On a vu : « The Lobster » de Yórgos Lánthimos

affiche

The Lobster c’est le prix du jury du dernier Festival de Cannes : un film européano-grec complètement loufoque.

Dans une société très proche de la nôtre, le célibat est illégal. Lorsque David (Colin Farrell) est quitté par sa femme, il doit se rendre dans un hôtel spécialisé en reconversion de célibataires. Là, il a 45 jours pour tomber amoureux. Règle d’or pour trouver son partenaire : partager la même caractéristique (saigner du nez inopinément, être myope, boiter…). Lorsque le temps imparti est écoulé, l’individu qui n’est pas parvenu à se remettre en couple est transformé en l’animal de son choix. Certains marginaux, les Solitaires, se sont réfugiés dans la forêt, s’imposant leurs propres lois : aucun contact de séduction n’est toléré. D’abord lors de son séjour à l’hôtel, puis auprès des Solitaires, David tente avec difficulté de trouver sa place.

Le scénario est totalement déjanté, la manière de filmer est elle aussi surprenante. Peu de mouvements, des plans fixes et des acteurs sans débordement. Le ton est d’un calme apaisant. Les images sont belles : camaïeu de bleu-gris pour les scènes à l’hôtel et majestueuse forêt aux couleurs de l’automne chez les Solitaires. On retrouve un peu du Wes Andersen dans le choix des cadres. Les acteurs (Colin Farrell, Rachel Weisz, Léa Seydoux, Ben Whishaw, Olivia Colman, John C. Reilly, pour ne citer qu’eux) sont excellents : sobriété et absence d’émotion sont les maîtres-mots.

L’humour est absurde, les dialogues décalés, certaines scènes complètement saugrenues. On ne s’étonne bientôt plus de voir passer des chameaux au second plan, ou de voir des Solitaires communiquer en caressant les arbres ou en se roulant dans les feuilles. On est surpris, amusés, parfois embarrassés ou même horrifiés devant la neutralité du ton, qu’il s’agisse d’un bal organisé pour les nouveaux arrivants, d’une tentative de suicide, ou d’une conversation sur les problèmes de vue.

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Derrière l’humour farfelu, c’est une critique de la société qui transparaît. Société où être célibataire est considéré comme une tare, où les options ne peuvent pas être nuancées (la case « bisexualité » n’est plus disponible sur le formulaire d’inscription ; les êtres humains sont soit célibataires soit en couple et dans une relation monogamique ; les relations sont nécessairement amoureuses ou ne sont pas ; etc), société où les enfants sont attribués aux couples qui battent de l’aile pour tenter de les consolider, où, enfin, toutes les relations sont basées sur des mensonges.

Drôle, fin, subtil et surtout constamment surprenant, The Lobster, est en salles en France depuis le 28 octobre.

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