Longueur d’Ondes : Jean-Luc Eluard est mal famé, je suis écœurée

BILLET D’HUMEUR – Un article paru dans un numéro de Longueur d’Ondes sur le féminisme a attiré mon attention. Il est écrit au vitriol, il est surtout terriblement sexiste et misogyne.

J’aime beaucoup Longueur d’Ondes. Vraiment. En général, on est plutôt d’accord niveau musique, artistes etc. Mais ça, c’était avant de tomber sur un affreux billet d’humeur de Jean-Luc Eluard. Je n’ai pas compris si c’était de l’ironie, si c’était du second degré ou, si c’était juste mauvais. Mais une chose m’est apparue certaine à la lecture de l’article : l’homme ne partage qu’avec le célèbre poète qu’un patronyme. Pour ce qui est de la plume, oui elle est trempée dans le vitriol, mais elle est surtout complètement à côté de la plaque.
Ça commence par « je ne suis pas féministe ». Ok, t’as le droit. Pas de problème. Chacun ses choix. On est, à ce qu’il paraît, dans un pays libre et tolérant. Mais évidemment, ça attire mon attention.  La suite : « Parce que je ne suis pas une femme. Il faut être une femme pour être féministe de nos jours ». Je te mettrai au bout de mon billet le papier en question pour que tu le lises, mais j’avais envie de répondre à quelques passages qui m’ont passablement énervée.

>>   « …pour que les femmes soient les égales des hommes, c’est-à-dire qu’elles puissent se gratter la vulve en regardant des matchs de foot ».

Alors non. Non. Si les femmes se battent pour être les égales des hommes, ce n’est certainement pas pour se gratter la vulve devant les matchs de foot. Oui, il y a des femmes qui aiment le foot, il y en a qui le pratiquent (très bien) et il y en a qui n’en ont rien à foutre. En revanche, toutes ces femmes, elles veulent bien être les égales des hommes dans le monde du travail, par exemple. Rien à voir avec une masse corporelle différente ou autre bullshit. À travail égal, elles aimeraient avoir un salaire égal. Et ne pas être payée 30% de moins parce qu’à la place des couilles ou des boules, elles ont un vagin et des seins. Elles aimeraient aussi pouvoir rentrer chez elle, le soir, la nuit, sans qu’un pauvre merdeux l’interpelle, prenne sa jupe un peu courte pour une invitation à la prendre contre un mur. Voire la possibilité de conduire, sortir, aller à l’école. Ne pas être prises pour des engins reproductifs qui nourrissent et surveillent les marmots. Bref, elles ne veulent plus être considérées comme des sous-merdes ou des sous-personnes.

>> « On m’a dit parce que quand il y a des hommes, on n’est pas pareilles. J’ai voulu comprendre : comment ça pas pareilles ? Peut-être que vous êtes mieux que les hommes ? »

Tu vois, je ne vais pas à ces réunions non-mixtes de militantes dont tu parles dans ton article. Je n’ai strictement aucune idée de ce que c’est. Pardon pour ça, mais je comprends exactement ce qu’elle veut dire par « on n’est pas pareilles ». Et ta question aussi stupide que complètement conne est la réponse, sans doute, au pourquoi tu n’es pas convié à ces réunions. Ce n’est pas parce que les femmes sont meilleures, mais parce que parfois, les hommes ont des réponses stupides comme celle-ci. Heureusement pas tous. Mais certains trouveront parfois le moyen de faire comprendre qu’eux, ils savent mieux les choses : sur la grossesse (ah ils sont enceintes ?), sur les règles (ah ils en ont aussi ?), la coupe menstruelle (ah, ils l’utilisent ?) et tout un tas de trucs. Ils auront la réponse à la question que tu ne te poses pas. Ça arrive, qu’inconsciemment, ils adoptent cette attitude paternaliste parce que c’est comme ça qu’on a tous été élevés depuis des siècles et des siècles.

Non, on n’est pas pareilles quand on est avec des hommes. On ne peut pas toujours parler avec la parole libérée, sans jugement. Tu ne comprendras pas ce que ça fait d’avoir un boss qui te reluques les seins, tu ne comprendras pas ce que c’est d’avoir un mari qui pense que parce que tu es sa femme, il peut t’obliger à avoir des relations sexuelles, tu ne comprendras pas la honte que ressent la serveuse qui se fait mettre une main aux fesses, tu ne comprendras pas le traumatisme de la femme qui se fait violer, agresser parce qu’elle est rentrée tard la nuit après une soirée, tu ne comprendras pas le désespoir d’une jeune fille qui veut se faire avorter pour des raisons qui n’appartiennent qu’à elle. Une femme parlera toujours plus facilement de ses problèmes « de femme » avec une personne du même sexe. D’ailleurs, je t’invite à lire cet article de Gretchen Kelly, il pourrait t’ouvrir les yeux : « La chose que font toutes les femmes et que vous ignorez »

>> « C’est le principe de base du féminisme actuel : les hommes ne peuvent pas comprendre à quel point les femmes souffrent. Mais de quoi ? ‘des violences faites aux femmes’. Violences faites par des hommes qui, sans doute, ont les boules d’être exclus des réunions non mixtes… »
Mon sang n’a fait qu’un tour en lisant cette phrase. Si ce papier est du second degré, il est aussi difficile à trouver qu’une goutte d’eau dans le Sahara. On ne plaisante pas avec la violence. Celle faite aux femmes, celle faite aux enfants, aux hommes aussi. Rien ne justifie la violence. Jamais.

>> « J’ai vécu avec une féministe »
Comme l’a dit un jeune homme sur Twitter : j’ai vécu avec une féministe, c’est le nouveau « j’ai un ami noir » de Nadine Morano. Et c’est tout aussi stupide comme réflexion.

Je pourrais continuer longtemps, mais j’ai réalisé une chose : j’ai perdu dix minutes de ma vie à lire vingt-trois fois ce texte pour comprendre si c’était une blague de Touche pas à mon poste ou pas. Rapport à l’épisode où un chroniqueur trouve que c’est cool d’embrasser la poitrine d’une jeune femme à la silhouette plantureuse. Elle avait dit non au baiser, il l’a quand même embrassée. J’ai aussi perdu mon temps à rechercher l’article sur le site internet de Longueur d’Ondes. Et pire, j’ai perdu aussi mon temps à écrire ce billet. Je sais que c’est lui donner de l’importance, peut-être pour pas grand chose.

Mais à une époque où un mec qui pense qu’on peut attraper les femmes par la chatte devient Président des États-Unis, à une époque où certains estiment qu’il faut abroger la loi sur l’avortement, à l’époque où l’agression sexuelle devient quelque chose de divertissant à la télévision, ce genre de billet humoristique (ou pas) me fait sortir de mes gonds. Même si c’est sous couvert de second degré. Non, ce n’est pas drôle. Il serait temps de comprendre que le féminisme, ce n’est pas la haine de l’homme, ce n’est pas une histoire d’être meilleures que les messieurs, ce n’est pas une mode, c’est une affaire qui concerne tout le monde. Une affaire de respect, d’humanisme, de logique. Le jour où l’on comprendra qu’il faut respecter les femmes autant que l’on respecte les hommes, peut-être que ce monde ira mieux. Mais j’ai des sérieux doutes sur nos capacités à y arriver.

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