Piers Faccini, guide d’un parfait voyage musical aux Tanzmatten

LIVE REPORT – Piers Faccini était de passage dans l’Est avec I Dreamed An Island, album sorti il y a maintenant 2 ans. Et comme toujours avec Piers Faccini, c’était l’extase musicale.

Il pleut sur les Tanzmatten. Le moral n’est donc pas au beau fixe, mais la perspective de retrouver Piers Faccini enchante la journée. C’est que l’artiste est la garantie d’une soirée réussie, on le sait. On le sait, qu’on sortira avec le sourire. On le sait, qu’on va aimer. Et pourtant en sortant, on s’extasie toujours autant. C’est ça, le secret de Piers Faccini.

Ça commence avec l’interdiction de sortir l’appareil photo pour les 3 premières chansons. C’est inhabituel. On nous dit « les 3 premières sont très calmes, on ne veut aucun bruit ». Joie intérieure, Piers Faccini commence donc délicatement avec 3 moments de grâce que rien ne vient perturber : « Tranieri », « Oiseau », « Drone ». À ce moment-là, mon cœur a déjà complètement débordé et je ne réponds plus de grand chose. Mais moi qui m’étais terrée loin, je file vers l’avant dès que les choses s’agitent.

« On va faire vibrer au moins le temps d’un concert la volonté de vivre dans un monde sans mur. »

On découvre au fil des titres un Piers Faccini presque bavard. Il prend le temps d’expliquer la genèse de l’album, et cette île dont il parle : la Sicile. Carrefour des cultures, métissage des musiques. L’Italie, la Grèce, le Maghreb. On sent la chaleur sur nos peaux et l’élégance des rythmes comme sur « Anima » ou « The Many Were More ». On l’entend parler et chanter le voyage sur des côtes orientales, terriblement bien aidé de Malik Ziad. Avec sa mandole et son guembri, impossible de ne pas onduler sur les sons berbères de ce musicien impressionnant.

Le public, jusque là resté assez discret et très attentif, est appelé à participer sur « Bring Down The Wall ». Cette chanson fera l’objet d’une longue introduction. Écrite à l’époque des élections qui menèrent Donald Trump à la Maison Blanche, elle a servi de réaction.

On a l’impression que, dans les moments de lumières, il y a eu très peu de murs. Comme si les murs étaient tombés. Je me suis dit, peut-être qu’au 21e siècle, il faut faire retomber les murs. Sûrement qu’il faut toujours le faire… J’ai décidé de faire une petite protest song, en hommage, si on peut le dire, à l’homme qui est devenu le Président des États-Unis. C’est une chanson qu’on a chanté 2 jours avant son élection à Washington DC. Les gens l’ont chantée avec tellement de cœur avec nous ce soir-là qu’on s’est dit « On va faire ça partout où on va, dans toutes les salles du monde qu’on visite. On va faire vibrer au moins le temps d’un concert la volonté de vivre dans un monde sans mur. »

Voyage dans le temps et les albums

Les concerts de Piers Faccini sont aussi l’occasion donc de se rappeler les choses importantes de la vie. Sage à la voix de velours, il guide l’audience dans les méandres de sa carrière, avec quelques rappels de ses albums précédents : Two Grains Of Sand avec la parfaite « To See Is To Believe », Songs of Time Lost avec « Villanella », My Wilderness avec « Three Times Betrayed », Tearing Sky avec « Uncover My Eyes »… Quelle chance on a, d’entendre tout cela dans cet écrin.

Le sourire ne me quitte pas et je danse les yeux fermés dans l’ombre du côté de scène, debout, quand le public, attentif mais d’un calme olympien, parvient à rester assis. Un mystère que je ne percerai jamais. Mais comment diable font-ils quand « Your Name No More » retentit ? Je ne rêve que de lâcher les chevaux, danser pieds nus et les mains au ciel sur la batterie de Simone Praticco pendant que le reste du monde semble simplement capable de taper dans ses mains. Ils intériorisent, je ne vois que cela.

Le double rappel termine par la plus parfaite chanson pour moi. Une douce sérénade en Salentin, dialecte des Pouilles : « Bella ci dormi ». Un peu plus tôt dans la soirée, Piers Faccini disait :

« La mémoire est primordiale. Sans la mémoire, simplement nous tombons dans les mêmes pièges à chaque fois. Ces voies du passé sont pour moi comme des routes que nous devons garder, sinon on perd le chemin. »

Avec lui pourtant, ma mémoire se perd. Car à chaque fois je tombe dans son piège. Celui de renouer avec des racines d’une profondeur insoupçonnable. Celles d’une humanité qui transcende toutes les frontières et se réunit autour de la musique. Il est là, le chemin. Et il est bon de savoir qu’on peut compter sur Piers Faccini pour toujours nous le rappeler.

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