The Districts : « Notre album c’est comme un bon sashimi »

INTERVIEW – Le super cool quatuor américain The Districts a fait étape dans la capitale. On a sauté sur l’occasion pour leur parler de leur troisième album.

Je devais rencontrer The Districts avant leur concert au Petit Bain où ils sont venus présenter leur troisième album, Popular Manipulations. Ce jour-là, il pleut des cordes, du matin jusqu’au soir. Le genre de journée où tu as envie de rester sous ta couette. En début de soirée, alors que je suis dans le métro en route vers la péniche, on me dit que malheureusement mon interview avec Braden est annulée : le groupe a pris du retard à cause du mauvais temps. Le soir, je reçois un texto. Finalement on a recalé une interview le lendemain. Heureusement pour moi, le groupe avait un enregistrement d’émission prévu cet après-midi-là.

Le lendemain, après avoir erré quelques minutes Porte d’Ivry, je finis par retrouver par hasard, Rob (chant/guitare), Pat (guitare), Connor (basse) et Braden (batterie). Ils viennent d’être débarqués de leur van, et n’ont pas encore pris de petit-déj. On se pose dans un petit café non loin de là, entre expressos, sandwichs et chouquettes et je commence à poser quelques questions aux garçons. D’une rencontre au lycée et d’un premier album de jeunesse à la signature chez Fat Possum Records, Glastonbury et un troisième album très réussi, rencontre avec quatre types franchement chouettes.

Vous avez dit que l’histoire des origines de The Districts était moins importante que ce que vous êtes maintenant. Donc je me demandais : qui êtes-vous ?
Rob : On est juste une bande de quatre mecs débraillés qui essayons de créer de la musique, qui aimons écrire et enregistrer de la musique. Souvent les gens nous demandent de parler de nos origines, de là d’où nous venons et c’est très générique comme question. Ce que nous sommes c’est finalement des mecs avec des origines pas si folles que ça. Juste des mecs libéraux qui aimons faire de la musique.

J’ai lu des interviews que vous aviez données et il y a trois choses qui reviennent sans cesse : 1. le fait que vous soyez assez jeunes 2. la petite ville dont vous êtes originaires et 3. si vous pouvez commenter ces deux faits. 
Rob : On a 22-23 ans, donc c’est plutôt une bonne moyenne pour un groupe de musique. Et on a effectivement grandi dans une petite ville, mais on habite à Philadelphie depuis quatre ans maintenant. Et le fait que l’on parle de notre enfance n’a pas vraiment d’impact sur la musique que l’on fait à présent…
Pat : Les gens veulent juste qu’on leur raconte plein d’histoires, mais ces histoires-là ne sont pas aussi intéressantes que ce qu’ils s’imaginent. Il y a bien une raison qui explique qu’on a tous fini dans The Districts : on a eu beaucoup de soutien de la part de nos proches.
Rob : Si tu fais bien ton travail de musicien, tu n’as pas vraiment besoin de donner toutes ces explications, ta musique parle pour toi, tu vois ce que je veux dire ?

« Si tu fais bien ton travail de musicien, ta musique parle pour toi. »

Comment vous décririez Popular Manipulations, votre 3e album, à quelqu’un qui ne peut entendre ?
(silence)
Pat : Des couches, beaucoup de couches. Quelque chose d’atmosphérique.
Rob : Avec une dynamique qui va toujours de l’avant. J’ai l’impression qu’il y a une sorte de pression dans toutes les chansons, une forme de hâte. C’est dur de décrire l’album à quelqu’un qui ne peut pas entendre !
Pat : Comment lui expliquer un adjectif comme fort [loud ndlr] ?
Rob : C’est comme expliquer la couleur rouge à quelqu’un qui ne voit pas. Tu dirais que c’est chaud, sensuel…
Pat : Donc plus partir dans le tactile.
Braden : Comment décrire l’album avec de la nourriture ?
Pat : Un gâteau avec plein de strates, recouvert de glace.
Rob : C’est aérien mais aussi affûté.
Braden : Comme un bon sashimi.

Il y a beaucoup de moins de légèreté et d’espoir dans votre dernier album. Que s’est-il passé ?
Tous : (rires)
Rob : Je pense que c’est par choix, c’est la façon de jouer avec laquelle on s’est senti à l’aise… Cela dit, selon les chansons, il arrive que je me sente encore comme un enfant qui joue de la guitare avec un son très joyeux… Je trouve qu’il y a quand même de l’allégresse, sans pour autant que ça soit entièrement optimiste, il y a aussi quelque chose de très affirmé. Donc certes il y a moins de légèreté, mais ce n’est pas nécessaire négatif. Ou du moins ce n’est pas censé l’être !

C’est sans doute juste le fait de grandir et de devenir plus réaliste avec le temps.
Rob : C’est vrai qu’il doit y avoir moins d’idéalisme.
Pat : Et sans rentrer dans les détails ou se lancer dans un grand débat d’idées, il y a aussi notre situation politique aux États-Unis… Le monde est un endroit vraiment étrange, et on a tous eu des conversations autour de ça, la façon dont cela affecte nos vies quotidiennes et sûrement nos chansons, sans que cela soit intentionnel.
Rob : C’est comme un sentiment d’anxiété générale.

« Même si tu changes d’instrument, ta musicalité et tes habitudes s’y refléteront d’une manière ou d’une autre. »

Vous avez dit que vous souhaitiez continuer à explorer de nouvelles choses. Les groupes qui essaient de faire ça finissent souvent par utiliser de nouveaux instruments, changer leur façon d’enregistrer… Donc comment vous avez fait pour faire ça, sans perdre votre identité ?
Braden : On s’est juste beaucoup amusé à jouer de différentes façons, en dehors du groupe. Quand on se retrouvait tous les quatre dans le studio pour enregistrer, quoi que l’on fasse, on parvenait à faire de la musique qui nous parlait à nous. Par exemple quand on faisait une reprise, ça finissait toujours pas sonner comme nous, car on travaille ensemble depuis longtemps. Même si on utilise de nouveaux instruments, ou qu’on joue autrement, on espère que les gens nous retrouveront quand même dedans.
Rob : Certains groupes ont un son en particulier. Une identité musicale pendant toute leur carrière. Mais la plupart des groupes changent avec le temps. C’est bien de toujours faire en sorte que ce soit intéressant, de continuer à explorer.
Pat : Même si tu changes d’instrument, ta musicalité, tes habitudes et ta personnalité s’y refléteront toujours d’une manière ou d’une autre. Même si t’as pas envie ! Ça peut être un peu frustrant parfois.

Vous êtes clairement un groupe fait pour le live. Est-ce que ce n’est pas un peu frustrant justement d’enregistrer des versions qui ne pourront plus être modifiées ?
Rob : Je n’ai jamais ressenti ça personnellement, car tu as travaillé tellement dur sur un album, que ça devient un peu la master version de la chanson. Tu la joueras forcément de façon différente en live de toute façon ! C’est un procédé différent, car lorsque tu enregistres tu fais toujours en sorte d’avoir la meilleure version possible. C’est un challenge d’arriver jusqu’à cette version finale. Je crois qu’on aime tous ce challenge du studio, cette quête pour atteindre cette dernière version, et finalement la jouer autrement pendant les concerts.
Braden : Et puis c’est tellement satisfaisant quand tu l’as enregistrée, c’est fait ! Ça fait tellement du bien d’avoir réussi. Ensuite, tu peux passer à autre chose et tu peux la modifier à ta guise.

Vos paroles semblent se positionner au même niveau que les parties instrumentales. Comment vous travaillez pour combiner toutes ces couches de sons, et en faire une seule massive et unique ?
Rob : Au départ, très souvent, toutes nos chansons partent de l’acoustique. Donc la voix et l’acoustique se combinent bien. Bon, ce n’est pas tout le temps comme ça, mais quand même. Quand on se retrouve, on a ainsi une sorte de structure sur laquelle on peut commencer à bosser, on remplit les trous, on lie toutes les couches ensemble. Le processus est assez naturel, on construit petit à petit tout autour pour former un tout qui fonctionne bien et qui est unifié.
Braden : On laisse aussi de l’espace entre les instruments, pour que ça ne soit pas complètement le bazar.

« Le silence dans le rock peut être une bonne chose, ça peut être un moyen de dynamiser le tout. »

Est-ce que le silence est quelque chose d’angoissant quand on fait du rock ?
Pat : Pas vraiment pour nous je crois…
Rob : Je déteste le silence. Quand on est en train de bosser et qu’il y a un blanc, c’est le pire !
Braden : Le silence dans la musique peut-être une bonne chose. On peut penser à utiliser l’espace, le silence et l’espace, comme un moyen de dynamiser le tout. Il y a plein de moments où la basse s’arrête, puis revient soudainement. Tu veux atteindre un but plutôt que de simplement accompagner
Pat : C’est facile d’ajouter plein de couches, mais il arrive qu’à l’enregistrement on soit empêtré dedans. On finit toujours par en retirer, et finalement ajouter de l’espace.
Rob : C’est important que chaque partie ait de l’espace pour respirer, pour ne pas qu’on se marche dessus, qu’on se gène… Bien que tout ça se ne repose pas entièrement sur la place du silence, il est plus question d’espace et de mise en valeur de certaines partie,

Votre musique a quelque chose de très visuel aussi. On peut très bien imaginer certaines de vos chansons dans des séries, dans des jeux vidéos, films… C’est quelque chose qui vous intéresserez ?
(en cœur) : Grave !
Pat : On avait l’idée à Philadelphie de lancer un film, et de jouer par-dessus, comme une sorte d’exercice ! On adorerait faire ça. Surtout sur un vrai film.
Rob : Si tu connais quelqu’un réalisateur… on fera la bande originale ! J’adorerai faire la musique d’un film où il pleut beaucoup, un film-sombre-où-il-pleut.
Pat : Spiderman 3 ! (rires)

Si vous deviez résumer votre carrière à trois chansons…
Braden : Il y aurait une chanson de Telephone, notre album de lycée. Une de A Flourish And A Spoil qui est sorti il y a deux ans. Et une chanson du dernier album. Probablement « Long Distance » pour Telephone. On était plutôt jeunes quand on l’a écrit, dans les 16 ans. On a grandi depuis cet album, mais cette chanson-là parle de sujets dont on parle encore… Pour Flourish… (ils discutent avec Rob entre « 4th and Roebling » et « Chlorine »)… Ces trois chansons reflètent parfaitement bien l’évolution de The Districts.
Rob : Je dirais « Long Distance », puis « Chlorine » personnellement. Puis très certainement « Ordinary Day », car (prend une voix grave) « on a fait du bon boulot ». Elles ont toutes une bonne dynamique.

Propos recueillis par Emma Shindo (c) crédit photo

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