Lust For Life : Lana Del Rey, plus bipolaire que jamais

CHRONIQUE – Depuis son annonce en début d’année, on l’attendait. Lust for Life, le 4e album de Lana Del Rey sort ce 21 juillet. Mais vaut-il le détour ?

Le 19 février dernier, Lana Del Rey publiait « Love », premier single de son 4e et nouvel album intitulé Lust for Life. Depuis, elle n’a pas arrêté de teaser son album, autant sur les réseaux sociaux qu’en vidéo, pour jouer avec les nerfs de ses fans, impatients d’entendre son nouvel opus. Alors, entre la multitude de featuring, la volonté de se renouveler tout en restant la même, les visuels noir et blanc ou super 8 des clips, la californienne a-t-elle réussi son pari ? Lust for Life parviendra-t-il à convaincre tous ses fans ? À la fin des 1h15 de l’album, rien n’est moins sûr, et je reste mitigé.

Deux albums en un, pour le meilleur ou le pire ?

Lust for Life est un véritable double album. Non pas dans sa forme, où Lana Del Rey enchaîne ses 16 nouveaux titres impeccablement, mais plutôt sur la forme. Le dossier de presse présente cet album comme hétéroclite. Pour ma part, je ne le trouve pas hétéroclite, mais totalement bipolaire. Nous nous étions habitués, avec la californienne, à être dans un mood souvent mélancolique, très léché et toujours fleuri malgré la tristesse des chansons. Avec Lust for Life, la native de New-York, qui incarne désormais l’image même de la California Girl, semble avoir voulu rendre hommage à ses origines et la côte Est. Entre des titres plus urbains et hip-hop, d’autres plus électro, j’ai du mal à retrouver l’esprit summertime sadness des précédents opus.

Lana navigue littéralement entre le très bon et le médiocre. Certes, les titres médiocres de Lana restent supérieurs aux meilleurs titres d’une Katy Perry (par exemple), mais quand même. Tout comme Coldplay ou Muse (oui, je les cite une n-ième fois, car je n’ai toujours pas consommé la rupture avec ces groupes), elle a voulu évoluer. Malheureusement, dans le monde de la musique, quand on décide de grandir et de changer de direction, on n’emmène pas tout le monde avec soi. C’est le cas de Lust for Life. À l’entrée du tunnel, certains d’entre-vous entreront à fond et traversons le tunnel sans encombres, d’autres iront au ralenti du fait d’être bloqués par des embouteillages et les derniers décideront de faire demi-tour. Pour ma part, je fais partie de la seconde catégorie. Je m’attendais au pire, qui plus est quand j’ai vu le nombre de featuring et surtout les noms de ceux-ci.

Lust For Life frôle l’overdose de featuring

Les featuring. Voici ce qui m’a fait dévier de cet album. Il faut dire que Lana ne s’était jamais frottée à cet exercice si particulier. Et quand l’on sait que 5 titres sur 16 sont des featuring (soit un tiers de l’album), je reste pour ma part très circonspect. Il faut dire que je n’ai jamais adhéré à cet exercice artistique, où le plus souvent deux mondes musicaux opposés se rencontrent. Beaucoup de groupes s’y sont attelés, mais peu, à mon goût, ont réussi à trouver la parfaite osmose pour créer le Graal musical absolu. Souvent d’ailleurs, à l’image de Lykke Li, ces featuring se retrouvent plutôt sur les B-Sides des singles, afin de ne pas nous infliger leurs écoutes.

Alors, tu le comprends facilement, à l’écoute des duos avec The Weeknd, A$AP Rocky, Sean Lenon ou encore Stevie Nicks, j’ai fui. J’ai essayé de m’accrocher tant bien que mal aux branches, mais elles ont cédé sous mon poids. « Lust for Life » prend un penchant trop electro/vocoder et perd l’âme californienne de Lana Del Rey, aux dépens des sons de l’ultra-star (un peu trop surestimée) de l’année. Idem avec A$AP Rocky sur « Summer Bummer » et « Groupie Love », même si, pour ces deux titres, la symbiose semble plus naturellement, car le rap se mélange si bien à la musique californienne. Malheureusement, après une première écoute intégrale de l’album, ces deux titres passeront à la trappe. La côte Ouest et la côte Est sont incompatibles pour mes oreilles.

Si je dois ne retenir qu’un duo, ce ne sera pas celui de Lana et Sean Lennon (« Tomorrow Never Came » qui sonne plat et faussement-beatles pour la partie Lennon), mais plutôt « Beautiful People Beautiful » avec la chanteuse Stevie Nicks. Peut-être du fait que les deux voix féminines s’accordent parfaitement, peut-être du fait que Stevie Nicks entre dans le jeu de Lana et non l’inverse, mais ce titre est le meilleur featuring de l’album. De là à être le meilleur titre de l’album ? N’exagérons rien !

L’esprit Mulholland Drive d’antan est-il encore présent ?

Outrepassé ces titres qui, sans aucun doute, amèneront un nouveau public à la jeune chanteuse, Lana Del Rey n’a cependant pas oublié les bases, entendues dans Born To Die ou Ultraviolence. Et c’est là, que la magie opère. Car, si elle pouvait perdre des fans avec les featuring, il n’en est rien. Le reste de l’album étant d’une excellente qualité. Certes, un peu inégal sur certains titres, mais hormis Ultraviolence, rares furent les albums de Lana où rien n’était à jeter.

Life for Lust n’y échappe pas. Dans Les Inrocks, la chanteuse disait « Mon problème, ce n’est pas de commencer, c’est de m’arrêter. Même quand on est censé avoir fini l’album, je continue sur ma lancée, je veux toujours rajouter une chanson, puis une autre. » Sur ce point, je suis en accord avec toi, Lana. Tu savais créer des albums courts et émotionnellement intenses au début de la décennie. Avec Honeymoon, tu as voulu en faire toujours plus. Et à un moment, on le paye. À la première écoute, des titres comme « 13 Beaches » ou « Change » (avec une introduction Coldplayienne, années Parachutes et A Rush of Blood to the Head) passent inaperçus et mériteront probablement d’autres écoutes pour mieux les apprécier.

Ce qui est sûr, c’est le fait que des titres comme « Love », « Coachella – Woodstock in My Mind » (titre écrit sur son trajet retour du célèbre festival Coachella, composé en dernière minute et ne devant même pas figurer sur l’album), « White Mustang » ou « God Bless America – And all the Beautiful Women in It » resteront dans la discographie de la chanteuse. Du pur Lana comme nous pouvions l’entendre entre 2012 et 2014. Les fleurs et l’ambiance rétro sont présentes. On voyage, comme nous aimions le faire avec Ultraviolence et Born To Die, sur les routes de Mulholland Drive, à bord d’une décapotable des années 1970, et on laisse l’air chaud de Los Angeles rafraîchir notre cœur. On est pris aux tripes. Mais si je ne dois retenir qu’un titre, ce sera le sublime et lumineux « Heroin » ! La quatorzième piste de l’album donne des frissons de part sa mélodie, mais aussi ses paroles, d’une infinie tristesse et solitude dans l’âme.

Writing in blood on my walls and shit, Tripping off from the walls into the darks and shit, I’ll be lying, if I said I wasn’t sick of it. Lead me, baby, Come on !

On tient probablement avec « Heroin » la pépite de l’album. À la fin de ce shoot, l’envie d’enlacer et réconforter la chanteuse nous serait presque naturelle. Lana Del Rey ne s’est donc pas trahie à 100%. Elle est toujours cette California Girl que l’on aimait entendre et voir, avant l’annonce de sa supposée retraite. Mais, le restera-t-elle indéfiniment ?

Et si Lana Del Rey n’était plus la seule California Girl ?

Au fond, à la fin de la première écoute (album intégral), puis d’une seconde écoute (album sans les featuring), je suis de même à me poser cette question : Lana Del Rey est-elle encore THE California Girl ? Quand on écoute le premier opus de la protégée d’Alex Turner, Alexandra Savior, ou alors le nouveau projet de la suédoise Lykke Li, intitulé LIV, on se le demande. Ces deux artistes, l’une 100% californienne et l’autre désormais californienne de cœur, semblent voler le créneau initialement recréé au début des années 2010 par Lana Del Rey. Lana n’est plus seule dans cet univers mélancolique, rétro, qui pourrait illustrer parfaitement des films de David Lynch ou Sofia Coppola. Non, malgré son jeune âge, les jeunes pousses californiennes tentent aussi de percer. Alors, en prenant le contre-pied sur un tiers de l’album, Lana Del Rey saura-t-elle rester la déesse de la Californie ? Aucun doute là-dessus ! Mais pour sûr, Lust for Life n’est pas le meilleur album de l’artiste. On reste sur notre faim. À force d’espérer des miracles après des albums divins, peut-être sommes-nous forcés de constater les limites de cette déesse mélancolico-pop.

► Lust for Life, le 4e album de Lana Del Rey, sorti le 21 juillet 2017 chez Polydor.
► En concert, le dimanche 23 juillet à l’Hippodrome de Longchamp (Paris), dans le cadre du festival Lollapalooza.

Tracklist :
1. Love
2. Lust for Life (ft. The Weeknd)
3. 13 Beaches
4. Cherry
5. White Mustang
6. Summer Bummer (ft. A$AP Rocky and Playboi Carti)
7. Groupie Love (ft. A$AP Rocky)
8. In My Feelings
9. Coachella – Woodstock in My Mind
10. God Bless America – And all the Beautiful Women in It
11. When the World Was at War We Kept Dancing
12. Beautiful People Beautiful Problems (ft. Stevie Nicks)
13. Tomorrow Never Came (ft. Sean Ono Lennon)
14. Heroin
15. Change
16. Get Free

 

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3 pensées sur “Lust For Life : Lana Del Rey, plus bipolaire que jamais

  • 25 juillet 2017 à 13 h 27 min
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    Vouloir se singulariser à n’importe quel prix, même celui d’une mauvaise foi assez crasseuse, est assez pathétique. TOUTES les critiques sont en accord : c’est son meilleur opus. Allez faire dodo.

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  • 28 juillet 2017 à 22 h 11 min
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    Pas du tout d’accord avec la moitié de cette critique un peu approximative, Lana fréquentait déjà les beats hip-hop au début des années 2010. Et les featurings peuvent amener du partage et des mélanges vraiment intéressants, dommage de les boycotter à ce point. Bref, pour moi cet album est une réussite, une de plus pour la californienne.

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