Lola Marsh : « On se bat quand on compose ! »

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Lola Marsh vient d’Israël, sa recette magique c’est la combinaison de la voix de Yael Shoshana Cohen entre le rauque et l’aigu et des mélodies folk-orchestrales de Gil Landau.
Lorsque j’arrive aux Étoiles pour rencontrer le duo, Pomme – qui avait été invitée pour faire la première partie – est en pleines balances. Yael et Gil m’avouent adorer ce qu’ils entendent. Et plus que tout, ils adorent la langue française, qu’ils trouvent sexy. Une poignée de bonbons fluo plus tard, nous voilà bien installés pour commencer notre entretien.

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Vous avez dit dans une précédente interview que Yael est Lola et que Gil est Marsh. Pouvez-vous faire les présentations ?
Gil : Je suis Lola !
Yael : On essayait de créer le mystère. Non, je rigole. En fait on aimait juste la sonorité du nom. Parfois je suis Lola…
Gil : … et parfois je suis Marsh.
Yael : C’était comme si le nom nous avait trouvé. On l’a entendu, le son nous a plu, il nous correspondait, il correspondait à la musique.

Comment vous a-t-il trouvé ce nom ?
Yael : On s’est assis avec des amis…
Gil : … comme pour un brainstorming. Tout le monde lançait des noms débiles. Ça a commencé avec Marsh et puis…
Yael : Lola ! Lola Marsh ?
Gil : Marsh Lola ? Lola’s Marsh ? Non, Lola Marsh !
Yael : Je trouve ça cool que parfois les gens pensent que JE suis Lola Marsh.

Comment ce projet a-t’il commencé ?
Gil : On ne l’a pas défini vraiment.
Yael : Ça a été très long. Nous venions de chemins différents. Au début les répétitions étaient du genre : « apprenons à nous connaître ». Ça nous a pris un bon moment avant qu’on sache que c’était cette route que nous allions emprunter ensemble, ce son, ce genre de mélodie, ces paroles, ces thèmes…
Gil : Je pense qu’au début on était comme beaucoup de jammers… et aujourd’hui aussi !
Yael : Nous écoutions des musiques différentes. J’avais besoin de connaître sa musique, ses goûts. On  s’est d’abord influencés mutuellement, et puis au bon d’un moment c’est arrivé !
Gil : Il y a des titres que nous aimions beaucoup au début. Mais on s’est rendu compte qu’on ne devait pas les garder, ils n’étaient pas nous.
Yael : Oui, peut-être qu’ils étaient plus Yael ou plus Gil, mais pas nous deux ensemble. Et je pense que les chansons qu’on a maintenant correspondent vraiment à une combinaison de nous deux. On a trouvé la couleur en laquelle on croit !

Lola Marsh

Avez-vous dû composer beaucoup avant de trouver cette couleur ?
Gil : Oui, on composait tout le temps, même si ce n’étaient pas des morceaux complets. On essayait de tirer le meilleur de chaque titre, de chaque partie.
Yael : On a vraiment tout fait ensemble. On écrit tout ensemble.
Gil : Elle est un peu plus concentrée sur les paroles. Généralement on n’a pas un ego sur-dimensionné du style « non c’est ma partie et je la veux comme ça, un point c’est tout ! », on est plutôt « ok, essayons ». C’est vraiment une bonne communication.
Yael : Quand on écrit, oui. Sinon on se bat beaucoup !
Gil : On se bat aussi quand on compose !
Yael : Mais ce sont de bons affrontements.
Gil : C’est comme si ça nous dynamisait.
Yael : Exactement. Ensuite, avec le groupe, quand on commence les arrangements on est plutôt (ils se mettent tous deux à crier) : « tu dois jouer du ukulele, pas de la guitare ! ».
Gil : Oui, mais pas tout le temps… de temps en temps.
Yael : Et toujours dans le bon sens.

Vous avez l’habitude de beaucoup voyager. Est-ce important de voyager, dans votre processus de création ?
Yael : Entendre la musique du monde, c’est très important, pour savoir ce qu’il s’y passe. Bien sûr, avec Internet on peut tout connaître en un clic, mais en allant dans les festivals, on ressent l’ambiance. Parfois nos morceaux se modifient parce qu’on joue dans un gros festival et que soudainement le morceau qui était insignifiant devient énorme. Ça nous affecte évidemment.
Gil : Je pense que faire des choses, voyager, travailler, voir des films, traîner… est important pour la création. Tout est bon pour la création. Donc bien sûr, le voyage est important. Mais je ne pense pas que ça nous aide particulièrement dans le processus.

Vous ressentez des ambiances vraiment différentes selon les pays, les salles, les publics ?
Gil : Absolument !
Yael : Chaque endroit est différent.
Gil : Mais on ne peut jamais savoir ce qu’il va se passer. On essaie toujours de deviner : « ah oui, en Allemagne c’est comme ça ». Et on est toujours surpris.
Yael : Même à l’intérieur d’un même pays c’est différent. On a eu qu’un seul concert en France, mais on verra ce soir ! Comme Gil le dit, on ne sait jamais à quoi s’attendre, même en Israël, même à Tel-Aviv.
Gil : Je suis en train d’essayer de m’y habituer.
Yael : Tu laisses couler !
Gil : Oui, pour considérer ça comme une surprise. On ne sait pas ce qu’il va se passer, et ça va être bien, ça sera différent, et c’est ce qui est intéressant dans les concerts. Si tous les concerts étaient les mêmes, on s’en lasserait.
Yael : Pour nous ce serait ennuyant. Hier on jouait à Heidelberg, en Allemagne, et on a eu de gros problèmes avec la sono.
Gil : La sono nous a lâchés.
Yael : On se disait « merde, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire ? ». Et soudain, on a pensé « faisons de l’acoustique ! ». On est descendu dans la foule et c’était magique.
Gil : On ne pensait pas que ça arriverait !

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Vous côtoyez beaucoup de langues étrangères, et vous parlez l’hébreux entre vous, pourquoi avoir choisi d’écrire en anglais uniquement ?
Yael : Je ne sais pas vraiment comment répondre à cette question.
Gil : Moi je sais ! On a grandi entourés de musiques, la plupart était de la musique occidentale, chantée en anglais. Ça nous a influencés.
Yael : Quand j’étais petite, je déménageais beaucoup, surtout en Afrique. Je pense que lorsque nous avons commencé à travailler, nous nous sommes naturellement connectés à la langue anglaise. Je ne saurais pas vraiment l’expliquer. Avec quelqu’un d’autre ça aurait pu être l’hébreux.
Gil : Quand je compose j’utilise toujours le gibberish. (il commence à chanter des mots incompréhensibles qui sonnent comme de l’anglais, dans le style de notre javanais) Je fais comme si c’était de l’anglais, pas de l’hébreux. On trouve que ça sonne mieux.

Est-ce qu’il y a une histoire autour de la composition de « Sirens » ?
Yael : Je peux te raconter une très jolie histoire. Quand on a enregistré ce titre, on n’avait pas encore décidé de la fin.
Gil : On avait les accords, la mélodie, tout… excepté l’arrangement de la fin.
Yael : Au milieu de la session d’enregistrement, le batteur – qui devait enregistrer avec nous – était toujours bloqué dans les embouteillages. Quand il arriva, après un bon moment, il avait pris des notes…
Gil : … sur une serviette en papier !
Yael : Il arrivait avec une idée. Il avait écrit une partition de batterie. Il est entré dans le studio et a enregistré.
Gil : Le plus incroyable c’est qu’il faisait : « ok ça tu le mets à gauche, trrrrrrr (imitation du roulement de tambour), et ça tu le mets à droite tsitikitsitiki (imitation du charley)« . On se demandait ce qu’il fabriquait. À la fin, il est entré dans la salle de contrôle, et c’était du génie !
Yael : Il avait entendu tout ça dans sa tête. On ne pensait pas que ça prendrait cette direction.

Dans « Sirens » vous chantez « Need a lullaby to restore your glory ». Vos compositions sont musicalement optimistes, est-ce que le message l’est aussi ?
Yael : En fait, cette phrase n’est pas vraiment optimiste.
Gil : Ça veut dire que vous DEVEZ restaurer la gloire.
Yael : Les artistes aujourd’hui quand ils ont une bonne chanson, et que le public aime cette chanson, ont le sentiment de devoir donner plus. On doit faire d’autres morceaux, c’est comme ça qu’on peut restaurer la gloire, aller toujours plus loin. Et parfois c’est angoissant.
Gil : Et tragique.
Yael : Oui, parce qu’il faut toujours donner au public, et on veut donner, mais parfois on n’a pas la muse. C’est une question de sentiment, tu l’as ou tu ne l’as pas. J’ai écrit cette phrase dans un sens triste. Quand j’étais enfant, j’écrivais de la musique pour moi. Aujourd’hui, j’écris pour moi mais pas seulement. Ce n’est plus aussi naïf. On a une chanson pour laquelle l’arrangement ne nous semblait pas bon. On essayait de rendre le public heureux, mais pas nous. Une chanson c’est comme un enfant.
Gil : C’est comme quand les parents veulent que leur enfant devienne médecin, mais qu’il ne veut pas.
Yael : Tu dois laisser la chanson te guider, et non toi forcer la chanson à aller dans un certain sens.

Comme vos réponses, votre musique est très imagée. Est-ce que vous pensez à ces images/paysages quand vous composez ?
Yael : Oh oui, j’y pense !
Gil : Oui, la plupart du temps, pas toujours, mais très souvent.
Yael : Parfois j’arrive avec les paroles, et après quelques jours je demande à Gil : « tu sais de quoi parle cette chanson ? moi je vois ça et ça ».

Et vous voyez toujours les mêmes choses ?
Ensemble : Non non !
Yael : Parfois on se surprend, mais c’est ça la magie !

Sur l’EP, notamment dans la douce « In Good Times », on ressent une inspiration ancestrale. Est-ce que vous cherchez votre inspiration dans le passé, l’enfance ?
Gil : Comme des sons vintage ? On adore la musique des années 1970, 1960.
Yael : Il y a quelque chose de nostalgique dans notre musique.

Quel est le meilleur à vivre quand on est musiciens/compositeurs ?
Yael : Moi je dirais, voyager. Depuis toujours j’adore voyager.
Gil : Pour moi c’est le fait d’écrire une bonne chanson.
Yael : Oui, ça t’emporte loin, tu as l’impression de voler.
Gil : Un bon concert c’est génial, mais si on écrit une bonne chanson et qu’on le ressent, on se regarde et « yeah, c’est une bonne chanson ».

Quel est votre meilleur souvenir d’un concert ?
Yael : Je pense qu’on a le même.
Gil : Oui, le Pohoda Festival !
Yael : Il y a un festival en Slovaquie, le Pododa Festival. C’est vraiment un festival unique, avec une excellente ambiance et énergie.
Gil : Et d’excellents groupes !
Yael : On a joué deux fois là-bas. La première fois c’était génial, super scène.
Gil : Ça a commencé avec de la pluie et 15 personnes. À la fin on était 4000 ou presque. C’était incroyable. C’était notre deuxième fois en-dehors d’Israël, donc c’était bouleversant pour nous.
Yael : La deuxième fois c’était juste avant Björk, sur la scène principale. La foule n’en finissait pas. Spectaculaire ! On va jouer pour la troisième fois là-bas, cette année ! On a un lien particulier avec ce festival.
Gil : On a un peu tourné en Slovaquie, on a fait environ 5 concerts, et chacun était tellement spécial.
Yael : Ils sont vraiment dedans, enthousiastes.

Propos recueillis par Jeanne Cochin.

 

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