Le Couleur : « On déteste parler de soi »

INTERVIEW – On a rencontré le groupe québécois Le Couleur lors de son passage à Paris.

Lorsque nous entrons dans l’immense appartement parisien qui accueille l’équipe de Le Couleur, certains font la cuisine, d’autres se reposent sur le canapé, Charlie, la fille de Laurence et Steeven, se balade tranquillement. Nous pénétrons dans l’intimité de la vie de tournée. Le groupe nous met à l’aise et on commence à discuter avec Laurence, Steeven et Patrick, le trio de Le Couleur.

Le Couleur vient de Montréal. Avec ses synthés planants, le groupe offre à la scène francophone une ambiance disco-pop poétique. Le dernier album du groupe, au nom mystérieux, P.O.P. (Pacific Ocean Park) est un vrai roman, racontant l’histoire de personnalités déchues, actrices et copilotes, dans une Amérique du siècle dernier. Intriguant.

Rocknfool – Comment ça va ?
Steeven – On est pas mal crevé là. On arrive d’Italie où on jouait hier.
Laurence – On y a passé deux semaines. De Milan jusqu’au Sud.
Patrick – Personne ne nous connaît en Italie.
Steeven – En Italie il n’y a pas vraiment de circuit de musique indé, comme on les connaît à Montréal ou en France. Tu rentres dans des pubs, des restos, y’a parfois deux speakers, une petite console et assez de pieds de micro.
Laurence – L’Italie c’est le Fort Boyard de la musique.
Steeven – À notre échelle c’est pas si glorieux que ça, il faut être modeste, mais on n’est pas habitué à ça. Ça forge le caractère.

Et vous arriviez à communiquer avec le public ?
Steeven – Non !
Patrick – Ils ne comprennent pas vraiment l’anglais, ni le français.
Steeven – On essaie de parler en espagnol, de mélanger l’espagnol, l’anglais, le français et l’italien. Et puis on réussissait à se faire servir une bière ou une coupe de vin.

Ça fait 7 ans que Le Couleur existe et P.O.P. est seulement votre deuxième album, sorti en octobre dernier ?
Laurence – On avait un premier album, Origami, et ensuite on s’est plutôt lancé dans les EP. On ne s’est pas posé la question du pourquoi.
Steeven – En 2010, avec Origiami, on était indé de chez indé. On était nous trois plus un autre bassiste à l’époque, il n’y avait rien d’autre. Pour la sortie de Voyage Love, on avait une structure : un gérant, un attaché de presse. On a monté un label Lisbon Lux Records. Après ça, on était un peu plus considéré, on se sentait plus encadré. Donc Origami c’est un vrai disque, on y a mis du temps et de l’énergie mais sa promotion n’a pas duré plus de 3h (ils rient).

« On a toujours aimé les albums-concepts. »

Et la sortie de ce nouvel album, P.O.P, vous la vivez comment ?
Steeven – C’est la continuité.
Laurence – On s’est fait plaisir avec cet album.
Steeven – Charlie [ndlr, la fille de Steeven et Laurence, qui se promène entre ses parents et commence à babiller] était là aussi. Ça n’a rien changé au disque, ça a juste un peu reporté sa sortie. On était tous les trois dans notre studio à Montréal, avec nos machines, on était maître de notre temps, du matériel qu’on utilisait, on connaît tout par cœur dans ce lieu. C’était un walk in the park, c’était vraiment facile de faire ce disque là. On nous a souvent posé la question « est-ce qu’il y a eu des embûches avec la grossesse ? ».  À un moment Laurence nous a dit qu’elle ne pouvait plus enregistrer, ça lui donnait des contractions. Donc ça nous a retardé peut-être d’un mois, mais c’est quoi un mois dans la vie d’un band ?

Votre album raconte une histoire ?
Laurence – On a toujours aimé les albums-concepts : Gainsbourg et son Histoire de Mélodie Nelson, par exemple. Enceinte je n’avais pas tellement d’inspiration. Il a fallu qu’on trouve un fil conducteur pour écrire des textes. On était allé en voyage en Floride, en basse-saison, les hôtels étaient vides. Ça faisait penser à une ville fantôme, qui a eu une espèce d’heure de gloire puis a été abandonnée.

C’était aussi une manière de ne pas parler de soi ?
Steeven – On déteste un peu parler de soi. Un critique nous a dit « c’est très impersonnel » et oui c’est très impersonnel.
Patrick – Certains le font et le font très bien mais ce n’est pas notre truc à nous.

C’est plus compliqué de parler des autres plutôt que de soi ?
Steeven – Tu peux inventer plein d’affaires, c’est infini. On a une ville fantôme et sept ou huit protagonistes : un copilote, une vieille actrice déchue, etc. On s’est gâté, le fait de mettre plein de gens troublés ensemble, qui forment l’élite hollywoodienne. C’est un peu fantasmé comme concept.
Laurence – C’est quand même parti d’une réflexion personnelle. Je me demandais : quand t’as connu la célébrité et soudainement t’es oubliée et remplacée, comment tu vis ça ?
Steeven – Ça concerne des chanteurs, des acteurs, mais aussi notre copilote. On trouvait ça plus joli de dire copilote que pilote. J’ai en tête Attrape-moi si tu peux avec Leonardo di Caprio. Il arrive avec six hôtesses de l’air, c’est une star.

« Il n’y a pas de recette pour rester au top toute sa vie, c’est de la chance. »

C’est quoi la recette miracle pour rester au top toute sa vie ?
Steeven – On n’est pas au top donc on ne sait pas trop (rires), mais slow down sur l’alcool et la drogue.
Patrick – Et ne te prends pas trop au sérieux.
Laurence – Moi je pense que c’est juste une question de chance. T’es là au bon moment. Je pense qu’il n’y a pas de recette, c’est de la chance. Et puis il faut que tu sois bon quand même.
Steeven – Il faut que tu sois meilleur que tout le monde.
Patrick – Parfois il suffit de pas grand-chose pour que ta carrière change de cap. Par exemple une de tes chansons est prise pour un film, ça peut complètement changer la donne.

Steeven tu parlais de « copilote » comme étant un mot plus joli que « pilote ». Est-ce qu’il y a des mots ou des sonorités qui vous plaisent plus que d’autres ?
Steeven – Copilote je trouve que c’est un très beau mot. On est des grands fans de Gainsbourg, on aime ça les répétitions, toute la French Touch.
Laurence – Quand ça sonne bien et qu’il y a du rythme, on n’a pas peur de le répéter : comme dans « Son naturel »,  la phrase « naturel stereo son naturel stereo ».
Steeven – Et ça ne veut rien dire ! Peu importe d’où ça vient si ça sonne bien. C’est pareil pour un son de batterie, etc. C’est pour ça qu’on mélange les langues aussi. On met aussi un point d’honneur à faire une sorte de hawls Dance/Disco en français. C’est le fun de se dire que ça se peut aussi dans cette langue.

Ça créé aussi quelque chose de très imagé, vous en avez conscience lorsque vous écrivez ?
Steeven – Carrément, tout le temps. Le cinéma est très présent, non seulement dans les paroles mais aussi dans le goût, le feeling de la chanson. Tu fais deux ou trois accords et tu te dis « ça sonne italien dramatique des années 1970 ».

Quelle est l’histoire du clip de « Premier Contact » ?
Laurence – C’est le premier clip pour lequel on a eu une subvention donc c’est la boîte de prod qui s’est occupée de tout. C’est le premier clip pour lequel on ne savait rien de ce qui se déroulait. Quand tu commences en tant qu’artiste indépendant c’est toi qui fait tout : le booking, la gérance, etc. Et plus ça va plus tu délègues. La première fois qu’on a vu ce clip on ne l’aimait pas. Mais c’était peut-être parce qu’on n’avait pas été intégrés dans le processus.
Steeven – Au début on s’est dit qu’il n’avait aucun rapport avec notre concept. Et puis après, en discutant on a commencé à aimer.

Quelle est la couleur qui vous définit ?
Laurence – Le blanc. Il y a quelque chose de classe, de pur, de simple et d’efficace.
Steeven – Oui le blanc, tu peux tout faire avec.

 

Propos recueillis le 11 avril 2017, par Jeanne Cochin.
Merci à Jérémy Spellanzon.

Photos : (c) Jeanne Cochin

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