On a écouté : Lost for love de Slow Joe & the Ginger Accident

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Lost for love c’est un mélange improbable de vieux rock californien du milieu des années 60, de blues et de musique hindou parfumée au curry.
Slow Joe & the Ginger Accident c’est d’abord une histoire. En 2007, Cédric de la Chapelle part en Inde avec sa copine comme beaucoup de jeunes baroudeurs européens. Arrivés à Goa, ils demandent à un vieux guide, Joseph Rocha, la route pour l’hôtel. Le vieil homme visiblement usé par une toxicomanie et un alcoolisme passés, les y conduit. Une vielle habitude occupe souvent son chemin : chanter, une vieille habitude qui ne s’est pas perdue à 64 ans, donc il chante. Ce qu’il ne savait pas c’est que celui qu’il accompagne est un guitariste de la scène lyonnaise, qui finira devant l’hôtel charmé par la voix unique de ce guide.

L’ancien torturé de la vie avait lancé sa nouvelle vie : Cédric de la Chapelle lui crée un groupe, the Ginger Expérience, l’aide à rassembler un vrai répertoire et le lance sur scène. Il gagne même un nom de scène, Slow Joe, en hommage à sa lente démarche de guide à Goa. En 2009, les premiers concerts arrivent, tout comme le premier album en 2011, Sunny Side Up. Slow Joe récolte les critiques élogieuses de la presse spécialisée, ainsi que les compliments du bouche à oreille des gens sortant de ses concerts.

Mais Slow Joe & the Ginger Accident, ce n’est pas qu’une histoire. Avec ce deuxième album sorti cette semaine, le groupe signe une étonnante alchimie de courants musicaux bien différents, tout en gardant une vraie homogénéité d’ensemble. Tout d’abord la voix de Slow Joe, reconnue par tous comme exceptionnelle. Construite par tous ses abus, c’est celle d’un vrai crooner. L’album s’ouvre et se referme d’ailleurs sur des chansons la mettant en valeur. « You don’t have to tell me » et ses premières mesures où seul le synthé entre en piste, et « Waters of loneliness » entièrement clavier/voix mettent en valeur sa capacité à chanter « en parlan » comme les plus grands de sa catégorie peuvent le faire. Il admire Sinatra, on peut l’entendre. On entend aussi parfois l’influence des vieux jazzmen américains, comme dans « No Caramel Custards » où on ne peut s’empêcher de penser au vieux Cab Calloway, pilier du Cotton Club d’Harlem. On retrouve également dans l’album des airs du rock des années 60, et notamment les Doors (« the Mulberry Bush » ou « Gimme no Direction » qui renvoie à « Riders on the Storm »).

Le mélange d’une rythmique rude et des orgues y est pour beaucoup. Enfin, l’album se rappelle au bon plaisir du blues. De celui qui empreinte le plus aux racines du Mississipi (« Too old to be loved ») au plus torturé (« She’s all women ») en passant par le blues plus mélodique né du mélange des cultures de l’après guerre (« Cover me over » en duo avec Yael Naim, artiste consœur de Tôt ou tard, leur maison d’édition commune), le blues c’est comme la couleur de fond de cet album. A noter pour finir, « Hum Diya », seule chanson en hindou d’un album entièrement écrit en anglais : c’est l’occasion de retrouver les gammes mélodiques et les arrangements de son Inde natale, un vrai Bollywood.

Charles L.

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