côté Souchon… Le reste de sa carrière, c’est un peu du gâchis par ailleurs, c’est bien dommage.

Ton E.P vient plus d’un an après avoir dévoilé tes premiers titres. Tu as pris ton temps…

C’était assez long, parce qu’on avait besoin de temps, et parce que je débute tout juste la dedans. Les morceaux étaient prêts depuis longtemps mais j’étais pas forcément bien entouré. Et puis, j’avais besoin de temps pour travailler le live, la scène, avant de présenter mon projet. Il y a eu plusieurs étapes. J’ai commencé par travailler avec Alexandre, chez lui. J’arrive avec des maquettes déjà prêtes faites avec d’autres musiciens. On les travaille un peu puis on est allés voir Christophe Van Huffel, l’arrangeur de Christophe. Il m’a vraiment décomplexé, il a été un véritable coach. Quand je suis sorti de son studio et que j’ai fait Rock en Seine c’était la première fois que je me lâchais vraiment. Le mix ensuite a pris pas mal de temps. Finalement pour l’EP on a retenu quatre titres. L’album devrait arriver pour début 2014. Je continue à écrire des chansons et j’ai envie de proposer quelque chose de bien. La musique en français, c’est comme le vin ou le fromage, il faut laisser vieillir, pour avoir de la qualité. Il faut prendre son temps, laisser mûrir les choses. J’ai besoin d’écouter les morceaux pendant plusieurs mois, pour être sûr de moi et voir si je ne m’en lasse pas.

Comment es-tu venu à écrire une chanson pour Lescop ?

Je connaissais déjà Matthieu avant Lescop. Ça datait de l’époque d’Asyl. Je me rappelle qu’on faisait un basket tous les deux avec Antoine, son bassiste que je connais bien. Matthieu et moi, n’étant pas très sportifs, on s’est mis sur le bord du terrain et on se faisait écouter nos maquettes. Je trouvais les maquettes vraiment top, mais j’étais persuadé que ça n’allait pas marcher parce que je pensais que les gens n’allaient pas comprendre. J’avais d’ailleurs eu la même réflexion avec La Femme, mais je suis bien content de m’être trompé. Je sous-estimais la société face à ce style de musique. Bref, quand je suis parti en Angleterre, on est resté en contact avec Matthieu, on se tenait au courant sur l’avancée de nos projets. Je me rappelle qu’il me disait qu’il lisait un livre de Yukio Mishima et qu’il avait envie d’écrire une chanson sur ce bouquin. J’ai lu rapidement le résumé sur internet et je lui ai envoyé un texte le lendemain, un mois après il m’a fait écouter une maquette. Le titre était prêt. On s’est revu quand je suis rentré de Manchester, à Paris. Il allait faire écouter ses titres au label. Je lui ai dis que je voulais qu’il m’écrive un texte. J’avais une instru, j’imaginais un voyage dans une voiture, je lui ai envoyé le morceau. Il m’a envoyé un texte que j’ai un peu adapté par la suite. Ca c’est fait assez naturellement. Ce qui était cool, c’est qu’à l’époque il n’y avait vraiment pas de calcul, il ne se passait absolument rien ni pour lui ni pour moi. C’est satisfaisant de voir que ça marche très bien pour lui.

Tu n’as pas peur qu’on te compare à lui ?

La comparaison est, je pense, inévitable. Ça ne me dérange pas. On en parle avec Matthieu et on en rigole. On a envie de faire notre trou chacun de notre côté. Et puis je pense qu’il y a de grosses différences. Lui, dit que j’ai un côté plus viril, plus électronique, plus Bashung aussi. Et c’est plus cette comparaison-là qui me fait peur. Je suis un gros fan de Bashung. Et si je réponds oui à cette comparaison, j’ai peur de passer pour un gros prétentieux. J’imagine que c’est pareil pour Matthieu qui ne veut pas qu’on le compare à Etienne Daho, parce que Lescop c’est plus compliqué qu’un « simple fils spirituel de Daho ». Il y a d’autres choses. C’est plus sombre.

Ta musique aussi est assez sombre, avec un thème récurent : l’évasion, la fuite…

J’évite pour l’instant de parler de moi, parce qu’il faut un peu de vécu pour ça. Bien sûr je le fais quand même via des scènes de films, des fantasmes. J’ai cette obsession de fuite, d’évasion… Je ne saurais l’expliquer. J’imagine que c’est comme les acteurs qui font du cinéma pour être quelqu’un d’autre, moi je fais aussi de la musique pour être une autre personne.

Comme qui ?

James Dean… ou Michel Piccoli dans Le Mépris ! Je suis un grand fan de cinéma et de musique de film aussi. Je scénarise beaucoup mes chansons, j’essaie d’installer des atmosphères. Je suis obsédé par les thèmes. Je veux que chacune de mes chansons aient un lieu, un décor.

Tu as remporté les Inrocks Lab l’année dernière…

Oui j’étais assez surpris. A l’époque on n’avait rien sorti, on avait simplement mis le titre de Venus Bar… Je suis très content de l’année écoulée, même si c’était une très longue année. Mais c’était vraiment cool, on a fait Europavox, Rock En Seine, le Point Éphémère  la Gaité Lyrique. Sans promo, ni pub. C’est juste grâce au bouche à oreille. Rock en Seine, c’était un peu un déclic. C’était vraiment la première fois que j’étais heureux et à l’aise sur scène. Avant, pour moi, la scène c’était vraiment un calvaire, je n’arrêtais pas de me demander pourquoi des gens viendraient me voir chanter ! Et après Rock en Seine, j’ai compris que je ne pouvais plus reculer, et qu’il fallait que j’assume à fond. C’était une super expérience. Et puis c’était notre dixième concert, pour les dix ans de Rock En Seine…un beau symbole.

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