Oscar & the Wolf : « Pour cet album, je voulais créer un monde parfait et infini »

INTERVIEW – Ça faisait longtemps qu’on voulait rencontrer Oscar & the Wolf. Rencontre avec le fantasque et touchant Max Colombie.

Parfois j’écris à chaud. Dans le métro, debout, juste après avoir rencontré Max Colombie d’Oscar & the Wolf par exemple. Après 30 minutes d’une discussion dense, où j’ai à peine posé trois questions en tout et pour tout. Quand on se rencontre, il revient de déjeuner, il est tout en noir, hoodie et casquette Infinity, du nom de son dernier album, et une longue sur-veste en jean. Toujours très distingué. À ses doigts, je ne compte pas moins de 4 bagues. À son cou, plusieurs chaînes et colliers. À son oreille, une croix pendante : « tout le monde me demande si je suis croyant, pourquoi est-ce que je n’aurais pas le droit de mettre une boucle d’oreille de la forme que j’aime ? » me fait-il remarquer en fin d’interview après m’avoir demandé curieux, ce que représentait mon pendentif.

Max Colombie est un homme sensible dans une carapace faussement désinvolte. Un artiste qui semble réellement effrayé par ce succès incroyable qui lui permet de jouer en Turquie, en Belgique ou aux Pays-Bas dans des stades gigantesques, telle une superstar américaine. Il m’explique qu’il ne préfère pas que je le prenne en photo si je dois la mettre sur internet. Soucieux de son image en partie, il me confie que certains de ses fans peuvent être un peu extrêmes, « parfois ils me traquent dans les endroits où je suis, ça m’est arrivé en boîte de nuit, je ne me rendais même pas compte qu’on me prenait en photo ».

Fêtard, il doit l’être très certainement. Il me raconte qu’il a fait la fête comme jamais la veille à Paris. Il a les petits yeux de celui qui n’a pas beaucoup dormi, mais après quelques minutes, il se livre sans peine. Il réfléchit, et souvent il me lance des « je parle trop ! », ou de « je vais trop loin ». C’est un garçon intense, d’une autre planète. Je me laisse vite entraîner par son esprit virevoltant et je perds rapidement le fil de mes questions numérotées.

Vaincre ses démons

Quand je commence par demander à Max s’il a réussi à vaincre ses démons pendant l’année d’écriture qu’il lui a fallu pour Infinity, il me répond directement : « Je n’ai pas vécu une année dramatique comme il est écrit dans le communiqué, on s’est mal compris avec la personne qui l’a rédigé. Je voulais dire que c’est dramatique quand tu te retrouves en studio et que tu dois sortir des trucs, te servir des drames de ta vie comme inspiration. Mes démons n’étaient pas aussi sombres qu’avant, ou du moins ils n’avaient pas la même forme. »

Infinity est le deuxième album de l’artiste belge. Sombre à souhait, mais dansant comme jamais, ce nouvel album intrigue. « J’adore le contraste entre la noirceur et le sexe. Une fois, j’étais dans un strip-club, je regardais une fille danser. Elle a choisi une musique ultra triste au piano, mais elle dansait dessus de façon très sexy. Je me suis dit que je voulais exactement ça dans la musique, ces deux éléments : le sexe sauf son aspect visuel, ainsi que la tristesse dans la musique. C’est une combinaison parfaite ! » explique-t-il.

Quand je le questionne sur le choix du titre de son album, il me répond très sincèrement qu’il ne sait pas lui même ce que cela signifie. « Cet album c’est moi qui me questionne sur le sens de l’infini, sur le sens de mon infini. Et je n’ai toujours pas la réponse, j’ai juste ce désir de le savoir. » Il développe : « pour tenter d’y répondre, je parle beaucoup d’amour, de mes sentiments d’homme, des choses que j’ai expérimentées… Est-ce que c’est vraiment important de tomber amoureux par exemple ? Personnellement je pense que dans nos générations, quand on tombe amoureux, ça engendre forcément de la douleur avec. Vieillir avec la même personne toute sa vie sans se blesser, ça n’existe plus. » Je ne peux qu’acquiescer.

Néanmoins, je lui demande s’il ne pense pas que ça a toujours été comme ça. « Le problème c’est qu’avant, avec l’Église c’était une honte de divorcer. Mes grands-parents ont vécu toute leur vie ensemble jusqu’à la mort de mon grand-père. J’ai appris qu’ils avaient des sentiments et des désirs pour d’autres personnes, mais ils sont quand même restés ensemble pour le bien de leur vie sociale. Ça voulait dire refouler ses instincts humains et biologiques… Je suis perdu avec tout ça ! Est-on des pingouins ou des lapins ? On essaie toujours de sa convaincre qu’on est des pingouins, que l’on va rester avec le même partenaire toute sa vie dans le schéma romantique imposé par la société. On aimerait tous être des pingouins, mais nous n’en sommes pas, nous ne pouvons pas en être. » conclue-t-il, certain.

Rêver de San Junipero

Exactement comme pour Entity son premier album phénomène sorti en 2014, Oscar & the Wolf n’a pas usé de techniques d’écriture particulières, « ça change toujours » me dit-il. « Un jour je suis arrivé en studio avec un mellotron, comme Paul McCartney, j’adore le son de cet instrument. On a ajouté progressivement de la basse, puis un rythme, puis un beat… c’est venu très naturellement. » Quant à ses paroles, il me raconte qu’une fois qu’il a la musique, il fait une « espèce de croquis de la vibe que je veux » avant de travailler sur la voix puis enfin les paroles dans un anglais chewing-gum de son cru.

« Pour cet album, je voulais créer un monde continuellement beau et parfait. Tout y serait magnifique, tu voudrais y vivre pour toujours, mais j’ai ce cœur noir et sauvage qui grandit en moi… Quand je suis en vacances, tout se passe super bien, mais je deviens vite triste à cause de toute cette beauté. Quand quelque chose que je vis est trop beau, alors je suis soudainement triste. Je pense tout de suite à la fin, au fait que cette beauté est éphémère. Mon album parle de ça de ne pas accepter pas que ça puisse se terminer. Et la tristesse de cette prise de conscience rend ça à nouveau beau. » 

« Tu connais la série Black Mirror ? As-tu vu l’épisode San Junipero ? » me demande-il soudainement. Je confirme. À partir de ce moment-là, nous allons discuter de cet épisode où Yorkie rencontre Kelly dans la ville pastel et parfaite de San Junipero. Elle en tombe folle amoureuse. Or, San Junipero est un programme virtuel, où les époques sont mélangées et où seules les personnes âgées et les morts peuvent s’amuser indéfiniment. « J’ai vu cet épisode deux semaines après avoir fini l’album, pourtant c’en est une description parfaite. C’était vraiment dur pour moi d’expliquer avec des mots cet album avant de découvrir cet épisode. Les personnages peuvent choisir d’aller dans un monde idéal, et y rester jeune pour toujours. Je meurs d’envie d’aller visiter cette ville » me dit Max Colombie. Mi-rêveur, mi-réaliste, il ajoute : « bien sûr que j’irai. Je vendrai mon âme d’humain de merde et j’irai. Même si le côté virtuel est un peu effrayant car ça veut dire que c’est une création de l’homme. Ils savent qu’ils vivent dans un monde virtuel, mais ils sont tellement heureux… Et je pense sincèrement que ces deux femmes vont réussir à s’aimer pour toujours. Un peu comme Disneyland ! (rires) C’est un monde imaginaire, mais ça peut te laisser croire que c’est une forme de réalité. »

Réalité vs fiction

L’amour est le grand thème de la musique d’Oscar & the Wolf. Pour mieux parler des relations entre êtres humains, Max Colombie devient scénariste et se met dans la peau de personnages : « Je m’imagine vivre à Malibu dans une maison où les enfants de Stranger Things vivent. J’ai 16 ans, mon amant vient me chercher en voiture… Parfois je suis riche, parfois je viens de tomber amoureux au lycée, parfois je suis embarqué dans une liaison extra-conjugale… j’ai été tous ces personnages que j’invente. Mais ça ne veut pas dire que ce que j’écris n’est pas honnête avec ce que je ressens réellement. J’arrive juste réellement à me projeter comme étant ces personnes-là. » 

Quand je lui demande s’il y a une chanson plus importante pour lui dans l’album, il me répond sans hésiter que non. Que chaque semaine il y en a une différente, ça varie. « Aujourd’hui par exemple c’est ‘Pretty Infiniti’. Quand tu es amoureux, il y a toujours des objets qui te font penser à cette personne que tu aimes. Quand je l’écoute, je m’imagine conduire une voiture qui s’appellerait Infiniti. Même si la voiture est hideuse, puisque je suis amoureux de cette personne, je la vois comme une belle voiture. » Dans l’imagination foisonnante d’Oscar & the Wolf…

Mais l’amour n’est pas toujours heureux. Et la noirceur de sa musique et de son univers artistique est largement perceptible et visible dès les premières écoutes. Sous ses airs de superstar assurée, maître de son image, le jeune homme cache des failles. « Je canalise ma tristesse dans la musique, j’enroule une sorte de ruban autour. Je me pose vraiment tout un tas de questions personnelles : suis-je assez beau ? suis-je assez bon ?… Mais jamais je n’inclurais directement ce genre de questions existentielles dans mes textes. Je préfère utiliser mes personnages de fiction, je leur transmets mes émotions métaphoriquement » me confie-t-il. Une question me taraude après avoir écouté « Runaway ». N’a-t-il jamais été tenté de s’échapper ? Après avoir réfléchi quelques secondes, il me répond : « oui, comme tout le monde non ? Bien sûr que je m’échapperai ! C’est naturel pour moi, tu veux parfois disparaître pour accepter les choses telles qu’elles sont vraiment et justement ».

Un jour, je rejoindrai Oscar & the Wolf, Yorkie et Kelly à San Junipero, où nous parlerons encore des heures et des heures. Nous danserons au son de « So Real », « Exotic », ou « Last Night », sans se soucier du réel, sans plus jamais se poser de questions…

► En concert le 16 novembre au YOYO. Infinity son deuxième album est disponible (PIAS).

Merci à Max et à Hana.

Propos recueillis par Emma Shindo

 

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