Charlie Cunningham : « C’est important pour moi d’aller de l’avant »

INTERVIEW – Retrouvailles avec Charlie Cunningham, fabuleux songwriter au doigts d’or, à la suite de la sortie de Lines, son premier album.

Rendez-vous quelques heures avant son premier concert en tête d’affiche à Paris. On s’installe dans un coin du restaurant des Trois Baudets, encore vide, où il se produit le soir-même. On attendait avec impatience le retour du Britannique aux doigts d’or : Lines son premier album est sorti quelques mois plus tôt, et on ne te cache pas que dans l’équipe Rocknfool, les avis étaient mitigés. Logique de sauter sur l’occasion et d’en discuter avec le principal intéressé, cet artiste d’une gentillesse incommensurable, ce musicien qu’on adore et en lequel on croit toujours beaucoup.

Charlie Cunningham aux Trois Baudets (c) Emma Shindo

Rocknfool : Une chose essentielle a changé depuis la dernière fois que l’on s’est parlé : tu as désormais un album, Lines, et un groupe. Comment ça se passe avec tes deux musiciens ?
Charlie : En fait mon dernier musicien claviériste s’est blessé au bras, donc on a fait venir Jon, un nouveau claviériste. Il est super, très professionnel ! C’est génial de pouvoir voyager avec d’autres personnes, d’être avec d’autres personnes sur scène, de partager cette énergie…

Tu ne te sens plus tout seul sur scène en gros…
Non c’est ça (sourire). C’est vraiment sympa la camaraderie !

Tu as travaillé avec tes deux musiciens sur l’album également ?
J’ai d’abord enregistré l’album, puis j’ai engagé les gars. Ils ont écouté les chansons, puis appris les parties correspondantes. Il y a un certain nombre de nappes instrumentales sur l’album : Jon n’est pas une pieuvre à plusieurs bras, il ne pouvait pas tout jouer à la fois. Il a repris certains éléments pour les interpréter plus en levée. Le rendu du live n’est pas complètement similaire aux titres studio. C’est un petit changement par rapport à mes concerts habituels… ça va être cool, j’ai vraiment hâte !

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Tu ne peux plus vraiment faire n’importe quoi sur scène du coup.
Tu as raison (sourire), il faut que je sois plus structuré. Ça reste tout de même assez libre, il ne faut pas non plus que ça soit trop compartimenté pour réussir à conserver la même énergie qu’avant, assez relax… ça devrait marcher. C’est notre deuxième concert ensemble, on a joué à Londres avant, c’était charmant. J’espère que ça fonctionnera sur la suite de la tournée également. Je croise les doigts.

Est-ce que le truc du mec à la guitare c’est fini ?
Non ! Absolument pas. Je fais encore des concerts tout seul : ça dépend de quel type de concert il s’agit, de ce qu’il est mieux de proposer à un moment donné. En fait c’est juste avoir plusieurs cordes à son arc. Ça nous permet notamment de pouvoir jouer à des endroits où je ne pouvais pas me produire en solo, c’est un extra.

« Le but c’était de faire en sorte que ça reste intéressant pour moi, et pour les autres. »

Donc l’idée c’était de pouvoir se déployer et d’ouvrir plus de portes ?
Le but était simplement de se développer tu vois ? D’étendre le son aussi. De faire en sorte que ça continue à rester intéressant pour moi, pour les autres, et qu’on entende une progression… De pousser un peu le son en conservant la philosophie de base : ne garder que le minimum, que ce qui est épuré. Il y a un clavier sur scène, mais il est vraiment enfoui tout en-dessous. Il est plus là pour soutenir que pour apporter quelque chose de totalement différent. C’est de l’ornementation.

Donc pas encore de brass band…
Pas encore non. La prochaine fois ! (rires)

Tu étais plutôt organique et acoustique dans tes trois précédents EPs, là tu as ajouté des touches électroniques. Qu’est-ce qui t’a amené à ce mélange ?
J’ai toujours eu des éléments cachés en-dessous de la guitare, dans tous mes EP : des claviers assez doux notamment. Avec l’album je voulais ajouter un truc un plus, une sorte de fondation, en étendant la portée de mon son et en apportant plus d’énergie. Mais j’ai encore des chansons plus intimes, comme « While You Are Young », « Lines »… Et si tu as écouté les chansons des premiers EPs, tu te sentiras toujours aussi proche de leurs versions enregistrées pour l’album. Les EPs sont une bonne contextualisation de l’album, plutôt qu’une rupture. Tout est connecté, ce ne sont pas des entités séparées chronologiquement. C’est du moins comme ça que je le vois, un long voyage plutôt que des escales entrecoupées.

C’est juste que je ne pensais pas que tu étais du genre à écouter de l’électro !
Carrément ! En grandissant j’ai écouté beaucoup de choses différentes. C’est essentiel pour moi d’incorporer des choses que j’aime, comme Aphex Twin, Brian Eno, tous ces artistes qui travaillent autour des ambiances et un large spectre sonore… .

« Mes EPs ont été très importants pour l’évolution de ma musique. »

Je dois avouer que j’ai trouvé ton album un peu trop lisse, trop propre par rapport à tes EPs. Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui t’a poussé à le réaliser de cette façon-là ? Car cet album ne reflète pas la façon dont ta musique sonne réellement.
Je souhaitais faire quelque chose de très fluide, quelque chose des albums que j’aime écouter, c’est-à-dire un disque qui laisse l’esprit vagabonder et voyager. Car tu sais, les EPs n’allaient nulle part, je n’ai jamais eu l’intention de faire un album qui iraient dans le sens des EPs ou qui reprendrait les meilleures chansons des EPs. Ils ont été très importants pour l’évolution de ma musique. J’ai toujours gardé dans un coin de ma tête la volonté de débuter avec ces chansons-là, puis les interpréter de la façon que je voulais sur l’album… pour continuer à faire évoluer ma musique.
C’est vrai que l’album est très propre, très lissé, mais toutes les chansons qui y figurent ont été écrites en même temps que toutes les chansons de mes EPs. Je peux encore toutes les jouer seul, en guitare-voix. C’est important pour moi d’aller de l’avant, de changer certaines choses… je suis certain que je ferai encore plein de chansons épurées dans le futur ! Mais pour le moment, j’ai envie de faire ça (rires).

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Donc si tu as envie de faire un album de rockn’n’roll, c’est possible !
Qui sait !? (sourire)… Mais je ne pense pas que cela arrivera !

« Je voulais un album que tu peux réinterpréter et réécouter en découvrant de nouvelles choses à chaque fois. »

J’ai quand même adoré « Answers », qui n’est pas une chanson en guitare-voix.
Les EPs c’était juste moi et une guitare, donc c’était forcément des moments très instantanés. Je voulais un album que tu peux réinterpréter, que tu réécoutes pour découvrir de nouveaux éléments à chaque fois… C’est quelque chose que je n’avais pas eu l’occasion de faire jusqu’à présent !

Est-ce que tu peux me parler d’ »Answers » ? Est-ce que cette chanson a une histoire ?
Oui il y a bien une histoire… mais c’est un peu difficile d’en parler, au niveau des paroles notamment. Je préfère laisser ça à la libre interprétation de chacun.

C’est ma chanson préférée…
C’est ta chanson préférée grâce à cette association et cette interprétation que tu as faites avec les paroles. C’est plus intéressant que de te raconter mon interprétation… C’est vraiment une humeur, c’est une chanson très personnelle pour moi aussi, trop personnelle pour que je puisse en parler pour le moment. Mais clairement les gens peuvent s’y retrouver, comme toi tu as fait.

Est-ce que ta chanson instrumentale « Molino » est une résurgence de ton passé espagnol ?
C’est comme un clin d’œil, un léger hochement de tête. Ça permet de comprendre quelles sont les origines de ma musique. Je ne voulais pas faire un morceau entier de flamenco, mais simplement rendre hommage à quelque chose qui m’a beaucoup influencé. Quand j’ai écrit « Molino », j’ai vu ce morceau comme une humeur et une introduction à « You Sigh », la chanson qui suit.

« Je ne sais pas quoi penser de la religion, mais dans les églises il y a une énergie spéciale que j’aime particulièrement. »

Ta musique a l’air de bien fonctionner avec les églises : c’est lumineux et empli de sagesse. Est-ce qu’elle a un côté spirituel aussi ?
Les églises transportent les gens dans un bon état d’esprit. Tu entres dans une église, et soudainement tu avances prudemment, tu écoutes avec attention… ton esprit s’apaise, et ça fonctionne très bien avec ma musique acoustique. Ça m’aide. Je ne sais pas quoi penser de la religion, ni si tout cela est l’œuvre d’un dieu, mais dans les églises, il y a cette énergie spéciale que j’aime particulièrement.

Je ne t’ai pas posé cette question la dernière fois que l’on s’est vus, mais qu’est-ce qui se passe entre toi et la nature ? Ton Instagram est rempli de photos de nature, tes pochettes d’albums également…
(rires) Ça devient vraiment récurent n’est-ce pas ? C’est juste de la beauté à l’état pur. C’est bon pour mon esprit de passer du temps dans la nature quand je ne suis pas en tournée. Car je suis de plus en plus sur la route, et j’ai un peu grandi à la campagne. C’est sans doute important pour moi de m’y retrouver dès que j’en ai l’occasion, pour respirer et réfléchir.

Car j’ai lu que ta pochette d’album était effectivement une de tes photos de nature.
C’est une photo du Peak District dans le Derbyshire en Angleterre. Je marchais, puis j’ai vu ça. Et woah, je veux ça ! Je le prends en photo avec mon téléphone et voilà. Quand je réfléchissais à l’artwork, je me suis tout de suite dit que ça serait la bonne photo de pochette. Parfois tu passes tellement de temps à réfléchir à ce que tu vas mettre… Mais cette photo reflète à la fois la grandeur et la maladresse de l’album. Pour moi, ces deux éléments figurent dans cette photo.

Tant que tu es jeune (clin d’oeil à sa chanson « While You Are Young » ndlr) que te reste-t-il à accomplir ?
Je veux continuer à faire de la musique que j’aime. Une musique harmonieuse avec qui je suis. J’aimerais aussi poursuivre cet effort que je mène ces dernières années, ne pas devenir complaisant, et continuer à faire de la musique aussi bonne que possible

Propos recueillis par Emma Shindo (Paris, 22 mars 2017)

Écouter Charlier Cunningham :

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