The Amazons : « On jouait le même titre 4 heures d’affilée, c’était éprouvant ! »

INTERVIEW – Ils font partie des 15 groupes émergents à suivre en 2017, selon la BBC. Rencontre avec The Amazons, à l’occasion de la sortie de leur premier album.

Ce soir-là, The Amazons font la première partie de Last Train au Bataclan. La dernière fois, ils faisaient celle de You Me At 6 au Trabendo. La prochaine fois, ils seront tête d’affiche au Point Éphémère. Entre les deux, le quatuor rock de Reading a finalement sorti son premier album éponyme, après avoir signé chez Fiction Records, le label de Tame Impala. Rien que ça.

Je retrouve Elliot Briggs (basse) et Joe Emmett (batterie) dans une loge tout en haut du Bataclan. Après moi, ils partiront mettre leur tenue de scène, car les Timberland et les jeans troués, ça ne leur va pas. Comme tous les artistes Anglais croisés sur mon chemin, Elliot et Joe sont aimables, adorables, plein d’humour et un peu foufous. Parfaits quoi.

Joe & Elliot de The Amazons au balcon du Bataclan (c) Emma Shindo

Rocknfool : Félicitations pour votre premier album ! Je n’ai pas arrêté de l’écouter ces derniers jours. Vous l’avez enregistré il y a plusieurs mois déjà. Vous devez être soulagés de pouvoir enfin le sortir puisque les médias et vos fans l’attendaient impatiemment !?
Joe : On travaille effectivement sur cet album depuis un an. On l’a commencé début avril 2016 et fini fin mai. Donc ça fait quasiment un an… On a effectivement bien hâte qu’il sorte enfin !
Elliot : Ça a été un long voyage. On joue ces titres depuis trois ans au moins, bien avant qu’on ne passe en studio. C’est un soulagement pour nous que les gens puissent enfin se rendre compte de notre travail. Pour ma part, je ne vais pas mentir, j’ai déjà hâte d’enregistrer les nouvelles chansons.
Joe : Il faut déjà qu’on parte défendre ce album pendant 18 mois de tournée !

« Les chansons de notre premier album viennent de partout, elles parlent de nos vies et de tout ce qui gravite autour. »

Est-ce qu’un premier album est toujours un melting-pot de chansons aux styles différents ou plutôt une première franche éclosion ?
Joe : C’est vraiment un melting-pot de chansons, et c’est pour cette raison qu’on a fait un album éponyme, plutôt que de choisir un titre en particulier. Nous n’avions pas de phrase ou de mot qui correspondait. Matthew [Matt, le lead-singer ndlr] a commencé à écrire des chansons à 18 ans, il en a 23 maintenant. Une chanson comme « Stay With Me » est plus grand public, indie-pop, alors que « In My Mind » ou « Black Magic » qui ont été terminées plus récemment sont plus heavy-rock. L’album est constitué de goûts divers et variés et d’influences que l’on a pu avoir ces dernières années.
Elliot : Tu as tout le temps que tu veux pour faire un premier album. Mais tu as entre 6 mois et 2 ans pour faire un deuxième album. Les chansons de notre premier album viennent de partout, elles parlent de nos vies et de tout ce qui gravite autour. Ce qui ne sera pas le cas du deuxième album, je crois, tout le processus sera différent.

Vous avez enregistré vos album live, ce qui semble être à la mode en ce moment. Qu’avez-vous appris de cette expérience studio un peu particulière ? C’est quelque chose que vous referiez ?
Elliot : Ça a très bien fonctionné pour nous. Catherine (J. Marks) qui l’a produit est géniale, elle ne voulait pas qu’on enregistre chaque instrument séparément, à tour de rôle. Il n’en était pas question. À la place, elle nous a tous mis dans une pièce et nous a dit de jouer chaque chanson 50 fois, jusqu’à qu’elle soit satisfaite. On jouait le même titre pendant 4 heures d’affilée… C’était assez éprouvant pour nous, mais je crois qu’ainsi, on a pu se mettre dans le bon état d’esprit. Ça nous a soudé aussi au niveau de notre performance live.
Joe : On a parfois enregistré sans métronome. Avant on suivait une pulsation bien précise… Catherine voulait que le son évolue naturellement, ce qu’on n’avait jamais fait auparavant.

Elliot à la basse et toi à la batterie étiez donc les maîtres du temps !

Joe : Carrément ! [il fait un high five à Elliot ndlr]
Elliot : Bien sûr, on a quand même ajouté quelques éléments par-dessus nos enregistrements live. Notre productrice a toujours voulu que cela soit un album live…
Joe : C’est intéressant à faire et ça ouvre un nouveau sujet de conversation sur les dessous de l’enregistrement. D’après les retours que l’on avait eus, nos performances live étaient ce que le public préférait, c’était donc plutôt naturel pour nous de le faire de cette façon.

Du coup comment avez-vous travaillé votre live pour le rendre différent de cet album ?
Elliot : On peut penser que ce serait difficile de différencier les deux, mais il y a toujours des choses que tu peux apporter. Comme rallonger les titres. Certains groupes que l’on adore le font, parfois jusqu’à 40 minutes !
Joe : Quand tu écoutes des musiciens géniaux que tu adores, qui proposent autre chose en live que ce que tu connais déjà sur l’album, que ce soit subtile ou complètement différent, rallonger, jammer, c’est génial.
Elliot : Tame Impala le fait super bien, comme dans « Glass Half Full of Wine » qu’ils ont joué à Reading en 2013. On y était, et c’était la première fois que je voyais un groupe faire ça. Ils ont rallongé la chanson de 7 minutes à peu près. C’est à ce moment-là que je me suis dit « oh yes, c’est tellement cool ! ».

« Plus tu réfléchis à un riff, plus ce sera de la daube. »

Vous avez des riffs de guitare très incisifs, c’est un peu une marque de fabrique. Est-ce que vous écrivez à partir de ces riffs, ou est-ce que ça vous sert seulement de point de départ pour développer autour ?
Elliot : Je sais que Matt n’essaye jamais d’écrire un riff pour un riff. Ça ne marche jamais. Car plus tu y réfléchis…
Joe : …plus ton riff sera de la daube !
Elliot : Plus ça ressemble au documentaire sur Metallica qu’on a vu. En gros le groupe partait dans un ancien bunker militaire pour essayer d’écrire de nouvelles chansons [Some Kind of Monster, ndlr]. Pour moi c’est forcer la musique, c’est absurde. Matt écrit de son côté, il nous propose ensuite ses idées, et si on accroche, on s’y met tous.
Joe : Matt est vraiment un « homme à chansons ». Il aime d’abord avoir une chanson qui tient debout, au moins les accords principaux des couplets et du refrain, une mélodie approximative pour la voix, sans forcément qu’il y ait de vraies paroles. Généralement le texte arrive à la toute fin. Les riffs que tu entends maintenant, sont arrivés après réflexion… sauf « In My Mind » que Matt à écrite à partir du riff. On revenait de Glasgow et on comatait tous dans le van, sauf Matt qui conduisait. Il a enregistré cet espèce de riff sur son téléphone. »In My Mind » était né !

Les moments que je préfère dans vos chansons sont ces ponts instrumentaux avant le dernier refrain. Pour moi, c’était à ce moment précis que vous lâchiez tout.
Joe : C’est un peu devenue notre « signature », c’est notre « truc » si tu veux. Ces riffs ou ces ponts instrumentaux nous permettent de nous lâcher un peu, c’est vrai.
Elliot : Quand tu viendras nous voir en live, tu feras attention à « Little Something » et à cette partie instrumentale au milieu. À chaque fois qu’on la joue, on parvient à faire quelque chose de plus énergique, de plus lourd… et faire tournoyer nos cheveux (rires).

Je dois avouer que j’étais assez surprise par la dernière chanson de votre album, « Palace », qui est un piano-voix, que j’aime beaucoup. Est-ce que c’est votre côté John Legend ?
Elliot : Matt écrit soit à la guitare soit au piano. Parfois quand on joue ses chansons tous ensemble, le résultat n’est pas aussi convaincant que lorsque lui le faisait en solo. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé avec « Palace ». On a essayé de la jouer de 5 ou 6 façons, avec une batterie électronique, en full-band, à la guitare acoustique… mais ce qui marchait toujours mieux c’était Matt au piano. C’était plus honnête.
Joe : C’est aussi la chanson qui permettait de montrer que l’on avait plusieurs facettes. Comme avec « Holy Roller » qui contient de la guitare acoustique, c’est plus doux tout en ayant un riff groovy. Car tout le monde nous étiquette « groupe de rock qui joue fort ». Ces deux chansons permettaient de montrer qu’on n’était pas que ça.
Elliot : « Palace » est faite pour surprendre les gens, je suis content qu’elle ait eu l’effet escompté !
Joe : Cela nous laisse également le champs libre pour le deuxième album, si Matt veut faire plus de ballades au piano comme ça, ça ne choquera personne. Bon, on n’aurait plus grand chose à jouer avec Elliot mais bon… (sourire)

« On voudrait bien qu’une de nos chansons soit dans FIFA ! »

J’ai trouvé que beaucoup de vos chansons marcheraient super bien pour des jeux vidéos. Vous y avez déjà songé ?
Elliot : Oh cool ! C’est en effet possible, cela pourrait se réaliser…
Joe : C’est déjà arrivé en fait, une de nos chansons du premier EP figure dans un jeu de rallye.
Elliot : Un jeu auquel on jouait quand on avait 10-12 ans.
Joe : Mais on croise les doigts, car on voudrait bien être dans FIFA !
Elliot : Tout le monde veut être dans FIFA…

Vous pensez que les cheveux longs sont absolument nécessaires pour être de vrais rockeurs ?
Joe : Carrément, tu ne peux pas être dans un groupe quand tu as des cheveux courts.
Elliot : Tu es obligé, pour que les dieux du rock puissent te posséder et communier à travers tes cheveux. Rien d’autre ne marche.
Joe : C’est une preuve de sincérité. Une fois que tu as passé le test, tu peux te les couper, car tu as été suffisamment patient pour te les laisser pousser.

The Amazons, sortie le 26 mai 2017 (Fiction Records/Caroline Intl). En concert le 22 novembre au Point Éphémère.

Tracklist :

1 Stay With Me
2. Burn My Eyes
3. In My Mind
4. Junk Food Forever
5. Raindrops
6. Black Magic
7. Ultraviolet
8. Little Something
9. Holy Roller
10. Something in the Water
11. Palace

Merci à Elliot & Joe, à Andrew et à Lisa.

Propos recueillis par Emma Shindo (Paris, 9 mai 2017)

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