10 conseils pour être un groupe tendance-trop-hype

Tu es beau, t’es chanteur, tu chantes pour les copains. Tu veux faire des tubes et que ça tourne bien. Gagner de l’argent blablabla que partout dans la rue on parle de toi, que les filles se jettent sur toi, etc etc. Le problème, Henri, c’est que tu viens de te faire refouler de tous les concours auxquelles t’as participé. Les InrocksLab ne veulent pas de toi. Deezer De Talents ne t’as pas sélectionné. Tu n’apparais même pas dans les 100 premiers groupes préférés du Prix Ricard S.A Live. Bref, ton groupe souffre d’un grave déficit d’amour et d’image.

As-tu respecté les 10 commandements pour être un groupe hyper tendance qui fera de toi le prochain groupe hype que tout Paris « kiffe à mooooooooort » ? Rappel.

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1. Un chanteur (chanteuse) BG en front-line, tu auras.
Parce que c’est bien connu, le succès d’un groupe passe par le sex-appeal de son/sa leader. S’il n’a pas le physique de Johnny Depp (jeune) ou de Mila Kunis (adulte), ce n’est pas grave. En revanche, il faudra tabler à mort sur le look. À Paris, tout est paillettes et paraître, l’essentiel est dans la tenue et dans le style. Les cheveux longs, les cheveux roses, les coupes déstructurées, des tatouages de partout, plus c’est original, plus les gens de la musique aiment. Arrange-toi pour être dans l’une des castes favorites des Parisiens : hipster/bobo/preppy. Mais le must aujourd’hui, apparemment c’est d’être « Normcore« . Tu ne sais pas ce que c’est ? Je te rassure, moi non plus.

2. Pas trop d’instruments, tu joueras.
Non parce que si t’as envie de jouer partout et surtout dans les corner shops des magasins ultra hype, mieux vaut que tu n’aies qu’un MacBook avec toi… voire un guitariste. Oublie le batteur, ça prend trop de place. Et un bassiste, ça sert vraiment à rien. À moins qu’il soit très beau. À Paris, on n’aime pas trop payer les musiciens, ben oui hein, on ne paie pas les jukebox, c’est pareil. Donc, deux musiciens et l’ordinateur suffisent. De toute façon, un Mac c’est trop fort, il peut te faire tous les instruments en même temps.

3. De l’électro-pop, tu feras
Dans la biographie très évasive que tu enverras à tous les médias parisiens et les blogueurs ultra influents, n’oublie surtout pas de caractériser ton style. Les journalistes marchent par petite case, si tu n’entres dans un bac de la Fnac, le mec derrière son ordinateur, il est perdu au moment de te faire son papier. Apparemment, ce qui marche d’enfer en ce moment, c’est l’électro-pop. Mais bon, on ne sait pas trop ce que c’est. Disons que c’est le mot magique préféré des journalistes des Inrocks. Et taper dans l’œil des Inrocks, c’est ce que tu cherches à faire absolument rappelle-toi.

4. Ne pas trop chanter, tu devras
En vrai, les paroles des chansons, aujourd’hui on s’en fout carrément. Les songwriters n’intéressent personne et bizarrement, on s’est tous mis à décortiquer des paroles de Lana Del Rey quand elle a sorti son album et c’était pour se foutre d’elle. Donc, mieux vaut ne pas trop te casser la tête, quatre lignes suffisent. Différentes un peu en anglais c’est bien en français c’est mieux, parce que tout le monde veut être le petit fils spirituel d’Étienne Daho. Si t’es une nana, on te conseille de meubler ta chanson avec des ohhh et des ahhh et toutes les autres voyelles de l’alphabet. Les vocalises, c’est pour montrer que t’as trop une belle voix.

5. Beaucoup de réverb’, tu mettras
La réverb’, c’est la vie quand tu chantes faux. Et comme t’es encore qu’un petit groupe en développement, t’as pas forcément de l’argent pour te payer un coach vocal comme à la Star Ac’ pas vrai. La réverb’, en plus de donner un côté très « vaporeux, rêveur, épuré, expérimental blablabla » à ta musique, ça cachera toute les approximations. La vie, on te dit.

6. Comme Ian Curtis, tu danseras
Bon, on a vu en ce moment que tous les chanteurs et chanteuses dansaient comme ça dans les concerts, c’est-à-dire de façon désarticulée. Soit, ils sont aussi atteints d’épilepsie (et là, faut qu’ils fassent hyper attention), soit c’est qu’il y a un cours de danse secret « Dance Like Ian Curtis » quelque part à Paris. On mène l’enquête, en attendant, tu peux regarder les vidéos de Joy Division pour apprendre les pas de base. Nous, on essaie de te trouver l’adresse de cette secte étrange et underground.

7. De façon sexy, tu parleras
Les petits moments entre les morceaux sont très importants. T’as assuré sur les points précédents, ce serait trop bête de te griller parce que tu ne sais pas parler. Si t’es une nana, il va te falloir étudier Scarlett Johansson à donf pour imiter sa manière de parler. Pour les mecs, ton modèle c’est Viggo Mortenssen. Si tu parles comme ça même en interview, t’es sûr de mettre le/la journaliste dans ta poche, parce que tu l’as eu(e) dans son pantalon. Et tu sais, en musique, tout est question d’hormones. Évidemment.

8. Une chanson tube, il te faudra
Aujourd’hui, tu peux te faire remarquer avec une seule chanson. Ça suffit pour que les Inrocks et touuuuuus les blogs de Paris te consacrent comme le meilleur nouveau groupe à suivre de toute la décennie. Jurisprudence « Granville ». Une fois que tu l’as, tu la déclines cinq fois et tu demandes à tes potes d’en faire des remixs pour meubler ton futur album. En concert, tu t’arranges pour jouer ton tube en début de set. À la fin, tout le monde est bourré, ils auront tous oublié que tu l’as joué, alors tu pourras le refaire un rappel. Malin, winks.

9. Un réseau avant de te lancer, tu auras
Avant, il fallait bosser comme coursier dans une maison de disques pour que tes démos arrivent comme de par hasard sur le bureau du DA, avec son courrier du jour. Aujourd’hui c’est un peu plus compliqué ou plus simple, ça dépend ou t’en es professionnellement. Le mieux, c’est d’avoir déjà un pied dedans. Dans le musical circus : si t’es photographe, blogueur, journaliste, community manager, bref que t’as à un lien avec la musique et les labels c’est cool parce que tout le monde c’est ton pote, et tes potes ils n’oseront jamais dire que tu fais de la merde. Jurisprudence… ah non on ne dit plus du mal des groupes.

10. Arty et DIY, tu seras
Ça veut dire que tu devras faire tout, tout seul. Les raccords approximatifs sur ta vidéo, le grain dégueulasse parce que t’as pas une super caméra, ni de lumières, ni de trépieds… en fait si t’as rien d’un pro, c’est tout bon pour toi. Tu n’auras qu’à dire que c’est fait exprès. C’est vintage et arty. Le arty, c’est trop le mot magique pour les blogueurs hypes de Paris. Et on veut séduire Paris hein ?

Bon sinon, tu peux faire de la très bonne musique aussi, galérer pendant dix ans, mais t’assurer ensuite une place au soleil pour le reste de ta vie pendant que le groupe hype de Paris sera remplacé par le nouveau meilleur groupe hype de la décennie. C’est toi qui voit.

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3 pensées sur “10 conseils pour être un groupe tendance-trop-hype

  • 29 juin 2014 à 6 h 30 min
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    C’est vraiment de la marde votre patente à gosse

  • 18 août 2017 à 0 h 22 min
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    Je tm :). J pense que tu pourrais ajouter : tu seras obligé de devenir dj pour que ton nom de groupe tourne assez pour être visible. Et aussi tu devras faire des musique de 3min30 pour pouvoir passer a la radio ou rentrer en playlist chez spotify/deezer.

  • 18 août 2017 à 9 h 28 min
    Permalink

    Tellement vrai. Haha

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