3 bonnes raisons de regarder « OKJA » de Bong Joon-ho

CINÉMA – Tout le monde en parle ! On a regardé « Okja », le film polémique, subversif et absurde du coréen Bong Joon-ho, dévoilé à Cannes et disponible uniquement sur Netflix.

Lucy Mirando et Mija à New York

Okja est le dernier long-métrage subversif du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho, à qui l’on doit Snowpiercer ou Mother. Projeté au Festival de Cannes, Okja est désormais diffusé sur Netflix et fait beaucoup parler de lui. Situé dans une période pas très éloignée de la nôtre, Okja raconte l’histoire d’une d’amitié entre un supercochon transgénique, et Mija, une petite fille coréenne qui vit dans des montagnes luxuriantes du Corée du Sud, avec son grand-père. Mija et Okja font des siestes l’un sur l’autre, se boudent et se réconcilient toujours. Les images sont belles, le rythme est lent. Un peu trop.

En effet, la grande firme agro-alimentaire, Mirando (dirigée par la dépassée Lucy Mirando aka Tilda Swinton) a lancé le concours du meilleur supercochon. Lucy espère lisser son image noircie par la mauvaise gestion passée de sa jumelle sadique, Nancy Mirando (Tilda Swinton, toujours). Vingt-six petits supercochons ont ainsi été envoyés aux quatre coins du monde, pour un séjour de 10 ans. Le plus gros gagnera un prix, et sera envoyé pour parader dans les rues de New York en mascotte de la firme. Il s’agit en fait d’une vaste campagne marketing qui intervient avant le lancement de cette nouvelle superviande de supercochon. Sauf que Mija ne va pas laisser son animal de compagnie et meilleure amie partir comme ça. Elle se lance donc à sa rescousse, de Séoul à New-York.

Fable absurde d’une société avariée

Sous couvert d’absurde, Okja est loin d’être un scénario vide de sens et de morale. Plan com’ putassier, monopoles des géants, patronat omni-puissant, capitalisme, artifices, torture animale, consumérisme de masse, rentabilité et profits rois… Les firmes en prennent pour leur grade. Forcément on pense aux géants de l’industrie agro-alimentaire de notre époque (coucou Monsanto), et pas de surprise, ça nous parle.

Bong Joon-ho met en lumière un futur possible, où des industries n’hésiteraient pas à développer des animaux génétiquement modifiés, tout en cachant les origines aux consommateurs, afin de ne pas les dégoûter. Le but ? Fournir toujours plus de viande, à une population en demande, et finalement peu regardante. C’est à cet escient que les supercochons comme Okja ont été créés par un scientifique un peu fou (Jake Gyllenhaal, légèrement insignifiant). Le concours n’est qu’une façade censée redorer le blason Mirando.

À chacun d’interpréter Okja comme il le souhaite, l’absurde appuie la réflexion et semble développer le sens moral.

Okja et Mija

Mija, super-héroïne désarmée et désarmante

L’héroïne c’est Mija. Petite coréenne innocente mais bien aguerrie, qui, à la suite de la mort de ses parents, vit dans les montagnes avec un grand-père, très vieille école. Elle a lié une forte histoire d’amitié avec Okja, avec qui elle batifole entre rivière et forêt. Dès lors qu’Okja est récupérée par Mirando afin d’être expédiée à New York, Mija prend sa banane et décide de faire tout son possible pour ramener son supercochon chez elle.

Mija ne parle pas beaucoup, mais son regard décidé et fier en dit long. Elle ne se laisse pas faire par les adultes condescendants, et n’hésite pas à risque sa vie pour sauver Okja des griffes de Mirando. Néanmoins force est de constater que cette petite fille, d’une sincérité désarmante est vite impuissante face à la brutalité des uns, l’inconscience et la manipulation des autres. Deux univers se heurtent frontalement : la vie sauvage et ostracisée face à la vie citadine et décadente.

Au-delà de la polémique autour de la diffusion et du côté subversif accolé au film, Okja est un long-métrage de quasiment 2h, qui se regarde d’une traite, passée un démarrage poétique et enfantin un peu lent. On rit de temps en temps, notamment grâce au Front de Libération des Animaux (sorte de Sea Shepherd non-violents du bitume dirigé par Jay (Paul Dano), mais surtout on se prend d’affection pour cette petite fille à qui on arrache son innocence et un membre de sa famille. Est-ce un chef d’œuvre ? Non, quand même pas. Est-ce qu’on le regardera à nouveau ? Non, non plus. En revanche c’est un long-métrage intriguant qui a le mérite de mélanger fantaisie et réalisme et proposer matière à réflexion sur la société occidentale actuelle.

Okja, disponible sur Netflix depuis le 28 juin.

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Une pensée sur “3 bonnes raisons de regarder « OKJA » de Bong Joon-ho

  • 14 juillet 2017 à 20 h 48 min
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    Excellent article qui a le mérite de rendre à sa juste valeur ce qu’est ce cet OFNI (objet filmique non identifiable !)… à la croisée des genres. A la fois doux et dur, attendrissant et tellement poignant !

    Un film qui convaint les végétar(l)iens convaincus et qui dérangent terriblement ceux qui tiennent à leur portion quotidienne de viande à la qualité douteuse !

    Attention tout de même à ne pas le mettre entre toutes les mains. Si la première partie s’ouvre à un public familiale, la seconde en revanche peut heurter les âmes sensibles des plus jeunes. Le film est interdit au moins de 16 ans !

    http://letrangelibrarium.blogspot.fr/2017/07/okja-de-bong-joon-ho.html

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