Mondial du tatouage 2018 : tattoo compris

ÉVÉNEMENT – C’est maintenant un rendez-vous noté à l’encre indélébile sur tous les agendas. Le Mondial du tatouage, initié par le roi de l’aiguille Tin-Tin, est de retour à la Grande Halle de la Villette du 9 au 11 mars.

Soit trois jours en compagnie des plus grands tatoueurs du monde entier, agrémentés d’expositions, de concerts et surtout de concours. Plus de 35 000 personnes sont attendues cette année sur le salon, dont la popularité ne cesse de croitre d’édition en édition. On fait le point sur cet événement aussi festif que familial.

14% de la population est aujourd’hui tatouée. Un engouement pour les aiguilles qui coïncide avec le succès grandissant du Mondial du tatouage. Le salon reprend ses marques pendant trois jours à la Grande Halle de la Villette. Preuve que le tatouage, longtemps associé aux gangs ou à la prison, est désormais encré dans les mœurs. Comment c’est possible ? Esther Luling, directrice de production de l’événement, a sa petite idée : « Comme Tin-tin l’explique très bien, tout le monde a toujours été tatoué. Sauf qu’avant, on les cachait. Un serveur pouvait être obligé de porter des manches longues. Aujourd’hui c’est différent. Je pense que des émissions comme LA Ink, des personnalités comme Kate Von Dee ou même Rihanna ont permis de démocratiser le tattoo.« 

Référence en la matière, le Mondial du Tatouage a su faire la différence grâce à sa programmation variée, entre stands multiples, expositions et concerts. Mais pas que ! « Ce qui fait notre force, ce sont les concours qui ont lieu tous les jours. On a un jury exceptionnel, avec des tatoueurs de légende qui ont suscité des vocations dans le monde entier. Les tatoueurs préparent leur projet un an à l’avance pour espérer gagner et marquer les esprits de leurs idoles de jeunesse. C’est un grand moment parce que ça permet aux tatoueurs de faire valoir leur travail et ça peut faire décoller leur carrière. On a mis la barre haut. Au final, ça prouve que le tatouage est un véritable art. D’ailleurs, l’exposition Tatoueurs tatoués, qui a voyagé dans le monde entier après le Quai Branly en 2014-2015, l’avait déjà prouvé.« 

C’est sous le parrainage de l’acteur Kad Merad que le salon se tiendra du 9 au 11 mars. Pour la petite histoire, la star de Bienvenue chez les Ch’tis s’est fait tatouer par Tin-Tin il y a quelques années. L’occasion de partir à la découverte de 420 tatoueurs venus de 35 pays différents, triés sur le volet par Tin-Tin en personne. Le tout dans une ambiance très familiale où « tous les groupes sociaux se croisent, des parents avec poussette aux pin-up en passant par des gens avec des tatouages sur le visage. » Autant d’éléments qui donnent envie d’y faire un tour. Et aussi parce cette cuvée 2018 « sera encore mieux » que l’année passée.

Le tatouage dans la peau

Son corps parle pour lui. Markus, parisien de 36 ans, collectionne les tatouages et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Une passion que le futur papa cultive depuis dix ans. On a voulu en savoir plus sur sa tattoo mania.

Comment est née ta passion pour les tatouages ?

Elle est liée à ma passion pour le rock. J’ai eu un déclic à l’âge de 15 ans, mais j’ai commencé à faire mon premier tatouage un peu plus tard que la moyenne, à 26 ans. Travis Barker, le batteur de Blink 182, a lancé le truc, même si mes tattoos n’ont rien à voir avec les siens. J’étais fan de ce mec.

Ton premier tatouage ?

C’est un micro old-school des années 1950. J’ai fait une grosse pièce d’entrée de jeu. S’en sont suivis des petits, des gros… Plus tu en fais, plus tu t’intéresses à l’univers et après ça devient un cercle vicieux. Mais j’étais déjà dans l’optique d’être mon état actuel avant de faire le premier.

As-tu un tatoueur attitré ?

J’en ai 2/3 qui ont bien bossé sur moi et 2/3 qui ont fait une apparition. J’ai un pote qui tatoue depuis quelques mois et  qui m’a fait quelques pièces. Après tu t’inspires d’autres trucs. Tu évolues, et lui aussi. Je reste que sur du noir et blanc pour le moment, mais maintenant que je m’intéresse au tattoo et que je vois des potes tatoués avec de la couleur, je me dis qu’il y en a sur qui ça rend super beau. Sur moi, il est peut-être trop tard… Enfin, peut-être qu’un jour je rajouterai des petites touches de rouge à droite à gauche.

Combien de tatouages as-tu maintenant ?

Si on parle en nombre de séances, je dois tourner autour de 60/70. On m’a posé la question tellement de fois que j’ai fini par compter. Ça fait un an et demi que je neme suis pas fait tatouer. J’ai fait une pause due aux finances, mais les idées sont là.

As-tu un budget spécial tatouages ?

Je ne mets pas forcément de thunes de côté pour ça. SI j’ai un déclic, j’y vais. Je ne suis pas dans la réflexion comme quelqu’un qui va faire son premier tattoo. Il réfléchit, il demande l’avis des gens, il stresse un peu. Là j’ai plein d’idées. Je peux très bien me lever un matin et être capable de faire les 5/6 idées que j’ai en une journée. Je suis sûr de moi. Maintenant, j’y vais comme si j’allais à la boulangerie.

Comment définis-tu ton style ?

Un peu de old school, mais aussi en mode gravure. J’ai aussi beaucoup de patchwork, sur le torse et le ventre. J’essaie de pas trop sortir de ça pour pas que ça dénote, et en respectant le noir et blanc. Sur le rendu, je suis sur du patchwork. Je voudrais continuer un peu sur ma lancée sur les jambes. J’ai une toile d’araignée sur un genou. Je voudrais faire une barre de bateau sur l’autre genou et après attaquer tibia et mollet en mode patchwork. Puis, insérer des petites pièces entre des grosses pièces pour resserrer davantage.

Tu comptes aller jusqu’où ?

Tout mais pas le visage. J’avais dit « les mains, je trouve pas ça beau », mais je l’ai fait. Le cou, pareil. À la rigueur, un petit truc en dessous de l’œil, mais pas une vraie pièce. Une connerie. J’ai pas le dos, c’est pas une priorité. Je fonctionne dans le principe du recto/verso. Vu que le recto n’est pas encore fini… Mais je me connais, le dos je le ferai à un moment donné.

« Être tatoué, c’est un choix de vie »

Considères-tu ton corps comme une œuvre d’art ?

Je ne le considère pas comme ça. Tu finis par t’y habituer et ton entourage aussi. Dans la vie de tous les jours, les gens te regardent dans le métro ou dans la rue, mais toi tu fais plus gaffe parce que ça fait partie de toi. Il y a des regards différents : de curiosité ou de jugement, positif ou négatif. Ça se voit direct en fait. C’est là que c’est intéressant. Y a des gens qui peuvent poser des questions, notamment au boulot. C’est toujours un petit truc cool quand on m’aborde.

Est-ce que tu as des regrets ?

Il y a des tatouages que j’aime moins. Mais je sais que je pourrai les recouvrir avec d’autres idées. Plus tu t’inspires, plus tu découvres des trucs. C’est à l’infini. Ce que j’aime actuellement dans le tatouage, est-ce que dans 10 ans, je l’aimerai encore ?

14% de la population est aujourd’hui tatouée. C’est positif selon toi ?

Le fait que ça se démocratise, c’est super. Si je disais le contraire, ça irait à l’encontre de ce que je fais. Mais en France, on a 10 wagons de retard sur l’ouverture d’esprit par rapport à d’autres pays (Suède, Allemagne, Angleterre, Espagne). On est encore sur des clichés de bad boy ou prisonnier. D’autres gens diront le contraire, mais ces gens-là ne sont pas tatoués. Ils voient, mais ils ne subissent pas. Après nous, on assume. On s’expose à pouvoir prendre des remarques derrière. Ça dépend comment c’est fait aussi. Il y a les trucs récurrents genre « quand tu seras vieux… ». C’est le truc que tous les tatoués peuvent plus supporter. Je leur réponds : « tu seras vieux et frippé et moi je serai vieux, frippé et tatoué. Je serai stylé et toi tu ne le seras pas ». C’est un choix de vie d’être comme ça. Dans ma bande de potes, on est 20 et on est que 4 à être tatoués. Je suis le plus tatoué des 4. Le but c’est de se démarquer donc si sur 60 on se retrouve à être 30/35 tatoués, ça rime plus à rien.

Comptes-tu aller au Mondial du tatouage ?

J’y vais tous les ans. Cette année, faute de budget, j’irai probablement que le dimanche. L’événement est bien fait parce qu’il y a beaucoup de tatoueurs qui viennent du monde entier. On peut rencontrer plein de gens. Je n’y vais pas pour me faire tatouer, mais pour l’ambiance. J’adore le côté familial. Quand tu te balades, tu voies tous les styles possibles. C’est l’occasion de voir à l’œuvre des tatoueurs et éventuellement de discuter avec eux. J’ai rencontré un tatoueur qui a pas de stand, mais qui est là tous les ans : Liam Sparks. Il vient de Londres et je vais peut-être aller me faire tatouer par lui.

Un conseil à donner à quelqu’un qui va faire un premier tattoo ?

Tu peux faire à l’instinct quand t’en as plein et que tu sais comment les mecs travaillent. Si quelqu‘un me dit « je suis pas sûr », c’est qu’il n’est pas prêt. Que ce soit dans le tatouage ou d’autres domaines. Vaut mieux se donner un peu de temps. Y a le côté appréhension qui rentre en compte. Vaut mieux annuler la date même si ça énerve les tatoueurs. Normalement, ils comprennent.

Le Mondial du tatouage, du 9 au 11 mars, à la Grande Halle de la Villette. www.mondialdutatouage.com

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