Francouvertes 2018 soir 5 : Barrdo, Totem Tabou, Crabe

LIVE REPORT – Retour sur la 5e soirée des préliminaires aux Francouvertes avec les surprenants Barrdo et Crabe, et la déception Totem Tabou. 

Il y a moins de monde ce lundi soir au Cabaret de Lion d’Or pour la 5e soirée des Francouvertes. Le festival bat son plein avec trois groupes à l’identité musicale forte, n’ayant pourtant aucun lien les uns avec les autres. Ça n’en reste pas moins une soirée intéressante et plutôt surprenante. Mais avant de commencer les « auditions », comme le veut la tradition, c’est un ex du concours qui entame la soirée, avec un petit set de 15 minutes.

Ce soir-là, Marie Claudel (anciennement Chénard) joue trois nouvelles chansons qui figureront sur son prochain album. Le timbre est profond et suave. Elle maîtrise de ses doigts de fée sa guitare à huit cordes, son « mando cello », puisque l’année passée, elle l’avait mentionnée sur scène, mais avait oublié de la ramener. Il n’est jamais trop tard. La jeune femme finit son court set avec une chanson plus « rock » car, avoue-t-elle, c’est une soirée rock et il n’est pas question de finir avec de petites ballades. Celle qui a collaboré avec Jesse McCormack et Jean-Philippe Levac nous donne un aperçu ultra séduisant de ce futur album qu’on attendra avec grande impatience.

Barrdo, grand manitou

Place au concours avec le premier groupe de la soirée : Barrdo, aka Pierre Alexandre, qui n’est pas un inconnu des Francouvertes. Cela dit, avec ce projet solo, ce n’est que son troisième show. Accompagné de ses complices de Fuudge et d’une violoniste à la voix d’ange, Barrdo a conceptualisé son spectacle comme une grande messe silencieuse. Il ne touchera pas un mot de son set, sauf avant de quitter la scène. Il préfère laisser parler sa musique et certainement donner la chance aux spectateurs de sombrer petit à petit dans son univers chamanique, sans les couper dans leurs élans.

Les six musiciens portent un t-shirt blanc XXL en guise d’uniforme, une sorte de confrérie monacale hip-hop de la toge. Mais tu connais l’expression « l’habit ne fait le moine ». Si visuellement je trouve ça un peu adolescent, musicalement c’est la performance que je vais préférer dans la soirée. Le son est riche, une sorte de concentré de nappes électroniques qui s’entremêlent. Les nuances sont belles, les transitions travaillées, et je me laisse complètement subjuguer par ces séquences de répétitions, ces incantations qui s’étirent et laissent mon esprit vagabonder vers un ailleurs planant.

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Totem Tabou, l’incompréhension totale

Le trio de Totem Tabou avait attiser mon attention sur le papier. Dans les faits, je suis passée complètement à côté de leur performance. Musicalement, je n’y comprends rien, je ne parviens pas à me raccrocher à un passage, une mélodie, ou un bout de texte, ne pouvant à peine distinguer les paroles. Je n’ai rien contre les dissonances, les changements abrupts de rythmes et autres expérimentations, seulement c’est bien s’en servir avec parcimonie, ça n’en sera que plus percutant. J’ai plus l’impression de regarder trois musiciens qui jam chacun de leur côté dans un garage qu’un groupe dont la création remonte à 2013. Pas plus bavard que Barrdo, Totem Tabou livre une prestation presque égoïste vis à vis du public, autocentrée sur Christian St-Pierre, le frontman survolté au poncho tournoyant. Cruelle déception.

Crabe, décibels et punchlines

Troisième groupe en lisse : le duo punk-rock Crabe que l’on voit gigoter et sautiller comme des boxeurs en coulisses. La cerise sur le gâteau pour la majeure partie de la salle. Ou du moins la grosse Doc Martens dans la poutine. Composé de Gabriel Lapierre à la batterie, et de Mertin Hoëk à la guitare/chant, Crabe est le groupe qui nous a défoncé les tympans pour la soirée. C’est aussi le groupe qui fait monter des amateurs de hair spinning sur scène le temps d’une chanson puisqu’il est être un peu compliqué de faire du body surfing dans « le monde assis là ».

Je ne vous mens pas, sur ma fiche de commentaire, j’ai écrit « ce n’est pas ma came ». Parce que musicalement ce n’est pas du tout ma came. Ce qui rentre tout à fait dans le thème de leur chanson anti-cocaïne dans laquelle on soupçonne beaucoup de second degré (premier degré nous dit-on dans l’oreillette). Cela-dit, leur set est passé à une vitesse grand V (ce qui est toujours bon signe) à coup de bourrinage de l’extrême et punchlines (« Ça parle de chose là… en tout cas c’est profond » / « On dira de nous ‘c’était trop fort, et on ne comprenait pas les paroles' »…) Sans oublier les tentatives de crachat, les jetés de guitare et les poses à la Emppu Vuorinen de Nightwish. Les garçons finiront leur set dans un tonnerre d’applaudissements et un « merci les Francouvertes d’accepter le crabisme », et pour la première fois, on a tous cru qu’il y aurait un rappel. Bref, c’était drôle.

Crabe récolte des bonnes notes et récupère la 3e place derrière LaF et zouz, quant à Barrdo, il s’installe à la dangereuse 8e place.

Photos : Emma Shindo

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