Of Course : « À Montréal, les gens sont prêts à te donner ta chance »

INTERVIEW – Rencontre sans langue de bois avec les mecs d’Of Course à l’occasion de leur passage aux Francouvertes.

Of Course c’est un trio d’origine française, installé depuis plus de 7 ans à Montréal. D’abord métalleux, William, Émile et Germain se sont tournés vers l’électro-funk presque kitsch, et dansant à souhait, qui leur réussit bien. Alors non, il ne s’agit pas d’une entrevue chauvine, ni une entrevue où il serait question d’influences et d’explication de nom. En revanche, puisqu’ils s’appellent « Of Course », j’ai décidé de leur demander leurs avis sur certaines « évidences ». Tu saisis ? Humour bonjour.
Je retrouve donc William (chant/synthé) et Émile (basse) dans un café supposément calme de Laurier. Deux enfants s’excitent avec un marteau de bois sur une table derrière nous, tandis que j’arrive en retard et trempée jusqu’aux os par une drache d’enfer. Un chocolat chaud et deux cappuccinos plus tard, c’est parti.

Être les seuls Français dans les Francouvertes c’est un peu du suicide.
Émile : C’est un suicide et une exception à la fois.
William : Non, ce n’est pas un suicide. C’est sûr que ça stresse un peu.
Émile : On se demande s’il ne va pas y avoir quelque chauvinisme possible…
William : Mais on est en règle si le gouvernement canadien écoute !
Émile : J’ai tous mes papiers, mon visa est valable ! On n’a pas de situation implicite, tout va bien ! On paie nos impôts… Surtout que ça fait un moment qu’on est là, donc on est bien acclimaté et « intégré ».
William : On a aussi sorti un EP avec un groupe de rap québécois.
Émile : On n’est plus des Frenchies parisiens tout juste arrivés, et qui disent « oui mais Paris c’est mieux ».
William : Ça fait 7 ans qu’on est là, avant on ne faisait pas cette musique-là. On n’a jamais joué avec Of Couse en France, on aimerait jouer là-bas, mais pas y retourner vivre.

Gagner les Francouvertes c’est les doigts dans le nez.
Émile : Oula… non vraiment pas !
William : Oh non… Il y a beaucoup de gros noms.
Émile : Il y a des noms comme Crabe ou Laura Babin qui ont beaucoup d’années d’existence et qui sont installés dans le paysage francophone de la musique au Québec. Ce n’est pas pour ça qu’ils vont gagner, mais ça peut aider.
William : Je suis les Francouvertes par la radio sur laquelle je travaille et je sais qu’on est le genre de musique qu’il n’y a pas eu.
Émile : Même au Québec, il n’y a pas beaucoup de groupes comme nous.
William : À la fois le fait de faire de la musique que les autres ne font pas peut être un avantage, mais ça peut tout à fait être l’inverse aussi.
Émile : Ça ne sera pas une déception en tout cas ! Mais je ne dis pas qu’on ira jusqu’en finale, je ne compte pas là-dessus, je veux juste donner mon meilleur shot dès le premier coup et on voit où ça nous emmène. Le plus important c’était d’accéder aux Francouvertes, car sur 166 dossiers ils en ont retenu que 21 et on est les seuls Français dans le lot. D’y être c’est déjà une petit victoire.

« Il y a beaucoup d’ironie dans les textes d’Of Course »

Vivre à Montréal c’est le pied quand tu es un musicien.
Les deux : Ouais.
Émile : J’ai l’impression qu’on nous reconnaît beaucoup plus que lorsqu’on était à Paris. C’est une plus petite ville, les rapports sont différents, tu peux te faire une place un peu plus rapidement. Les gens sont prêts à te donner ta chance. Si tu concrétises les opportunités qu’on te donne, on va te rappeler. Mais on est plus vieux aussi, notre démarche est différente, ça change beaucoup de choses.
William : C’est aussi différent niveau créativité au mètre carré. À Paris d’où l’on vient il y a autant d’artistes, ils sont juste parsemés. Ici le milieu est plus petit, on se connaît tous beaucoup plus vite les uns les autres.
Émile : L’été tout le monde sort, il y a des festivals et des shows partout, les gens sortent !
William : Quand on est arrivé on a vécu trois ans ensemble dans une coloc d’artistes avec plein de musiciens, une salle de jam à côté de la cuisine et un studio dans le sous-sol. C’était hyper inspirant ! Même si c’est dur à gérer quand à 4h du mat certains font de la musique. J’imagine difficilement à Paris en pleine ville.
Émile : Il m’écrivait sur Facebook et je descendais avec ma basse, 3/4 de nos chansons sont parties comme ça.

Écrire des textes c’est une corvée, le plus fun c’est de jammer avec ses potes.
William : J’ai des phases d’amour et de haine avec l’écriture de textes sans que ça soit une corvée. J’écris tous les textes dans ma chambre, depuis mon lit. Il y a beaucoup d’ironie dans les textes d’Of Course, il y a des textes plus sombres aussi, tout ça sur de la musique funky. Je ne pense volontairement pas à des trucs très cools quand j’écris. Je ne suis pas une personne négative dans la vie et je pense que c’est grâce aux textes. Tout ce qui est négatif je le mets dans les chansons. C’est une bonne manière d’exorciser. Mais à l’époque où on faisait du métal, c’était une corvée car on chantait en anglais et je ne suis pas bilingue à 100%. J’avoue que je préfère composer et jammer plus qu’écrire, même si parfois ça fait du bien. C’est un journal intime, mais public.

Le kitsch c’est la nouvelle hype.
William : C’est un  sujet de débat dans notre groupe!
Émile : Il y a du kitsch efficace qui reviendra à la mode, c’est sûr, comme le retour des années 1980. J’ai longtemps craché sur cette décennie parce que je trouvais que c’était de la merde, mais il y a des bands exceptionnels. Aux niveaux des sonorités tu peux faire des trucs cools avec des sons de ces années-là.
William : Mais il ne faut pas que ça. Il faut prendre des éléments du kitsch et les mettre dans du moderne, c’est ce qu’on essaie de faire. La frontière est très mince… On avait eu une critique pour notre 1er EP qui disait qu’on jouait avec le kitsch et que c’était un terrain glissant. Mais, que pour l’instant, on n’avait pas glissé. Là on est en train de travailler sur un album, on peut glisser à tout moment…
Émile : On se rend compte qu’on a dépassé la limite quand j’écoute pour la 1re fois et que ça me fait rire.
William : Là je ne suis pas d’accord, on a eu des débats, notamment sur une chanson qui sera sur l’album, qu’Émile a habillement appelée « Le Porno italien » parce qu’apparemment ça ressemble à de la musique de porno italien des années 1970-1980. Je l’ai fait écouter aux gens, et ça plaisait à la plupart qui me disait que la musique était kitsch mais cool. Lui je lui ai fait écouter et il a ri. J’ai essayé de dékitschiser mais c’est devenu nul.
Émile : J’ai hâte de sortir cette chanson-là, elle est quand même cool ! Mais elle demande encore un peu de travail.

En funk, le bassiste a toujours le beau rôle.
Émile : Je ne dirais pas « le beau rôle », mais il a un rôle très important. Tu dois être mélodique et rythmique en même temps, et ça c’est difficile. Faire de la basse dans un groupe funk ou soul, ça m’a vachement boosté à travailler mon instrument, car lorsque tu passes du métal au funk, tu passes d’un monde à un autre. J’ai vraiment redécouvert mon instrument et mon jeu. Je suis vachement plus épanoui dans ce que je fais maintenant que dans ce que je faisais à l’époque.
William : Il est tellement grand que tu ne vois que lui sur scène !
Émile : Dans le funk c’est tellement important la batterie et la basse. C’est à ça que tu reconnais un bon band de funk ou de hip hop. C’est le premier truc que je regarde !

« On n’est pas sûr dans le temps de rester un trio »

Trois c’est un mauvais chiffre, il y en a toujours un qui vole la vedette.
William : Je ne suis pas d’accord !
Émile : Chacun a sa personnalité, chacun a son rôle. Personne ne se monte dessus.
William : On est tous des vedettes ! (rires). À trois, ça laisse de la place : la basse dans le funk c’est très important, donc Émile a une vraie place, Germain est à la batterie et aux samples électro et ça se voit, et moi je chante donc on me voit aussi. On a vraiment chacun notre place, et c’est bien. Au moment de la compo je fais une grosse démo électro et les morceaux prennent vraiment leur sens quand on vire la basse et la batterie que j’ai faites et qu’on ajoute leurs vraies parties. De tous mes bands, les plus efficaces étaient des trios.
Émile : Ou alors le 4e membre finissait toujours par se faire virer.
William : Mais on n’est pas contre un 4e membre. Une voix féminine ça j’aimerais vraiment bien !
Émile : Intégrer des filles musiciennes pour ramener d’autres émotions, une autre sensibilité…
William : On est un trio pour le moment mais je ne suis pas sûr que dans le temps on le restera.

Au Québec le public est bien plus ouvert d’esprit qu’en France.
William : En France on a été jugé que sur notre groupe métal. C’est vraiment deux publics différents, il n’y a pas de comparaison à faire, je pense que c’est pareil. Ça m’étonne, mais je me suis rendu que le public français est ouvert d’esprit depuis que je travaille dans la radio ici. Quand on était en France on avait l’impression qu’ils étaient beaucoup moins ouverts : mais vu qu’on faisait du métal, c’était niché, ça ne pouvait pas plaire à tout le monde. Les gens autour de nous nous disaient : « ça a l’air vraiment bien ce que vous faites mais c’est vraiment pas mon style de musique ». Maintenant ce n’est plus le cas.  Chaque public a ses plus et ses moins.
Émile : Ça dépend vraiment des shows. On a fait pas mal de shows devant différents publics. T’as des publics qui parlent beaucoup comme lorsqu’on a joué à l’auberge Seashack. C’était un concert difficile, c’était plein, mais la majorité n’était pas venue pour nous voir. Devant, les gens étaient à fond, ils dansaient, mais le reste de la salle était au bar et s’en foutait un peu.
William : C’est vrai que c’était bizarre comme concert, ils sonnaient même la cloche pour les shooters gratos pendant qu’on jouait…
Émile : Après on a fait un concert à Gaspé dans un petit bar. Notre dernier show de tournée, ça sentait le plan bourbier, ça a été l’enfer ! Les gens tombaient sur scène !
William : C’était l’initiation d’un Cégep ! Les gens étaient saouls, ils ont pris tous nos stickers pour les mettre partout, ça dansait, c’était une énorme folie !
Émile : Je pense que c’était l’un des meilleurs shows de la tournée.
William : Ça va être dur aux Francouvertes car le public est assis… Of Course c’est une musique qui se danse.
Émile : Après ça ne veut rien dire car lorsqu’on a joué avec Karim Ouellet, c’était dans une MJC, tous les gens étaient assis dans un amphithéâtre. Mais ils ont fini par tous se lever !
William : On va essayer de faire un concert garanti 100% sans « du coup » déjà !

Une question que je ne vous ai posée que vous auriez aimé que je vous pose ?
Émile : Ça fait quoi d’être millionnaire ? Bah je sais pas.

► Of Course sera en concert lundi 26 février au Cabaret du Lion d’Or dans le cadre du soir 2 des préliminaires des Francouvertes

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Propos recueillis par Emma Shindo
Crédit photo : (c) Elliott Katane

 

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