Making Friends in Bangalore : l’épatant carnet de voyage de Sebastian Lörscher

CHRONIQUE – Coup de cœur pour le carnet de voyage de Sebastien Lörscher à Bangalore, une aventure graphique indienne, touchante et réaliste.

Cette semaine, on s’échappe direction Bangalore, dans le sud-est de l’Inde à travers un superbe carnet de voyage réalisé par Sebastian Lörscher et publié chez Cambourakis pour l’édition française. Dans l’avant-propos, l’auteur allemand raconte ce qui l’a amené à partir pendant plusieurs semaines dans cette ville « dont la croissance est l’une des plus vertigineuses au monde, et dont le nombre d’habitants a doublé pour atteindre les 8.5 millions au cours de la dernière décennie, grâce à une véritable industrie informatique florissante ». Il n’était jamais allé en Inde, et ne connaissait ce pays que par le biais d’émissions télévisées, de vidéos ou de restaurants. Il résume : « Je ne savais somme toute rien sur les Indiens – leur mode de vie, leur manière de travailler, leurs opinions et leurs préoccupations ». Il décide donc de découvrir cette métropole, et de la croquer au fil de ses pérégrinations.

 

« Je me suis assis dans la rue et j’ai commencé à dessiner »

L’objet, intitulé Making Friends in Bangalore, un carnet de voyage en Inde est paru au format 220x290mm, sans doute pour se rapprocher du format original des carnets de croquis de l’auteur. Sur un beau papier couché, des croquis juste scannés, des portraits et petites saynètes de vie sont assemblés astucieusement pour ne pas que le lecteur se lasse d’un trop plein de décors. Toutes les bulles sont rédigées manuellement au crayon noir, dans une typographie très lisible et personnelle. Des anecdotes culturelles et de tendres scènes de vie sont racontées en bande dessinées, toujours très colorées. C’est d’ailleurs l’un des points forts de ce roman graphique qui alterne entre superbes séquences aux crayons de couleurs (qui ne manquent pas de mouvements), et croquis aux feutres noirs. Le rendu du crayon de couleur permet de s’imaginer au mieux l’explosion de couleurs dont parlent tous les visiteurs et touristes à propos de l’Inde.

On découvre les célébrations musulmanes de Mouharram, le premier mois du calendrier islamique, où « tout le monde passera à travers les flammes. Et tout le monde s’entaillera la peau. Du plus jeune enfant à l’homme le plus âgé ». Ou les problèmes qu’engendrent les castes pour deux frères amateurs de criquets, qui vivent avec leur famille dans un bindonville. Ou le premier voyage en rickshaw de Sebastian Lörscher, son premier mariage indien et les coutumes de la noix de coco, en passant par les fameux « trous à Bangalore » qui parsèment les routes.

Caméra embarquée

Le point de vue proposé est original. En effet, jamais on ne verra le visage de l’auteur, qui ne dessine que ses mains. Ainsi, il est très facile de se projeter à sa place lorsqu’il rencontre ses différents interlocuteurs, que ce soit des hommes d’affaires à tous ces enfants curieux qui lui demandent une pièce de son pays. Lörscher tient toutefois à donner son opinion et son ressenti de façon plus développée dans un épilogue bien conçu et nullement théorique/rébarbatif. Il y aborde plusieurs thèmes traités précédemment (les études, le travail, la religion, la pauvreté, les femmes…) et donnent ainsi plus d’indications et de contextualisations à ses dessins. Ce sont néanmoins ses points de vue personnels.

L’épilogue se finit avec quelques photos d’Indiens montrant fièrement des portraits d’eux réalisés par l’auteur. J’aime toujours quand une photo authentique est ajoutée en fin d’ouvrage. Le rapport fiction-réalité prend une toute autre envergure.

Il y a une réelle sincérité dans ce carnet de voyage, qui dépeint une ville en plein mouvement, une métropole bouleversée par le développement titanesque de son économie, qui voit des milliers d’Indiens arriver pour chercher du travail. L’auteur prend le parti de brosser un portrait de Bangalore à travers ses généreux habitants, peu importe leur statut et leur niveau dans la pyramide sociale. Making Friends in Bangalore est un bel objet livre en plus d’être un carnet de voyage touchant et extrêmement bien réalisé. Un véritable coup de cœur.

Making Friends In Bangalore : un carnet de voyage en Inde
Sebastian Lörscher
Éditions Cambourakis
Parution : octobre 2015
144 pages
20€

 

 

 

 

 

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Crédit photos : Sebastien Lörscher

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