Oscars 2018 : Sufjan Stevens n’a peut-être pas gagné, mais c’est notre champion

BILLET D’HUMEUR – Le prix de la meilleure chanson originale est revenue à… Coco. Pas Call Me By Your Name. Pas Sufjan Stevens donc et son magnifique « Mystery of Love ». Incompréhensible.

C’était l’occasion de récompenser un pur génie. L’un des meilleurs artistes de notre génération. Troublé, passionné, torturé, doux, créatif. Sufjan Stevens est tout cela à la fois. Il était nommé aux Oscars dans la catégorie meilleure chanson originale pour « Mystery of Love », la chanson phare du film Call Me By Your Name. Il devait gagner. Parce que ce titre est splendide et parce que c’est Sufjan Stevens. Il méritait qu’on récompense son talent, son génie, son authenticité, sa pureté. Mais non. L’Oscar a été attribué à « Remember Me », titre issu du film d’animation Coco (Disney). À ceux qui ont commis « Let It Go » (La Reine des Neiges). Incompréhension totale.

Un live sublime

Il est au milieu de cette grosse machine, de cette immense scène, de toutes ces paillettes et faux-semblants qu’est Hollywood. Mais, Sufjan reste lui. Il est dans une autre bulle, la sienne. Il a invité St Vincent et Moses Sumney pour l’occasion. Ensemble, pendant deux minutes, ils offrent une véritable bouffée d’air frais. Ils ne changent rien à rien. Ils sont eux. La prestation est intimiste, minimaliste. Ce n’est pas parfait. C’est vrai, mais il y a une brèche dans toutes les choses, c’est ainsi que rentre la lumière, disait Leonard Cohen. Il a raison. C’est une beauté imparfaite, cette prestation, la plus belle des beautés. Elle dure deux minutes, pas plus, mais c’est suffisant pour emballer les cœurs et enclencher une autre machine : celle des larmes instantanées que fait couleur le chanteur dès qu’il prononce quelques phrases avec cette voix si particulière.

Notre champion à nous, c’est lui

Sufjan Stevens, on n’a pas attendu Call Me By Your Name pour le découvrir. Il nous berce depuis de nombreuses années. Il nous a conquis avec son folk désarmant, désarmé avec sa pop baroque, dérouté avec ses expérimentations sonores. À chaque fois c’est un coup gagnant. Sevens Swans, Michigan, Illinois, Carrie & Lowell… Chacun de ses albums sont des pépites. Il a même signé des albums un peu plus complexe, Age of Adz. Je l’avais détesté à sa sortie. Quelques années plus tard, avec un esprit je crois un peu moins fermé, plus aventureux, je l’apprécie enfin. Il est à l’image de son auteur. Aussi tourmenté que son esprit.

Et puis, comme Sufjan Stevens n’a pas peur de pousser les expériences à son maximum, il a signé avec quelques autres génies de la musique, parmi lesquels Bryce Dessner (The National), l’album concept Planetarium. Un véritable voyage sonore, direction les étoiles. Les galaxies lointaines. Électronique, évaporé, ambitieux, il évoque le système solaire et fait, une nouvelle fois la part belle aux expérimentations. Sufjan Stevens n’a peut-être pas gagné d’Oscar, mais il est notre champion à nous. Et on veut bien lui fabriquer des Oscars en papier mâché ou en pâte à sel pour lui prouver tout notre amour.

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