« Nous », le somptueux album berlinois de Diane Birch

ALBUM – Berlin est une ville qui change les gens. En 2016, Diane Birch a décidé d’y enregistrer son nouvel E.P, Nous. Le résultat est somptueux !

Je n’ai jamais été très masculin dans mes oreilles. Les femmes et surtout les voix féminines ont une grande importance pour moi. À l’exception des chanteurs mélancoliques, Biolay, Pierre Lapointe, Bon Iver et Bruce Springsteen, les hommes ne me touchent pas énormément. J’ai besoin que mon corps se mette en transe quand une voix se met à vibrer, à crépiter, ou quand une guitare, un piano, une batterie se mettent à taper dans mes oreilles.

Il y a exactement 10 ans, dans une époque pas très joyeuse, Cat Power était ma chanteuse de chevet. Pas une semaine ne passait sans que The Greatest ne résonnât. Et puis, Chan Marshall s’est perdue. J’ai dû trouver de nouvelles voix. Heureusement, cette période correspondait exactement avec la fin des années 2000, et l’envahissement du revival musical blues. Amy Winehouse nous avait plus que charmés avec Back to Black. Les aléas de la drogue furent tels, qu’Amy sombra aussi et que la presse décida de nous présenter tous les 3-4 mois une nouvelle Amy. C’est ainsi que l’on imposa dans nos radios Duffy. Certes, c’était cool, mais les ficelles étaient un peu trop grosses.

La bible de Diane Birch

Loin de toute cette méga presse, Diane Birch fit son apparition en 2009 avec un album remarqué : Bible Belt. Un album rendant hommage tout d’abord à la musique d’Église et celle que nous avions parfois rencontrée dans les Blues Brothers. Cet album hanta mes journées. Je me souviens l’avoir écouté maintes et maintes fois dans les rues suédoises, à la fin de l’hiver, au mois de mai. Je me promenais dans la rue et, les yeux fermés, je marchais, je divaguais, je retrouvais le sourire au son de « Choo Choo ». Cet album était d’une perfection, peut-être trop, qu’il en était déstabilisant.

diane-birch-1

C’est à cette époque, au milieu de l’année 2010, que la jeune new-yorkaise, âgée de 27 ans, faisait le tour des plateaux européens, dont celui de Taratata, où elle nous permit de redécouvrir « Heavy Cross » de Gossip. Piano, voix, Diane venait de me faire pleurer devant une chanson que je n’aimais guère. La réussite fut telle, qu’elle en devint une cover officielle des setlists de concert.

Munie de cette cover et de sa ceinture biblique remplie d’orgue Hammond, piano, keytar, Diane Birch avait renversé (à l’occasion de sa tournée européenne) le Café de la Danse, avec des versions mémorables de « Don’t Wait Up », « Valentino », « Nothing But a Miracle ». Jamais un album et une tournée n’avaient rendu un aussi bel hommage à la culture familiale, à ses parents, à son père prêtre et à son éducation.

La discrétion retrouvée

Après un EP discret, The Velveteen Age, Diane Birch décida de se créer une image forte grâce aux réseaux sociaux. Entre le gothisme moderne et la classe new-yorkaise, entre le religieux et le fuck-the-world, entre une image mélancolique et un esprit jeune et drôle, elle a su jouer de ses multi-influences pour s’attirer un grand nombre de fans. Et il faut bien le dire, sa démarche sincère, sans calcul, loin du marketing, fonctionne parfaitement. Sur les réseaux, nous pouvons donc suivre le quotidien de la chanteuse, tant dans ses moments de bonheur que de tristesse. Lors de la préparation de son deuxième album, dont les sonorités étaient tout autres par rapport à Bible Belt, Diane perdit son père. Celui-là même qui l’avait fortement influencée pour son premier opus.

Je me souviens qu’il ne se passait pas une semaine sans que la chanteuse ne nous parlât de son futur album et en même temps d’une anecdote sur son père. Touchant, nous entrions dans une vie étrangère, celle que Diane Birch voulait nous conter. Touchant, sincère encore une fois, cette attitude noble et digne de respect envers sa famille, montre l’intelligence et le recul de cette jeune femme envers notre monde, rempli de joie et de malheurs.

Diane Birch

La promotion de Speak A Little Louder fut assez restreinte et très américaine. L’Europe n’a pas forcément eu la chance de découvrir ce nouvel album qui valait pourtant le détour. Certes, l’orgue avait un peu disparu, l’esprit « Bible » aussi et nous entrions dans un album plus mature et pop. Mais des pépites s’y cachaient : « All The Love We Got », « Superstar », « Unfucked », « Frozen Over ». Tout en surclassant le monde musical de l’année 2013,  Speak A Little Louder nous avait laissés un peu sur notre faim. Non qu’il était mauvais, mais l’émotion, les frissons s’étaient envolés avec la perte de son père.

Good Bye New-York

Les ouragans, le blizzard new-yorkais passant et passant, Diane Birch continua à nous décrire son quotidien fait de haut et de bas. Et puis, fin de l’année 2015, l’artiste utilise les réseaux sociaux pour annoncer à ses fans la préparation d’un nouvel album. Mais autre surprise : adieu son label d’origine, du haut de ses 33 ans, elle décide de produire son album toute seule, en indépendance totale, comme Le Prince Miiaou avait pu le faire lors de ses débuts.

Toujours grâce aux réseaux, nous apprenons que Diane compte produire cet EP en Allemagne. Pourquoi diable quitter N.Y et se rendre à Berlin ? Berlin, cette ville krautrock, électro, industrielle. Le blues musical et mélancolique de Diane Birch est-il compatible avec cette ville ?

a4164599177_10

Honnêtement, j’avais hâte d’entendre le résultat. Et notre chanteuse avait hâte, aussi, de nous transmettre ses émotions en musique. Après de nombreuses difficultés dans la finition de la production et des nuits blanches, après un report de la sortie (merci les bugs d’upload), Diane Birch put sortir son EP au début du mois de février en étant KO debout. Jamais nous n’aurons été aussi proches de Diane Birch, et de la compréhension du métier d’artiste indépendant. Alors, quand nous avons commencé l’écoute de l’album, nous avons songé au passé de l’artiste, au présent et là… notre cœur s’est enflammé. NOUS est composé de 7 titres qui forment une histoire complète.

Berlin, mon Amour

Je ne sais si l’Allemagne est trop présente dans mon cœur, mais  ce qui est sûr, c’est qu’elle est présente sur la plupart des titres de Nous. Après une introduction digne d’une messe dans une église de Stuttgart, « How Long » nous parle d’amour. Vous savez, celui qui n’arrive jamais ou qui s’envole trop vite.

I’m a fool I’m a fool for cryin’
But you’re just cruel you’re just cruel you’re just cruel to leave me dyin’

Quelques crépitements plus tard, nous abordons « Kings and Queens », une balade où l’esprit berlinois commence à se faire ressentir. On ressort de ce titre la boule au ventre, l’envie de faire une accolade à Diane Birch, afin de la réconforter. Et la suite en sera de même.

Petit interlude au piano et c’est parti pour « Stand Under My Love », premier titre que la chanteuse avait laissé filtrer en version acoustique. Tout aussi joli en version album, les chœurs donnent une toute autre dimension. Calme, reposante, émotionnelle, cette chanson est magnifique. Que dire de plus, surtout lorsque l’on écoute les paroles.

Somebody in the right
Somebody in the wrong
Shaking hands with a devil mind
Paying for protection but there’s none

Une apothéose biblique

Et nous ne sommes pas au bout de notre peine, car arrive LA chanson de cet EP. Celle qui fait 6 minutes. Celle où nous entendons au téléphone le père de son boyfriend. Celle où nous sommes transportés dans un univers à la Good Bye Lenin. Celle qui nous fait fondre en larmes. Celle qui nous empêche de dormir. Celle qui en 6 minutes nous donne plus d’émotions que l’ensemble des albums de Coldplay et qui arrive au niveau de perfection d’un album de Daughter !

Impossible de décrire ce chef-d’œuvre. Nous ne pouvons que vous dire « Holly shit ». Elle le sort d’où ce titre ? « Walk on Water » est plus que biblique, il ne nous fait pas marcher sur l’eau, il nous transforme en ange. Les saxophones en tapis – que Clarence Clemons auraient si bien interprétés – nous donnent la chair de poule. Assurément, « Walk on Water » est la plus belle chanson jamais composée par Diane Birch et il faut que cela se sache !

« Woman », dernier titre de l’EP pourrait alors passer au second plan, mais là encore, la magie Birch fonctionne parfaitement. Nous sommes transportés dans un univers à la Roman Polanski et The Pianist. Digne de Chopin au piano, la voix de Diane nous fait rêver et ce ne sont pas les saxos qui nous feront dire le contraire.  L’EP terminé, nous n’avons qu’une seule envie : le mettre indéfiniment en boucle.

Nous est le parfait chaînon manquant entre l’artiste et le fan, il est l’album que nous pouvons nous approprier comme jamais. Il est l’album dans lequel vous devez vous plonger obligatoirement. Disponible uniquement en version numérique, une version vinyle devrait voir le jour dans les mois prochains. C’est ça aussi Nous : c’est moi, artiste indépendante à 100% et toi le fan qui ne m’a jamais lâchée, quelle que soit mes orientations musicales, mes doutes et mes assurances.

Nous, sortie le 31 janvier 2016 ► https://dianebirch.bandcamp.com

À LIRE AUSSI : « Nite Time Talking », les sombres nuits de D. Birch

Advertisements

Laisser un commentaire