On a vu : « Blue Jay » sur Netflix, une pépite d’émotions en noir et blanc

CINÉMA – Netflix continue de révolutionner le principe du cinéma en proposant des films incroyables à voir directement chez soi. En s’associant avec les productions Duplass, ils nous ont offert Blue Jay. Merci pour ça.

Il y a peu, j’étais déçue par Paterson, le dernier Jim Jarmusch, qui centrait son histoire sur la vie de deux protagonistes et la poésie. Voir Blue Jay m’a offert un merveilleux contrepoint, et la preuve (si nécessaire) qu’il était largement possible de faire une film passionnant avec seulement deux acteurs : Mark Duplass et Sarah Paulson.

(NB : pour une totale découverte, ne regarde pas la bande-annonce)

Duplass Brothers Productions x Netflix : le début d’une belle histoire

Si tu es féru de séries, tu connaîtras sans aucun doute ces deux noms. Sarah Paulson est un personnage récurrent d’American Horror Story, et a incarné Marcia Clark dans la première saison d’American Crime Story. Mark Duplass, lui, était du cast de Togetherness, une série subtile et délicate malheureusement annulée après deux saisons. Mais plus qu’un simple acteur, Mark Duplass est également producteur, puisqu’il a créé avec son frère Jay Duplass (acteur d’une autre merveilleuse série, Transparent) une société de production. Société de production qui est à l’origine du film Blue Jay, écrit par Mark Duplass en personne. Tu suis ?

Il est important de comprendre un peu le contexte de création de ce film, qui ouvre tout un ensemble de perspectives sur la mutation du cinéma. Les frères Duplass ont en effet signé un deal avec Netflix, les engageant à produire quatre films pour le network qui les financerait. Pas de contraintes sur le thème. Un deal extrêmement moderne donc, entre ce média varié et ce duo de producteurs, internationalement reconnus pour leurs films indépendants et « low-budget ». On aurait pu donc craindre une évolution dans la ligne de conduite de Duplass Brothers Productions : il n’en est rien. Blue Jay, premier titre résultant de ce deal, est un film au budget serré et nullement grandiloquent. Un de ces films qu’on nomme toujours un peu dédaigneusement « un film indé ».

blue jay
Sarah Paulson & Mark Duplass

Une histoire d’une violente délicatesse

Deux acteurs, un script de dix pages, un tournage de sept jours, un résultat en noir et blanc. Incroyable de simplicité. Le pitch, lui aussi, tient en quelques mots. Jim, de retour dans sa ville natale, croise Amanda, son amour de jeunesse. Le film suit les quelques heures qu’ils passeront ensemble après cette rencontre. Incroyable de simplicité, bis. Peut-être trop ? Non.

Non, grâce à la réalisation, parfois tâtonnante mais honnête, d’Alex Lehmann, et surtout grâce au talent inégalable de ses acteurs. Il y a peut-être quelque chose d’intéressant à savoir se glisser dans la peau d’un super-héros, puis d’un tueur à gages, d’un sauveur de l’humanité ou d’une réputée figure politique. Mais qu’y a-t-il de plus difficile et admirable que de savoir interpréter les plus infimes variations de l’âme humaine ? La partition sans limite des émotions qui traversent et transpercent un visage chaque seconde ? Je crois qu’il y a de la magie à savoir transmettre tout cela au travers d’un simple regard, d’un haussement de sourcil, d’un froncement de nez, d’un sourire. Mieux : d’un silence. Mark Duplass et Sarah Paulson ont cette magie. Magie décuplée dans leur couple incroyablement au diapason, dont les dialogues, improvisés pour beaucoup, se savourent entre deux non-dits.

Alors fais-moi confiance. Si tu as envie de voir un film profondément touchant et plein de poésie sur l’amour et la vie, évite Jim Jarmusch et son décevant Paterson. Choisis Blue Jay, les yeux fermés. À lui seul, il mérite de s’abonner à Netflix.

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