ISLAND : « Notre seule règle c’est de toujours tout essayer »

INTERVIEW – Rencontre avec les fougueux et talentueux ISLAND dont le premier album « Feels Like Air » sort au printemps.

ISLAND est le groupe qui m’a fait chavirer le cœur en deux temps, trois mouvements au début de l’année 2017. Découverts en première partie de Palace, j’ai suivi avec enthousiasme le décollage de carrière de ce quatuor anglais. Si tu veux savoir toute l’histoire, sache que j’aurais pu être en voyage à Oman avec deux meufs trop cools le soir du concert d’ISLAND au Pop-Up du Label, leur premier en tête d’affiche dans la capitale. Mais j’ai choisi de rester à Paris pour les rencontrer et les entendre une nouvelle fois en live. Tu connais ce sentiment de béatitude, ce bien-être que tu sens se répandre dans tes veines et qui te fait planer quand tu es amoureux ? Écouter ISLAND c’est mon nirvana à moi. Je n’aurais raté ça pour rien au monde.

C’est James (basse) que je croise en premier, puis Rollo (chant/guitare) qui se joint à nous. Le Pop-Up est leur dernière date de tournée 2017, avant de rentrer sur Londres le lendemain pour les fêtes de fin d’année. Ils ont les traits un peu tirés, mais ils ne cachent pas leur bonne humeur communicative. J’ai l’impression d’être à un repas avec des potes, puisque pour l’interview on s’assied à leur table réservée dans le restaurant au 1er étage du Pop-Up. Quelques minutes après avoir essayé de faire l’interview en français (Rollo et James l’ont étudié à l’école), c’est Jack (guitare) qui se joint à la tablée, rieur et plaisantin. Toby (batterie) a eu un souci avec ses affaires et ne peut malheureusement pas venir. Il est temps d’en savoir plus sur leur premier album.

Rocknfool – [en français] Tout va bien pour vous jusqu’à présent, vous avez deux EPs, vous avez signé avec FrenchKiss Records, un label américain il y a quelques mois, votre premier album va sortir en avril 2018… Vous vous attendiez à tout ça ?
Rollo : (silence) [en anglais] J’ai presque tout compris…
James : Moi aussi, j’y étais presque ! [je leur redemande en anglais ndlr] Rollo : On avait toujours plus ou moins présumé qu’on s’étendrait petit à petit à partir de là où nous sommes installés, à Londres, la ville où l’on peut remplir nos plus grandes salles. Mais cette année, ne sachant pas comment se passeraient nos concerts et nos tournées, on s’est retrouvé par exemple en Allemagne et aux Pays-Bas avec des concerts complets… C’est dingue. Pareil pour notre signature avec notre label américain, cela ajoute beaucoup d’excitation de se projeter bien au-delà de notre ville d’origine.
[Jack arrive, et s’installe à la table] James : C’est vraiment bizarre parce que…
Rollo : Voici Jack au fait.
Jack : Salut ! Je m’appelle Jack. Je joue de la guitare. Nous sommes à Paris, c’est charmant. Et maintenant, je redonne la parole à Wolfe.
James : Donc je disais que ce qui est étrange c’est qu’à chaque fois que tu atteins un objectif, tu en as un autre derrière qui suit. C’est un parcours fait d’étapes successives. Quand tu atteins un but, tu ne t’en rends pas compte tout de suite : là on finit une tournée de 19 dates à travers l’Europe et Paris est notre dernier concert… Tout s’enchaîne… Et c’est seulement là je me dis : ah, on vient de faire tout ça ?!
Jack : Avant c’était plus les obstacles que l’on comptait, toutes ces choses qui nous restaient à faire. Maintenant c’est plus ce que l’on a réussit, ce qu’on a réussit à surmonter… On est heureux.
James : Pour être musicien, il faut aussi croire en ce que tu fais. C’est peut-être niais ce que je dis, mais si tu n’y crois pas, pourquoi prendre la peine ?

« On n’avait jamais pensé que l’on pourrait avoir des concerts complets »

Vous finissez aujourd’hui à Paris votre première tournée européenne en tête d’affiche. Quel a été votre endroit préféré ?
Rollo : C’est difficile de répondre car il y a eut tellement de dates géniales… On a rencontré tant de personnes extraordinaires… Je pense à Berlin qui était sans doute notre plus grosse salle, si loin de chez nous et pourtant le concert était à guichets fermés.
Jack : On n’avait jamais pensé que l’on pouvait avoir des concerts complets, pensé une seule minute. Il y avait une telle énergie ce soir-là… mais on a retrouvé cette énergie pendant d’autres dates, surtout en Europe. L’Allemagne, la Suisse, Paris ce soir…
James : C’est aussi plus que les concerts. On a été tellement bien traités en Europe, chaque pays a ses spécialités, ses aspérités… C’était vraiment cool de rencontrer toutes ces personnes venues de partout après les concerts, savoir comment ils ont entendu parler de nous, comment ils sont venus sur les conseils d’amis, toutes ces histoires qui se croisent…
Rollo : Un gars est venu hier soir au concert, très en avance, on a discuté avec lui après, et il a éclaté en sanglots… C’était émouvant de rencontrer une personne si émue, et d’en être en partie responsable.
Jack : On a aussi joué dans une cave romaine, c’était un peu étrange mais intéressant !

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Qu’avez-vous retenu de cette première tournée européenne ? Qu’est-ce qui vous a marqué ?
Rollo : Je pense avoir beaucoup appris de la relativité entre la taille et l’apparence d’une salle avec l’ambiance finale du concert. Quand j’allais à des concerts dans de petites salles étroites et un peu rustiques je pouvais avoir quelques préjugés. Alors que maintenant j’adore les complexités de chaque endroit, le son, l’énergie, les vibes des petites salles. C’est ça que j’ai appris, ou juste réalisé pendant cette tournée : que les plus grandes salles n’étaient pas forcément nos meilleurs concerts.
James : L’exemple c’est Munich, où l’on jouait dans une salle d’une capacité d’un peu plus d’une centaine de personnes. Quand on est arrivé des backstages pour aller nous préparer sur scène, il y avait quatre canapés autour d’une table éclairés par une lampe rouge. On a dû monter notre matos plus loin, sans en espérer beaucoup. Mais finalement le soir, c’était génial, ça sonnait vraiment super bien. Il ne faut jamais juger un endroit à son apparence.
Jack : Sinon, les stations services en Suisse et en Autriche sont très bien et il ne faut pas dormir dans la même chambre que notre manager, c’est le plus grand ronfleur que j’ai connu de toute ma vie !

ISLAND devant le Pop-Up / James, Jack, Rollo, Toby (c) Emma Shindo

Vous avez enregistré votre album en Oxfordshire plutôt qu’à Londres où vous êtes désormais installés. C’était un retour aux sources ? Ou juste une déclaration d’amour à votre producteur de toujours, Mike Hill ?
Rollo : Je crois que c’était vraiment pour lui, pour son studio. On a essayé plusieurs endroits pour enregistrer, et aucun n’avait la même atmosphère que son studio, qui est notre tout premier d’ailleurs. On s’y sent tellement bien, tout y est tellement confortable, on peut même rester dormir. Et même si niveau technologie il n’est pas du dernier cri, il est parfait pour nous.
Jack : Mike est une légende ! Il est avec nous sur toute cette tournée européenne. C’est génial de pouvoir avoir cet homme chaque soir avec nous, car il parvient à recréer l’ambiance et le son de l’album.
James : Il sait comment chaque titre doit sonner, c’est l’homme parfait pour ce boulot, il sait comment nous « gérer », c’est le 5e homme !
Jack : Et pourtant ce n’est pas facile…

« On peut aller sur scène et jouer l’album exactement de la façon dont il a été enregistré »

Est-ce que vous pouvez me dire 5 choses sur votre album : à part son titre (Feels Like Air), sa date de sortie (6 avril) et son nombre de chansons (11) ?
Jack : Ohhh, tu as déjà tous les bons éléments !
Rollo : Alors ce ne sont que des nouvelles chansons, c’était important pour nous.
Jack : On a essayé de l’enregistrer le plus « live » possible, pour capturer l’essence même d’Island plutôt que de mettre un métronome en fond. On était tous ensemble dans une même pièce, à jouer et enregistrer en même temps. Ça fait 2 !
Rollo : L’inspiration à la base de cet album était à l’origine l’idée du voyage, de la route, ce qu’on fait beaucoup avec les tournées. On l’a écrit en quelques mois.
James : Et on l’a enregistré en quelques semaines. Aussi, tout l’album peut être joué en live.
Rollo : Il n’y a pas d’éléments manquants, de nappes supplémentaires, d’harmonies… on peut aller sur scène et jouer l’album exactement de la façon dont il a été enregistré.

Comment s’est passé le travail sur vos nouvelles chansons ?
Rollo : Toutes nos chansons ne sont pas construites ni écrites sur le même schéma. Mais ça commence toujours par nous quatre qui jouons dans une pièce. Parfois j’ai écrit une mélodie ou un refrain avant, mais c’est quand on est tous ensemble que la chanson voit le jour. Parfois on créé la chanson par accident en testant, en s’amusant… parfois je rentre chez moi et j’écris les paroles dessus…
Jack : Rollo est le mec des paroles, c’est lui qui écrit nos textes. Mais pour la musique c’est une collaboration entre nous quatre.
Rollo : Quand l’un de nous a une idée, il faut absolument qu’on l’essaie.
James : C’est notre règle numéro 1. C’est notre seule règle. Dans la musique il faut essayer, tu ne peux pas affirmer que tu n’aimes pas sans savoir essayer auparavant. Souvent l’un de nous a une idée, mais il pense que ça ne va pas marcher, et finalement ça fonctionne. Le contraire arrive aussi : tu penses que c’est bon, mais ça sonne horriblement mal.

« Parfois, on créé des chansons par accident »

Quelle chanson résumerait le mieux, pour vous, tout ce qui fait l’identité, le son d’ISLAND ?
Rollo : Pour moi ce serait « Ride ».
Jack : Moi aussi. C’est la première chanson sur l’album… Si « Ride » et « Feels Like Air » étaient mixées en un méga-son, alors là ce serait LE son d’ISLAND (rires) Ce sont deux chansons complètement opposées !

Ma chanson préférée c’est « Dreaming Of ». Quel est le dernier rêve que vous avez fait ?
Rollo : La nuit dernière, j’ai rêvé que Ali notre manager mangeait un wrap au poulet, qui devenait très moite et tendre, et je le regardais toute la soirée pour qu »il me donne un bout de son sandwich. C’est tout ce dont je me souviens. Et j’ai crashé mon téléphone aussi. Je l’avais fait exprès car j’étais en colère dans mon rêve.
Jack : C’est la 2e fois sur cette tournée qu’on me parle de rêves, et j’étais vraiment mauvais la première fois, donc je préfère ne rien dire !
James : Il y a deux nuits, j’ai rêvé un truc, mais d’abord il faut que je te raconte la trame de fond. Dans la réalité, j’ai laissé ma basse à Vienne car je ne l’utilisais pas ce soir-là… et j’ai dû emprunter pour tout le reste de la tournée la basse du groupe d’Eliza Shaddad qui ouvrait pour nous. Maintenant, retour dans mon rêve : il ne savait pas que j’en aurais besoin pour toute la tournée, donc il arrive vers moi, vraiment triste, il pleure, et il me dit que ce n’est pas sa basse à lui, que son ami à qui elle appartient doit la vendre dans de bonnes conditions pour avoir suffisamment d’argent pour se marier. Donc j’étais là, vraiment désolé, je lui disais que j’allais trouver un autre moyen, et je lui demandais de combien d’argent son ami avait besoin : 234£. Donc je lui disais que j’allais lui donner cette somme sans problème comme ça je pourrais utiliser la basse. Et voilà ! C’est un rêve qui partait mal, mais qui s’est bien fini.
Rollo : Ça ne m’arrive jamais moi… c’est toujours de pire en pire dans mes rêves. Allez Jack, donne-nous quelque chose !
Jack : J’ai rien sur cette tournée… souvent je ne me souviens pas de ce dont j’ai rêvé, je suis un gros dormeur, je me rendors et j’oublie tout.

Feels Like Air, le premier album d’ISLAND, sortie le 6 avril. En concert le 24 avril au Supersonic.

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Merci à ISLAND et à Ali.

Propos recueillis par Emma Shindo

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