Les Bonnes Manières : quand le loup-garou se fait poétique

CRITIQUE –  Un titre énigmatique. Une affiche intrigante. Une bande-annonce tout aussi mystérieuse. Les Bonnes Manières, nouveau film du duo brésilien Juliana Rojas et Marco Dutra, en salles depuis le 21 mars, a attisé notre curiosité. Spoiler : on n’a pas été déçu !

On ne connaît pas grand-chose du cinéma brésilien, mais on ne demande désormais qu’à en apprendre davantage. Si on a été touché en plein cœur par Aquarius de Kleber Mendonça Filho en 2016, on a été très agréablement surpris par Les Bonnes manières de Juliana Rojas et Marco Dutra, en salles depuis le 21 mars. Dans ce film, auréolé du prix spécial du jury à Locarno et le prix du jury à Gérardmer, le duo de cinéastes revisite avec beaucoup d’audace et de poésie le mythe du loup-garou.

Ce qui fait toute la force des Bonnes Manières, c’est qu’il offre deux films en un. La première partie se focalise sur la relation entre ses deux héroïnes. D’un côté, Ana, fille bourgeoise, enceinte de son premier enfant, reniée par sa famille. De l’autre, Clara, jeune femme noire issue d’une banlieue pauvre de Sao Paulo qu’Ana engage comme nounou. Si de prime abord tout les oppose, une relation plus intime va peu à peu naître entre les deux femmes, sur fond de somnambulisme et d’envies carnassières. Le long métrage aurait pu s’arrêter là  et faire de l’étude des mœurs et des luttes des classes son crédo. C’était sans compter sur l’imagination débordante de ses deux réalisateurs.

Mutation et tolérance

En effet, après cette entrée en matière socio-mélodramatique, Les Bonnes manières se meut en un conte fantastique des plus singuliers. Comment ? Par le biais d’un accouchement digne d’Alien de Ridley Scott. Ellipse narrative à l’appui, on suit alors Clara dans sa nouvelle vie, après avoir recueilli Joel, l’enfant-loup mis au monde par Ana qui a bien grandi. Une monoparentalité encore plus difficile à gérer les soirs de pleine lune pour cette mère de cœur qui tente de protéger par tous les moyens son enfant pas comme les autres. Tandis que ce dernier cherche peu à peu à comprendre le pourquoi du comment de sa nature monstrueuse et à briser les chaînes de sa bestialité. Car derrière sa jolie bouille, le petit Joel (joué par l’adorable Miguel Lobo) reste une bête difficile à dompter qui répond à ses instincts primitifs.

Servi par une mise en scène originale, une superbe photographie, une esthétique ultra colorée et un casting au top (Isabél Zuaa et Marjorie Estranio sont magistrales), Les Bonnes manières s’impose comme un film protéiforme, à la fois contre fantastique moderne, mélodrame attachant et film d’horreur un tantinet gore (certaines scènes pourront d’ailleurs heurter les plus sensibles….). C’est aussi, et avant tout, un hymne à la différence et donc à la tolérance.

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