Luxe, calme et volupté : le premier album de Palatine

CHRONIQUE – Après un EP, « Bâton Rouge », paru en 2016, Palatine dévoile son premier album, « Grand Paon de Nuit ». Un voyage lent et mélancolique qui nous laisse rêveurs.

C’est en janvier 2016, à l’occasion des iNOUïS du Printemps de Bourges que nous découvrons pour la première fois le quatuor parisien Palatine. Vincent Ehrhart-Devay, Adrien Deygas, Jean-Baptiste Soulard et Toma Milteau ont, depuis, sillonné les routes de France, sorti un premier EP Baton Rouge, gagné le Prix Chorus, et sortent maintenant leur premier album : Grand Paon de Nuit.

Palatine

Spleen et invitation au voyage

Grand Paon de Nuit se présente comme un objet poétique, rongé par le spleen et la mélancolie. Comme chez Baudelaire, « Là tout n’est qu’ordre et beauté. Luxe, calme et volupté ». Et la comparaison ne s’arrête pas là. C’est bien une invitation au voyage (comme le titre du poème baudelairien) que cet album de 11 titres. Le voyage est géographique (« Paris – L’ombre », « Bâton Rouge », « City Of Lights ») mais surtout onirique. Les créatures monstrueuses et inquiétantes sont au cœur de l’écriture. On navigue en des mondes irréels et fascinants : « Sur mes épaules s’accrochent des phasmes / Sur mes regards, passent des fantômes » (« Grand Paon de Nuit »).

À LIRE AUSSI >> On a écouté : « Bâton rouge », le 1er EP de Palatine

Clair-obscur et ode à la lenteur

Tel un tableau du Caravage, avec Grand Paon de Nuit, tout est soigné, la moindre touche de peinture musicale est une touche exacte et essentielle. La couleur rouge ouvre l’album avec « Comme ce rouge me plaît », mais c’est une tonalité en clair-obscur qui prend rapidement le dessus. Accentué par le phrasé très maîtrisé et l’articulation rigoureuse, le clair-obscur tient aussi sa force dans l’orchestration harmonieuse. Les tempi lents laissent une grande place au silence et au son des instruments (contrebasse, guitare, batterie). Dans « Golden Trinckets », le titre blues de l’album, la guitare saturée et la contrebasse jouée à l’archet nous plongent dans un western en noir et gris : mouvements lents, regards perçants.

À LIRE AUSSI >> Palatine : « Une belle chanson marche souvent seule à la guitare »

Amour et corps incontrôlés

Le désir du corps et l’amour animal sont également des thèmes récurrents de l’album. Le corps caressé est au cœur de « Comme ce rouge me plaît ». Mais le corps est aussi violenté : « Là où mes mains se posent / Poussent des ecchymoses », dans « Ecchymose » – où la réverb’ rappelle l’écho de celui qui doit partir. Avec « Marions-nous », on prend de la vitesse, le tempo s’accélère pour laisser place à la fête. Mitigée la fête, puisque le mariage est célébré ici pour « [rire] de tout » et ne plus subir le regard des autres. Comme dans « Faux brouillards », où l’on danse « pour ne plus se parler ». Derrière le corps séduisant, se cache aussi parfois le monstre (« C’était un loup »), mais peut-on résister ? Enfin, dans « Stockholm », où l’amour semble être le plus authentiquement sain, il implique la naissance du syndrome de Stockholm, lorsque l’otage développe une empathie pour son geôlier.

Grand Paon de Nuit frappe donc par son écriture très lettrée, tant dans les textes que dans les notes. Le pouvoir des mots et des mélodies nous transportent, ballotés au gré des émotions, mais sans jamais perdre de vue le cap : celui d’une poésie qui dévore joliment les cœurs et les oreilles.

Grand Paon de Nuit, sorti le 23 mars 2018 chez Yotanka/[PIAS]. Palatine sera en concert le 26 mars à La Loge à l’occasion de la soirée Oh Taquet ! #6 et au Café de la Danse le 15 mai prochain.

Advertisements