The Slow Show : « On est passés à autre chose : l’espoir et l’optimisme ! »

INTERVIEW – C’était l’une de nos plus belles découvertes de la fin de l’année 2015. On a enfin eu l’occasion de retrouver les Anglais de The Slow Show, quelques heures avant leur retour parisien dans le cadre du MaMA Festival à Paris.

Décembre 2015, on titrait « The Slow Show, le grand choc ». On était trois de l’équipe ce soir-là au Point Éphémère, même claque dans la figure, même sentiment de lâcher-prise. On découvrait The Slow Show de Manchester. On a logiquement profité de leur retour à Paris (près d’un un an après) pour les rencontrer. C’est Fred Kindt (clavier) qui a la gentillesse de nous retrouver dans les coulisses du Divan du Monde, un après-midi estival du mois d’octobre, alors que ses quatre compères sont partis profiter de leur quelques heures dans la belle Montmartre.

Rocknfool : La première fois que l’on vous a vus, on ne savait pas du tout à quoi s’attendre, car on était venues pour Roscoe avec qui vous partagiez la soirée au Point Éphémère. On s’est pris une grosse claque dans la figure, c’était une performance intense, avec beaucoup d’émotions fortes et inattendues. Est-ce que tu es conscient de cette aura, de ce pouvoir que vous avez sur le public avec votre musique ?
Fred : (rires) Quand on joue devant un public qui nous connaît, on en est conscients, on peut plus ou moins s’y attendre. Mais quand on joue dans de nouveaux endroits, comme au Point Éphémère, on ne peut pas savoir. Ça peut très bien être la première fois que les gens nous entendent, et ils ne savent pas à quoi s’attendre. Peut-être que pour toi c’était agréable, mais pour des gens qui sont habitués à un grand spectacle ou qui s’attendent à autre chose, c’est différent. Cela-dit je trouve que ça a bien fonctionné la dernière fois à Paris. Si c’est la bonne atmosphère, la bonne soirée, qu’on l’on se sent bien, alors on peut délivrer une performance intense en termes d’interactions avec le public. Plus le public est attentif, plus on peut délivrer notre musique comme on le souhaite. C’est une relation de confiance.

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The Slow Show @ Le Point Éphémère, Paris, 2015

Donc si le public n’est pas top, vous ne vous donnez pas à fond ?
Je suppose que si le public n’est pas bien concentré après deux ou trois chansons, alors ça devient plus compliqué. C’est la même situation pour n’importe quel groupe, mais pour nous en particulier, car notre musique n’est pas très forte.

Votre chanteur Rob Goodwin, a cette voix plutôt extraordinaire, un timbre d’outre-tombe. Est-ce que sa voix, plus vos accompagnements atmosphériques sont les fondements de l’identité de The Slow Show ? Dans le sens où je ne peux pas imaginer The Slow Show sans ce timbre de voix caractéristique et ces accompagnements planants…
C’est vrai que c’est une grande part de notre identité. Parfois la musique s’enveloppe autour de sa voix. Elle a besoin d’espace. Ce n’est pas le genre de voix avec laquelle tu peux chanter de façon rapide, car elle est très basse… je ne pense pas que ça fonctionnerait. Rob est aussi musicien : ça forme un cycle où la musique se met au service de sa voix, pour mieux s’y enchevêtrer. Quand on a commencé, le groupe avait déjà un son particulier, et à ce moment-là, Rob ne chantait pas encore, c’est arrivé plus tard. Je pense aussi que sa façon de chanter s’est développée à partir du style de musique que nous faisions. Cela dit, sa voix est pareille quand il parle couramment, donc il n’a pas eu à la modifier non plus. Il a juste ajouté un petit quelque chose à ça… Est-ce que c’est sensé ce que j’essaie de t’expliquer ?

Oui, c’est une sorte de complémentarité c’est ça ?
Exactement ! La musique et la voix, sans ordre prédéfini. Parfois sa voix modifie notre musique, et vice-versa.

Votre musique a quelque chose de très sombre, de très triste, mais aussi toujours cette petite lumière présente à l’horizon, qui apporte un côté réconfortant et apaisant. Est-ce là votre marque de fabrique en terme de composition ?
(réfléchit) Peut-être que ça a finit par l’être. On n’a pas défini de but pour sonner d’une façon particulière. Je crois simplement que c’est ce qui arrive, sans pour autant que l’on se soit fixé ça comme objectif à la base.

On a été plus légers dans les instrumentalisations du deuxième album. On a essayé d’intégrer plus d’optimisme.

Car j’ai vraiment trouvé qu’il y avait plus de lumière, plus d’espoir…
J’allais justement te demander si tu pensais qu’il y avait plus de tout ça dans le deuxième album ? [je confirme ndlr]. C’est bien que tu le remarques, car on le pense aussi ! (sourire) C’est en tout cas ce qu’on ressent. On a été plus légers dans les instrumentalisations. On n’a pas voulu en faire de trop cette fois ci, pour ne pas que cela devienne trop intense, ou trop sombre. Quelques chansons sont plus épurées et apportent plus de luminosité, tout comme les sujets abordés dans les textes. On a vraiment essayé d’intégrer plus d’espoir, comme tu l’as mentionné, ou d’optimisme. Si tu n’es pas vigilant, les gens penseront que tout est noir et déprimant. Et pour nous ce n’est pas le cas, bien que parfois nous chantons sur la tristesse… mais on est passé à autre chose maintenant, et on espère que cela s’entend.

Pour moi oui, mais je ne sais pas pour les autres…
Chacun l’interprétera à sa façon, c’est certain ! Mais pour nous, c’est le cas.

The Slow Show @ Le Divan du Monde, Paris, 2016

Comment décrirais-tu Dream Darling, à une personne sourde ?
Je dirais qu’il se passe beaucoup de choses dedans, c’est coloré, tout comme du point de vue de la musique, j’aime à penser que cela l’est également. Hum… pour une personne sourde le plus important c’est la vue et les émotions… Donc on pourrait d’une certaine manière parler d’émotions, en disant que l’album peut parfois avoir un effet cathartique. Car les premières chansons sont plutôt intenses, puis avec les chansons qui se trouvent au milieu de l’album, elles perdent un peu de leur aspect dramatique tout en devenant plus intimes, ça devient plus calme et acoustique… Si tu considères les sons comme la peinture d’une palette, même s’il y a de la douleur, il y également de nombreuses couleurs, comme le son des cors, celui des cordes… C’est pour ça que l’on préfère jouer dans des salles silencieuses, pour ressentir tous ces détails.

On préfère jouer dans des salles silencieuses, pour ressentir toutes les émotions et toutes les couleurs de la musique.

Je voulais justement te parler des cors qui sont présents sur votre album, mais également sur scène à vos côtés. C’est très héroïque comme instrument. Pourquoi cet instrument dans The Slow Show ? Qu’apporte-t-il à votre son ?
Tout a commencé à Whitewater, l’idée nous est venue d’un brassband car il y en a beaucoup en Angleterre. Ils ont vraiment un son particulier. J’ai toujours trouvé qu’ils avaient un son rempli d’émotions, c’est très solennel, très nuancé. J’avais tiqué sur cette sonorité dans la rue, et on l’a utilisé car on n’avait pas arrêté d’y penser. Bien sûr, par la suite, ça a évolué car cet instrument possède un son très flexible et beaucoup d’étendues. Je préfère les cors que les cordes, car l’usage des cordes est plus commun. Pour moi, quand tu utilises trop de cordes, ta musique devient trop douce, trop sucrée. On aurait alors un peu l’air cucul. Le cor permet de mieux doser les émotions. C’est sans doute personnel comme point de vue. C’est en tout cas génial d’avoir un corniste avec nous sur scène, le cor fera toujours partie de notre identité. Au début on avait que quelques chansons avec du cor, maintenant quasiment toutes en contiennent (rires).

Ce n’est pas commun comme instrument !
C’est vrai, je suppose que c’est un bonus ! Effectivement il ne doit pas y en avoir beaucoup…

Donc désormais vous aurez toujours un cor sur scène ?
Oui, ça fait vraiment longtemps qu’on n’a pas joué sans. Parfois on change c’est un cornet, parfois un tuba… D’ailleurs la personne qui va jouer du cornet avec nous ce soir, vient d’un brassband anglais.

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Tu as aussi parlé d’un chœur. Cela ajoute encore une touche d’héroïsme à votre musique non ? Vous aviez dit que ce n’était pas prévu à la base ?!
Ce n’était pas prévu dans le sens où l’on voulait avoir une chorale, notamment une en particulier avec qui on avait déjà joué précédemment. Mais il fallait que ça corresponde avec la musique, et faire attention à ne pas en abuser. Au final c’est assez discret, comme sur la première chanson de l’album, c’est en arrière-plan. C’est un plus incroyable d’avoir eu cette chorale avec nous, c’est un véritable instrument supplémentaire.

J’ai regardé quelques vidéos de vous en festivals : votre musique me semble beaucoup plus parlante en salles ou dans des lieux fermés.
Oui, complètement. On doit modifier notre set quand on joue dans des clubs ou dans des festivals. C’est très différent. Dans les clubs on peut jouer des ballades, on est alors plus proches du public et on a plus de temps pour jouer de tout. En festivals, il nous faut mettre de côté certaines chansons qu’on aurait aimé jouer. Mais ce n’est pas pareil, car le public ne te connaît pas forcément, il est assez loin de la scène. Les gens viennent juste jeter une oreille à ce que tu fais. Mais il y a une énergie différente. On a appris à s’adapter au fil des années car à nos débuts, les festivals étaient quelque chose de plutôt difficile pour nous. On a fait pas mal de festivals ces derniers temps, et c’est pour cette raison que nous sommes excités de repartir en tournée dans des salles fermées, on a hâte de s’y remettre.

Dernière question : est-ce qu’il y a une question que je ne t’ai pas posée, que tu aurais aimé que je te pose ?
(rires) Non, je suis juste content que tu ne m’aies pas demandé quelle est ma couleur préférée ou quel est mon super-pouvoir favori. Car on me demande ça très souvent ! (sourire)

► Dream Darling le deuxième album de The Slow Show est disponible (Haldern Pop Recordings)

Merci à Fred et Anna.

Propos recueillis par Emma Shindo (12 octobre 2016, Paris)

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