Calypso Valois : « J’étais complexée par la musique classique »

INTERVIEW – Baptême solo réussi pour Calypso Valois qui signe un premier album, « Cannibale », aux accents pop synthétique à la fois classique et moderne.

Longtemps, elle a nié son besoin de la musique pour ne pas faire comme ses parents, Elli & Jacno. Heureusement, Calypso Valois a su assumer son héritage pour mieux imposer son nom avec Cannibale, son premier album. Dans ce disque, l’ancienne moitié du duo Cinéma donne vie à une pop synthétique classieuse et moderne où se mêlent ses amours pour la musique classique et le cinéma de genre. L’artiste au regard bleu-gris intense, aussi actrice, a ainsi réussi haut la main son baptême dans le monde des auteurs-compositeurs-interprètes à suivre de près. On a eu la chance de papoter avec elle pour mieux comprendre son (riche) univers.

Rocknfool – Tu as sorti Cannibale en octobre dernier. Peux-tu revenir sur la genèse de ce disque ?
Calypso Valois – On a arrêté de manière un peu prématurée avec Cinéma, du coup j’ai ressenti une telle frustration de ne pas avoir pu défendre notre disque que je me suis replongée dans le composition de nouveaux morceaux. Je ne supporte pas de ne rien faire. C’était ma façon de passer ma colère. Je n’ai pas pu commencer tout de suite mon album parce qu’en parallèle on m’a demandé de faire la musique, notamment une création pour un défilé de Jean-Charles de Castelbajac. Après, j’ai tourné dans le film La Belle Saison. Une fois que j’ai eu un peu plus de temps, je suis rentrée dans le concret de l’album. On a commencé la production avec Yan Wagner. J’ai trouvé mon label. Et là on a assez enchaîné. Tout ça s’est fait entre 2014 et 2016.

Il y a un côté très cinématographique dans ton disque. C’était intentionnel ?
Beaucoup de gens me le disent. Je ne le pensais pas du tout en faisant les morceaux. Après, c’est vrai qu’au-delà du fait que je suis cinéphile, j’aime surtout la musique de films. J’écoute des BO de films des 60’s et 70ss, principalement français et un peu italien, anglais et américain. Je pense que Yan a ressenti ça dans ma composition et c’est quelque chose qui est venu assez naturellement, d’abord dans la composition, puis dans la production. Même si c’est plus ou moins mis en avant. Par exemple, je me souviens avoir pensé à Rosemary’s Baby sur un morceau, même si au final, il ne ressemble pas du tout au film.

Écrire en français, c’était évident pour toi ?
Je ne me suis pas posé la question parce que depuis que j’ai commencé à écrire, c’était en français. J’écris beaucoup de choses en général et c’est toujours en français. Quand j’ai commencé à écrire dans l’optique de chansons, j’ai écrit en français. Souvent le français peut m’irriter. Je trouve que c’est trop quotidien ou trop littéraire, trop ampoulé. C’est très dur de trouver cet équilibre, mais en même temps j’adore la langue française. J’adore le défi. Au niveau du fond, surtout, j’ai essayé de trouver mon équilibre.

Y a-t-il des auteurs en particulier qui t’ont inspirée ?
Je lis beaucoup, des classiques principalement. J’ai une passion invétérée pour Balzac, Stendhal, Baudelaire. Je ne prétends pas du tout être à leur hauteur, mais cette littérature me nourrit, me donne plein d’images dans ma tête. Souvent, je prends des notes sur des livres, en vrac, et je pense qu’après quelque part, ça m’inspire aussi. Je parle de sujets qui me concernent moi mais inconsciemment ça doit m’influencer.

« L’orchestre parle aux hommes, le piano parle à l’homme »

Tu es une grande fan de Chopin. Que représente-t-il pour toi ?
Déjà, c’est le premier qui m’a vraiment touchée. Quand j’étais enfant, j’ai entendu un de ces morceaux et ça m’a paru incroyable. Je me souviens m’être dit « comment cette personne arrive à exprimer tout ce que je ressens sans mot ». Pendant longtemps, il y avait une sorte de magie dans la composition, qui tenait du miracle. J’ai réécouté Chopin plus tard. J’adore Mozart aussi ou Bach, qui en fait est le plus grand compositeur selon moi. Mais Chopin a quelque chose en plus, il fait une transition entre la musique pour orchestre et la musique pour piano, plus intimiste. On a l’impression qu’il ne parle qu’à nous. J’ai lu une phrase qui disait « l’orchestre parle aux hommes, le piano parle à l’homme ». En fait, je ressens ça pour Chopin. Chopin, il y a aussi un avant et un après. Il a commencé à instaurer de la dissonance, du mystère. Sans lui, il y a plein de choses dans la musique actuelle qui n’existeraient pas.

Le piano, c’est ton instrument de prédilection ?
J’ai commencé le piano vers 5-6 ans. J’adorais la musique classique et je me disais, « je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus beau ». J’ai harcelé mes parents pour avoir un piano, que j’ai eu. J’ai commencé les cours pendant 2-3 ans, mais après on a déménagé. C’était assez chaotique. Donc je n’ai pas eu de formation classique, à regret. C’est pour ça que je ne suis pas une bonne instrumentiste. Je suis autodidacte, j’ai des bases mais si j’avais eu le cursus classique, je serais une brute aujourd’hui. ça a été très important dans mon parcours. Pendant longtemps, j’étais très complexée. J’ai commencé à composer quand je suis devenue adulte. Il y a quelque chose de solennel dans le piano et ça me rattachait à la musique classique. J’ai longtemps pensé que la pop n’était rien comparée au classique. J’avais une sorte de complexe. En fait, un jour j’ai eu un synthé et je m’amusais. Au final, ça a donné des morceaux et ça m’a décomplexée. Certes, la pop n’est pas aussi complexe et virtuose que le classique, mais elle demande aussi beaucoup de travail. Ce sont deux arts qu’il ne faut pas comparer.

Yan Wagner a produit ton disque. Pourquoi as-tu choisi de bosser avec lui ?
On se connait depuis de nombreuses années avec Yan Wagner. On n’était pas forcément proches. Une des toutes premières interviews que j’ai faites, c’était une interview croisée avec lui. Il venait de sortir un morceau et moi, avec Cinéma, on venait de sortir un remix. On a eu un bon feeling. J’ai suivi sa musique. On s’est retrouvé lors du concert Jacno Futur. Il a fait une reprise des « Nuits de la pleine lune » que j’ai trouvée magnifique. On s’est revus ensuite à la carte blanche de Daho à Pleyel. Là on a bien sympathisé. Quand j’ai commencé à penser à mon disque, je me suis dit pourquoi pas lui. J’ai eu une bonne impression, et artistique et humaine. Je lui ai proposé. Il a écouté les morceaux, ça lui a plu. Il m’a dit que ça l’intéressait.

La mort, l’amour, le cannibalisme sont des termes récurrents dans ton disque. D’où vient cette fascination pour le morbide?
Pour moi, il y a une forme de sensualité dans la mort. Je suis une romantique, dans l’appellation première du terme. Dans le mouvement romantique, il y a ça. C’est l’amour absolu ou la mort. Je suis assez fascinée par le crime passionnel dans le sens où je peux comprendre que si on aime vraiment quelqu’un on a envie qu’il n’appartienne qu’à nous. Le tuer, c’est faire qu’il n’appartient à plus personne d’autre. Le cannibalisme, c’est un peu ça. On aime tellement l’autre que le posséder charnellement n’est plus assez. Le manger, c’est presque la possession ultime.

Tes parents t’ont-ils influencée ?
Je n’ai jamais été trop mêlée à leur vie artistique. Au contraire, pendant longtemps, je ne voulais pas faire de la musique, peut-être par esprit de contradiction. Je n’aime pas les évidences. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que la musique me plaisait et que je pouvais m’exprimer davantage et de façon plus autonome. Je ne voulais pas me frustrer toute ma vie de ne pas faire quelque chose dont j’avais envie.

« Étienne Daho croyait en moi avant moi-même »

Étienne Daho est ton parrain. Quel rôle joue-t-il dans ta vie et ta carrière ?
Étienne Daho a un rôle très particulier. C’est moi qui lui ai demandé s’il voulait être mon parrain. On se connaissait assez peu en fait à l’époque. A chaque fois qu’on se voyait, lui était assez sauvage et moi aussi. On ne se parlait à peine. J’avais l’impression qu’il était sympa avec moi parce qu’il était ami avec mes parents. Lui croyait que je ne pouvais pas le saquer. On est tous les deux très méfiants. Quand j’ai perdu mon père, il m’a appelée. Il est venu à l’enterrement en province et ça m’a beaucoup touchée. Il prenait tout le temps de mes nouvelles. Il me donnait beaucoup de conseils. C’est une des premières personnes à m’avoir encouragée, à me soutenir. Il croyait en moi avant moi-même.

Tes derniers coups de cœur musicaux et cinématographiques ?
Le dernier film qui m’a bouleversée, c’est Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico. C’est absolument magnifique. C’est son premier long métrage et il a relevé le défi haut la main. L’autre film qui me vient en tête, c’est Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez. Même si je ne l’ai pas vu, je pense qu’il va être génial. En musique, cette année, tous mes potes sortaient leur disque aussi et ils font des concerts régulièrement. J’invite donc tout le monde à aller  les voir : Forever Pavot, Petit Fantôme, Bon Voyage Organisation et Yan Wagner. En plus, c’est vraiment des gens chouettes.

Tu seras en concert à la Maroquinerie le 14 mars. Que représente la scène pour toi ?
J’ai plus d’expérience du studio que du live en ce qui concerne la musique. Du coup, c’est vrai que c’est un vrai challenge. Je suis quand une personne très stressée, mais une fois que je suis sur scène, en revanche, je m’y sens bien.  J’aime beaucoup sentir le public. C’est toujours plus entraînant d’avoir un public expressif, qui applaudit, qui danse.

 Quels sont tes projets ?
Je serai prochainement à l’affiche de The White Crow, réalisé par Ralph Fiennes. Et je vais jouer le rôle de Lydia Bazooka dans la série Vernom Subutex, adaptée de l’œuvre de Virginie Despentes.

 Calypso Valois – Cannibale (Pias)

Propos recueillis par Hélène Pouzet

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