On y était : Mumford and Sons au Zénith de Paris

LIVE REPORT – Dans le métro, en route pour le Zénith, je me suis demandé si ce soir, j’allais pouvoir répondre à une des nombreuses questions que je me pose depuis quelques mois : que vaut un concert de Mumford and Sons en 2016 ? Plusieurs indices : le Zénith affiche complet après une première date parisienne à l’Olympia en juillet dernier. En arrivant aux postes de contrôle, on remarque également des parapluies, bouteilles et sacs abandonnés, d’un public venu braver la pluie incessante de ce dimanche morne de mai.

Bill Ryder-Jones et son groupe du même nom nous précise-t-il, ouvre la soirée avec « Two To Birkenhead » douce ballade planante tirée de West Kirby County Primary leur dernier album sorti deux mois auparavant. Leur pop-rock fonctionne bien pour une première partie, mais ne parvient pas à emporter le public impatient, qui ne peut s’empêcher d’acclamer Marcus Mumford venu innocemment en guest prêter sa voix et sa guitare sur la jolie « Seabirds » en duo avec Bill. On se dit que dans une salle à proportion humaine, on aurait sans doute plus accroché.

Mumford and Sons
Mumford and Sons au Zénith de Paris (c) Emma Shindo

Les Mumford, c’est un groupe cher à mon cœur. Je me souviens les avoir découverts comme la majorité d’entre nous, alors que je faisais un semestre Erasmus à Bristol. C’est bien simple, « The Cave » passait partout à la radio en 2010, impossible de passer à côté si tu vivais en Angleterre. Et comment passer à côté de cet excellent premier album : « White Blank Page », « Little Lion Man », « Timshel » ou encore « I Gave You All »… C’était quelques mois à peine avant que le quatuor ne perce la surface de la stratosphère galactique, et qu’il soit dès lors impossible de ne pas connaître ces quatre folklmen, aux bretelles, bérets, contrebasse et banjo. L’extraordinaire Babel a confirmé Sigh No More, même si on sentait que le groupe modifiait petit à petit leurs habituels lives « acoustiques » avec des touches plus rock, plus électroniques. Et puis la rupture annoncée a été brutalement consommée avec Winter Mind leur troisième opus pop-rock aseptisé sorti l’année dernière. Restait à savoir comment ils s’en sortiraient en live. Comment parviendraient-ils à défendre un album sans saveur, face à un public habitué au folk-rock des premières années ?

Et bien, commençons par leur reconnaître une incroyable présence et prestance scénique. Ils bouillonnent d’énergie, et vibrent encore sur chacune de leurs chansons, qu’ils ont interprété des centaines de fois. Pourtant, pas de drones, de tableaux, ni de danseurs. Un seul artifice : une sorte de cascade de feu sur les dernières notes de « Dustbowl Dance ». Alignés comme ils ont l’habitude sur le devant de la scène, les Anglais ont proposé un set très bien construit, alternant pendant plus d’1h30 leurs derniers morceaux avec des titres tirés de leurs premiers albums. Une sorte de rotation qui leur fait changer d’instruments toutes les deux ou trois chansons, apportés par un staff efficace, vraisemblablement formé par la costumière de Lady Gaga. Derrière, un violoniste, deux cuivres et une batterie viennent s’ajouter sur certains titres. Le son… est le son d’un Zénith. On doit tendre l’oreille pour distinguer le violon ou le banjo, qui peinent à passer au-dessus de la basse et des claviers, dans la résonance habituelle d’une arène comme le Zénith. En revanche, les harmonies sont toujours aussi bien maîtrisées, et la voix de Marcus est épatante. Ils ont l’air sincèrement heureux, car même des tribunes, on distingue nettement le large sourire de Ben aux claviers. Il faut dire que le public des Mumford and Sons est franchement phénoménal : l’ambiance dans le Zénith est celle d’une communion de milliers de fidèles avec le saint-esprit de la musique divine des Britanniques, toutes les paroles sont sur les lèvres, tout est prétexte à applaudir et bondir comme un même corps. C’est impressionnant. C’est vrai, comment ne pas se laisser captiver par un « Little Lion Man » dès la cinquième minute du concert ? Même si on ressent un « léger » coup de mou du public sur des titres du dernier album comme « Tompkins Square Park », « Wilder Mind » et « Snake Eyes », certaines comme « Ditmas » et « The Wolf » semblent procurer le même plaisir qu’un « Lover’s of the Light ». Très rock, on ne peut s’empêcher de constater avec quel plaisir ils les interprètent et les vivent, soutenus par une batterie et une basse très puissantes. Même si… même s’il est bien difficile, selon nous, d’atteindre le niveau d’émotions d’un « Awake My Soul » ou d’un « Ghost That We Knew », quand Marcus retrouve sa guitare acoustique, sa grosse caisse au pied, Ted sa contrebasse et Winston son banjo. Needless to say.

En plus de ces titres bien connus, le groupe nous présente deux extraits de Johannesburg leur nouvel EP live, accompagnés par Baaba Maal au chant et l’un de ses musiciens : d’abord « Si tu veux », joué pour la première fois ce soir-là, avec des couplets en français auxquels le public répond avec enthousiasme (Si tu veux, tu viens chez moi… Si tu vas, tu verras…), puis la géniale « There Will Be Time » premier extrait qui nous avait déjà séduits. Le duo reviendra pour l’une des cinq chansons du bis, interprétant « Wona » avec les Mumford, après une reprise de « I’m On Fire » de Bruce Springsteen. C’est top. Marcus et Winston tentent quelques mots en français, Marcus se débrouillant plutôt pas mal. Et dans un français sans accent qu’il juge « pas very good » il lance des « Paris je t’aime », avant de confier qu’il s’agit sûrement de son concert préféré « ever ». On veut bien y croire, tandis qu’on atteint le climax de notre transe lorsque le premier accord de « I Will Wait » résonne dans le Zénith et que toutes les voix s’unissent en grande messe et scandent le refrain. Magique.

À la question « que vaut un concert de Mumford and Sons en 2016 ? », nous répondrons donc : DE. LA. BALLE.

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Setlist : Snake Eyes / Little Lion Man / Awake My Soul / Wilder Mind / Lover’s of the Light / Tompkins Square Park / Believe / Broken Crown / Ghosts That We Knew / Si tu veux / There Will Be Time / The Cave / Ditmas / Dustbowl Dance / Bis : Hot Gates / Wona / I’m On Fire (cover) / I Will Wait / The Wolf

Merci à Marie Rabottin

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