The Rolling Stones à la U Arena : aussi bien qu’il y a 10 ans et pareil que dans 5 ans

LIVE REPORT – The Rolling Stones ont inauguré la flambant neuve U Arena de Nanterre. Un concert satisfaisant, comme toujours avec Mick Jagger et ses copains.

Premier concert des Stones à Paris depuis trois ans. Un concert des Stones reste un événement. Surtout avec l’ouverture d’une nouvelle salle ou plutôt d’un nouveau stade. La U Arena me fait penser à la chanson de Gainsbourg « Vu de l’extérieur ». C’est en effet un beau bâtiment mais l’intérieur est froid, compliqué de s’y retrouver, difficile d’accès. Une fois que l’on a rejoint sa section, impossible de se déplacer aux différents niveaux. Pas vraiment d’escaliers mais des ascenseurs dissimulés derrière des pylônes. Les bars sont assaillis à l’étage du bas et vides au premier.

Rien de fonctionnel, tout est mal pensé, même la bouffe : les sandwichs sont des roulades de pains de mie et les bières se remplissent à l’envers mais bon, l’enceinte est préférable au Parc des Princes ou au Stade de France pour les gros concerts. Au moins c’est couvert. Avec la cohue et la confusion de cette inauguration je rate Cage the Elephant, la première partie. Tant pis. Je profite d’ailleurs de cette organisation dépassée pour facilement berner la sécurité. Bien qu’ayant une place dans la fosse, j’arrive sans problème à m’incruster dans le carré invites au 7e rang, perpendiculaire à la scène. Difficile de faire mieux. Quelques célébrités sont dans ma rangée dont Nagui. Il est vraiment petit.

À 350 euros le ticket, le public dans ma section est forcément plutôt âgé. Quelques-uns sont venus avec leurs enfants ou grands-enfant mais je vois sur le parterre de jeunes hipsters et pas mal de sexy girls. Un concert des Stones reste incontournable. On se doit d’y être. Les lumières s’éteignent, les Stones entrent en scène. Ils ont la bonne idée de commencer avec un « Sympathy for the Devil » de circonstance car à les voir sur scène, surtout Jagger, on se demande si comme Faust, ils n’ont pas fait un pacte avec le diable pour ne pas vieillir. Le son n’est pas mauvais mais des spectateurs plus haut dans les gradins se plaindront du manque de puissance et de la résonance.

Le public est debout, ça trépigne et chante les refrains en yaourt dans les travées, les blondes refaites de la tribune « invités » se trémoussent en salivant dès que Jagger s’approche du promontoire, pendant que leur mec aux visages hâlés matent les jeunettes dans la fosse.

Dépucelage blues

Même si musicalement ce début de concert part dans tous les sens, de l’énergie se dégage. Les Stones n’ont pas été le meilleur groupe de rock du monde pour rien. Ils sont incroyables surtout Jagger en Dorian Gray qui court devant, derrière, à droite, à gauche, saute et danse. Richards a des éclairs, Ron Wood est toujours content d’être là, Charlie Watts s’est momifié avec son dentier mais garde sa précision de métronome qui empêche la machine de partir dans le décor. Il semble que la vieillesse leur donne la même incompétence que la dope dans les années 1970. Les fins de morceaux sont bordéliques, ils gardent l’innocence et la pureté des débutants. C’est ce qui fait leur charme. Jagger demandera d’ailleurs à plusieurs reprises : « c’est quoi la prochaine chanson ? » Jeunesse éternelle.

Après les trois premiers morceaux, Jagger fait une allusion à la nouvelle salle en disant qu’elle est vierge. Et pour la dépuceler, ils enchaînent deux reprises de blues. Jagger joue de l’harmonica brillamment comme toujours. Les Stones ont commencé avec le blues et ils finiront avec le blues. C’est le premier moment où Richard semble s’intéresser à sa guitare. La foule leur laisse ce petit plaisir mais on attend les hits : « Under My Thumb » suivi de « Let’s Spend the Night Together » réveillent le public. Ce sont des morceaux qu’ils ne jouent qu’occasionnellement. Dieu merci, les claviers, le bassiste et les back-up singers tiennent l’embarcation qui sans eux, peut chavirer à tout moment. Car les Stones accusent le coup. Pendant « YCAGWYW » Jagger porte tout le monde sur son dos et, miracle, Ron Wood finit par se réveiller en faisant un superbe solo. Le seul de la soirée. Suit un « Paint In Black » que Charlie Watts essaie bien de lancer mais qui ne peut plus décoller. Les ailes de l’albatros sont engluées, Jagger ne laisse pas tomber et maintient le cap en faisant des sauts de carpes pour combler les fausses notes de Ron Wood.

Apres un « Honky Tonk Woman » chaotique, présentation des musiciens. On voit sur les écrans que Jagger est fatigué, ses traits sont VRAIMENT tirés. « Smashing, Trashing ». Charlie Watts est acclamé, Jagger se permet même une blague sur ses chaussettes bleues qu’il surnomme « Allez les bleus ». C’est au tour de Keith Richards cigarette au bec et t-shirt « do not x ray » inscrit sur les poumons. Il s’approche du micro sous la longue ovation du public. Keith Richards est une légende même dans sa démarche, il nous dit « I’m trying to get used to the new room…. I think it’s cool ». Au premier rang des Sud-Américains hurlent leur bonheur de voir leurs idoles de si près : « Argentina, I love you too« , dit Richards en ricanant de sa voix tabagique puis il attaque « Happy ». D’habitude, tout le monde va pisser quand il chante. Mais pas ce soir, c’est peut-être la dernière fois qu’on le voit. Respect. Je me fais la remarque qu’il ressemble à McEnroe avec son bandana. Il entonne une deuxième chanson, « Slippin’ Away ». Cette fois, on va pisser ou se chercher des bières, tradition oblige.

Un concert des Stones, c’est comme aller à Disneyland

Jagger revient pour « Miss You ». Le break lui a fait du bien, il se déchaîne, le public de l’Arena se déhanche en tapant dans ses mains. Jagger n’est pas dans l’économie, il doit bien parcourir 10 bornes à chaque concert, c’est un athlète, il n’a rien perdu de sa voix. Ils enchaînent direct avec « Midnight Rambler » qui, comme souvent, est le climax du concert. Le band est au diapason. Montées et descentes vertigineuses. Mick Jagger est à la baguette et souffle dans son harmonica comme si sa vie en dépendait. Break et danse de saint Gui, on se croirait au Pavillon de Paris en 1976. À les voir il est impossible de penser qu’ils ont soixante-quinze balais de moyenne.

Ils sont meilleurs en deuxième partie. Comme les vieux moteurs, ils besoin de se chauffer. La machine tourne maintenant à plein régime, ils appuient sur l’accélérateur avec « Street Fighting Man » et « Start Me Up ». Ils décollent … peut-être même trop car gros coup de pompe sur « Brown Sugar ». Keith s’emmêle les pinceaux, on entend plus les choristes que Jagger. Ils finissent avec un « Jumpin Jack Flash » un peu poussif, mais décisif. On a beau dire qu’ils font ça pour l’argent, il n’empêche qu’ils se prennent au jeu et sont généreux. Jagger a besoin du contact et de ses interactions avec la foule et Richards, d’envoyer des riffs.

Ils reviennent pour les rappels avec un « Gimme Shelter » inspiré, à défaut d’être emballant, et finissent sur « Satisfaction » qui résume bien la soirée. On est satisfait. Comme toujours avec les Stones serais-je tenté d’ajouter. Les lumières se rallument après un feu d’artifice raté. Qu’importe, le public est comblé. Un concert des Stones, c’est comme aller à Disneyland. On connait par cœur, c’est toujours les mêmes manèges et attractions, et pourtant à chaque fois ça le fait. S’ils refont une tournée, à coup sûr, j’y serai.

À la sortie du concert un ami m’envoie un sms : « alors, comment c’était ? ». Je lui réponds « aussi bien qu’il y a 10 ans et pareil que dans 5 ans ». Oui, je sais, 5 ans ça parait loin mais je ne me risquerai pas à parier.

Laurent Lugosy

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