On a vu : « Ma Loute » de B. Dumont

Qui n’a pas croisé ces affiches remplies de commentaires plus élogieux les uns que les autres ? Personne. Qui en observant ces affiches a compris quel genre de film Ma Loute était ? Personne. C’est dans cet état d’esprit, intrigués et excités, que nous nous sommes installés dans les moelleux fauteuils rouges. Et l’aventure fut un succès. Le dernier film de Bruno Dumont est en effet un chef d’oeuvre d’inventivité, d’humour absurde ou, comme l’on dit outre-Manche, de WTF.

Ma loute

 

Le récit se déroule au début du XXe siècle, sur les bords de mer du Nord-Pas-de-Calais, là où chaque été se côtoient, sans jamais se mélanger, de riches bourgeois en villégiature et de pauvres pêcheurs du coin. Mais cet été, l’équipe de police, l’inspecteur Machin et son bras-droit M. Malefoy, ont constaté des disparitions de jeunes femmes venant de la région « Lille, Roubaix, Tourcoing ». L’enquête avance maladroitement. En parallèle, naît une amourette entre le jeune Ma Loute, fils de la famille de pêcheurs Brufort, et Billie de la prospère famille Von Peteghem. Billie, parfois fille parfois garçon, reste un mystère pour toute la communauté.

Un festival d’absurdités
Le point fort de Ma Loute c’est bien son humour complètement décalé et dérangé. Pour ne citer qu’un seul exemple : l’inspecteur de police Machin gonfle lorsqu’il stagne dans une affaire, tout au long du film il grince et couine comme un ballon de baudruche, il est tellement rond qu’il doit rouler pour descendre les dunes de sables…
On y trouve du burlesque théâtral, notamment dans le jeu de la famille Von Peteghem, toujours dans l’extravagance, l’une qui chante (mal) de l’opéra, l’autre qui cite à tout va les grands auteurs, celui effrayé par tout, celle complètement cloîtrée dans les règles de bienséance. Et du côté des pêcheurs c’est la brutalité et les repas sanguinolents qui amusent, juste qu’à ce que l’on comprenne de quoi il en retourne.

Ma loute

Un jeu d’acteurs fascinant
Deux opposés se partagent le devant de la scène : un quatuor de célèbres acteurs français (Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni-Tedeschi, Jean-Luc Vincent) qui endossent les rôles des riches aristocrates et des acteurs amateurs tout aussi excellents (Brandon Lavieville qui joue Ma Loute, son père, Raph qui est Billie, …). Ensemble ils forment une panoplie de personnages ahurissants. Leur jeu poussé à l’extrême (muets pour les pêcheurs, extraverti chez la grande famille) fatigue parfois, mais participe joliment à l’ambiance de folie générale.

Une esthétique soignée et poétique
En plus d’être drôle et riche en surprises, Ma Loute est un film aux images magnifiques. Les cadrages sont calculés, les lumières mesurées et les costumes raffinés. La baie de Slack, dans le nord de la France, est un vrai sujet à carte postale : de longues plages blanches, une luminosité en clair-obscur, des dunes de sables immenses… Tout est réuni pour offrir des vues incroyables. Ajoutons à cela un cadrage surprenant – l’action peut se passer parfois simplement dans le coin droit de l’image – et l’on se trouve devant une merveille photographique.

La conclusion de ce film est plutôt pessimiste : l’humain est-il maître de ses pulsions ? l’amour existe-t’il ? l’égalité sociale est-elle possible ? etc. Mais si Bruno Dumont nous montre le manque d’humanité, il le fait d’un manière si drôle et excentrique que ce monde pessimiste ne nous semble pas du tout crédible. Ma Loute est un film d’artiste où se côtoient des images inspirées du surréalisme et des clins d’œil au cinéma muet. On va voir Ma Loute comme on observe un tableau, avec curiosité, surprise, effarement. Avec ceci de plus, Ma Loute est aussi touchant que hilarant.

Ma Loute, de Bruno Dumont, en salles en France depuis le 11 mai.

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