On a écouté : « Masterpiece » de Big Thief

CHRONIQUE – On a écouté Masterpiece, de Big Thief, et on s’est laissé prendre. Juste à s’arrêter sur les ironiques noms qu’ils se sont choisis, on ne peut qu’avoir de la sympathie pour eux : oui, pour les non-anglophones les « grands voleurs » ont appelé leur premier album « chef d’œuvre »…

Big Thief, est la dernière production du label folk Saddle Creek qui nous offrit déjà Bright Eyes ou Rilo Kiley. C’est d’abord Adrianne Linker, la chanteuse et parfois guitariste du groupe : elle écrit, elle compose, elle envoûte. Elle est ensuite entourée d’un bassiste, Max Oleartchik, d’un batteur, James Krivchenia et d’un guitariste Buck Meek : le quatuor des groupes gagnant des Anglo-saxons.

Ce qui marque à la première écoute, c’est l’éclectisme des chansons qu’ils nous présentent. Ainsi en vous laissant porter, vous rencontrerez un folk électrique à la Jeff Buckley, comme dans « Randy » où les arpèges de la guitare électrique sont les seuls à souligner une voix qui exprime à la fois mélancolie et espoir, laissant traîner en fin de morceau les seuls bruits de l’ampli encore allumé et des chants d’oiseaux. Vous trouverez aussi des morceaux où les sons saturés des guitares sont mis en avant, comme dans « Masterpiece » où l’on arrive à sentir les influences country et rock s’embrasser. Vous tomberez aussi sur des morceaux se laissant aller à un peu de pop comme « Real Love » dans lequel, malgré tout, les Whites Stripes viendront faire un tour. Il y en a même pour les folkeux intégristes avec « Lorraine », chanson simple et élégante, guitare acoustique, voix. Dans le même sens, la manière dont Adrianne Linker pose sa voix sur ses chansons varie toujours en fonction de celles-ci : elle peut être sensuelle (« Human »), presque voilée (« Interstate »), ou cristalline (« Paul »).

Et pourtant Masterpiece n’est pas un patchwork de chansons posées les unes à côté des autres, sans lien entre elles. En effet, l’album est traversé de part en part d’une grâce sans doute due en grande partie à la voix de Linker, mais pas que… Non car ils ont réussi à marier des mélodies issues de la pure tradition folk à des influences avec lesquelles on aurait pu penser que la greffe ne prendrait pas, des arrangements parfois proches du rock garage, d’autres aux atouts de la pop joyeuse. Le contraste dont on pourrait avoir peur entre une voix très claire et des guitares « très sales » participe de ces mariages réussis. L’unité est donc là malgré tout, et ce premier album donne envie d’écouter le suivant.

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