Jeanne Added : « J’avais besoin de sauver ma peau »

Jeanne AddedRockNfool : La promo est bien avancée, les concerts s’enchaînent, comment te sens-tu ?

Jeanne Added : On a une chance folle d’avoir des gens qui s’intéressent à ce qu’on fait, tout ce passe bien. C’est inespéré de lire de si bonnes critiques [silence] parce qu’on ne sait jamais l’accueil qui va nous être réservé. Si tu te mets à espérer quand tu fais des choses, c’est fini pour toi, tu ne fais plus rien. Je n’espère pas pour pouvoir continuer à agir, à être dans l’action. Se projeter c’est le meilleur moyen de rester tétaniser.

Tu es passée du jazz au rock… comment on en vient à changer radicalement de registre ?

C’est surtout que je suis passée du statut d’interprète à celui d’auteur-compositeur et interprète de mes propres chansons. C’est un peu différent. C’est surtout ça qui s’est passé. J’ai travaillé avec plein de gens, effectivement dans le jazz, un jazz assez contemporain, expérimental. Et au moment où je me suis dit que j’allais faire ma musique, c’était une évidence pour moi que, ce n’était pas dans le jazz que je voulais poursuivre. Ça m’a pris du temps à le comprendre.

Quel a été le déclic ?

À cette époque-là, ça m’arrivait très souvent de sortir de scène en étant très frustrée, de ne pas avoir chanté comme j’avais envie de chanter, et surtout de ne pas pouvoir chanter comme j’en avais envie. J’étais élevée de manière suffisamment saine pour savoir que quand il y a un truc qui ne va pas, il faut trouver la solution, et pour moi c’était d’arrêter de faire ce que je faisais et me faisait gagner ma vie, j’ai refusé beaucoup de travail pour me lancer.

Tu regrettes parfois ?

Non, parce que j’ai la chance d’être sur un label qui me laisse assez libre de faire comme j’ai envie de les faire. La seule obligation que j’ai, c’est faire du bon travail.

On ne chante pas de la même manière du rock et du jazz… la technique est différente ?

Oui, disons que maintenant j’utilise ma voix de poitrine, avant je faisais appel à ma voix de tête. C’est plus proche de la voix parlée et je crois que j’avais besoin de ça. Ce n’est pas la même technique non.. et puis en jazz, je faisais quelque chose de très maitrisée, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, mais je me suis créée un répertoire qui me convient. Je me suis écrit ce que je voulais chanter.

Qu’est-ce qui t’as donné envie d’écrire ?

Ce besoin de sauver ma peau (rires). Le disque parle de ça : comment tu réussis à vivre dans ce monde-là, les solutions qu’on trouve pour s’en sortir… Moi, ma solution était l’écriture et la réalisation de ce disque. C’est plus vraiment les mêmes questions qui se posent aujourd’hui, j’en ai d’autres mais j’ai toujours envie de m’interroger sur comment on vit dans le monde, surtout en ce moment… Je pense qu’on a des responsabilités, en tant qu’occidentaux en particulier.

Et en tant qu’artiste ?

Je ne dirais jamais que j’ai un message à faire passer. Je sais que j’ai une responsabilité envers moi-même, j’ai une vie que j’aime, que je vis comme je le souhaite, ça ne veut pas dire que je fais les choses bien, loin-de là. Je ne suis pas une sainte, mais je trouve qu’on se rabaisse trop souvent dans ce rapport avec nous-même. On se parle souvent, on s’insulte, on se parle mal. Et c’est de ça que parle le disque aussi, de la lutte que cela a été d’avoi confiance en moi, suffisamment pour en faire un disque et écrire des chansons pour me rendre heureuse dans ma vie de musicienne. Il y a beaucoup d’armes et de termes guerriers dans les chansons, parce que ça vraiment été une lutte.

Dan Levy est le producteur de cet album, comment êtes-vous entrés en contact ?

Par le biais d’une amie, Marielle Chatain qui joue dans The Do, elle m’a présenté Dan et Olivia. Ils m’ont entendu à la radio sans savoir que c’était moi et ils ont adoré. Quand ils m’ont rencontré une nouvelle fois, ils m’ont proposé de faire leur première partie, et dans la foulée, Dan m’a proposé de réaliser mon disque. Je n’ai pas accepté tout de suite, justement parce que je ne pensais pas avoir les muscles suffisants pour me confronter à quelqu’un de ce talent-là. Ça m’a pris presqu’un an à me décider à le rappeler ! (rires) Oui c’était long. J’ai 34 ans, je sors mon premier disque. Il y a ceux qui utilisent la fougue de la jeunesse pour faire des trucs magnifiques…moi je n’étais pas comme ça quand j’étais jeune. Ça m’a pris du temps mais je suis tellement contente de l’avoir fait et de ne pas m’être empêchée à cause de l’âge… Quoiqu’il se passe après, ce qui m’arrive maintenant, c’est un cadeau.

Laisser entrer un autre artiste dans ta bulle, ça ne fait pas peur ?

Non parce que c’était Dan Levy. Et non parce que j’avais besoin de lui. Il a toujours été très respectueux de ma musique, malgré son caractère, son talent et sa puissance. Il a été très généreux et exigeant aussi. Mais il a toujours essayé de m’emmener plus loin, il m’a jamais lâché, surtout sur l’écriture… Tant qu’une chanson ne lui plaisait pas, on ne commençait pas à bosser (rires). C’était génial parce qu’il sait ce qu’est une bonne chanson, comment ça s’organise et moi j’avais besoin d’aller dans ce sens-là. Son regard extérieur a été bénéfique pour moi.

Sur scène, il n’y a que des filles avec toi, c’était ton choix ?

Oui. Ce disque a été un processus très intime, surtout dans l’écriture… j’ai toujours travaillé qu’avec des hommes auparavant, et je ne me voyais pas être entourée d’homme aujourd’hui pour jouer cette musique. Ce n’est pas réfléchi, c’est purement de la sensation. En dehors de ça, il n’y a pas beaucoup de femmes sur scène, ça me fait plaisir d’en voir. Quand je me rends dans un festival et que je vois que des mecs sur scène, il y a une part de moi qui n’est plus concernée, c’est étrange, mais je me demande si on me parle à moi. C’était important qu’il y ait des femmes avec moi, après cela ne veut pas dire que je ne parle pas aux hommes !

Propos recueillis par Sabine Bouchoul

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