Maëlle et Gulaan, le vrai seul moment de musique de The Voice

RÉCAP – Maëlle et Gulaan ont provoqué l’émotion générale en reprenant « Fragile » de Sting dans The Voice. Pour nous, c’est le premier et seul vrai moment de musique en sept ans d’émission. C’est ce qu’on veut entendre à chaque fois.


Je suis souvent très critique avec The Voice. Mais j’aime la musique. Alors je regarde, même si je ronge souvent mon frein. The Voice n’est pas vraiment de la musique, c’est un divertissement. C’est de la mise en scène, des « talents » qu’on débarrasse de leur identité artistique pour qu’ils rentrent dans le moule bien rigide des majors. Ils sont des futurs produits à placer dans les rayons et ils doivent plaire aussi bien au petit garçon qui va à l’école primaire qu’à sa mère et sa sœur adolescente. Des vrais putains de moments de pure musique, il n’y en a pas vraiment eu dans The Voice. Aussi loin que je me souvienne, il n’y a pas eu de prestation qui a provoqué en moi un raz-de-marée émotionnel. Hier soir, il y a eu Maëlle et Gulaan. Et évidemment, ils ont bouleversé tout le monde. Les coachs, le public, les téléspectateurs, les internautes. Même Nikos Aliagas avait les yeux rougis et avait toutes les peines du monde à cacher son émotion.

Maëlle et Gulaan étaient deux talents de l’équipe de Zazie. Elle leur propose de chanter « Fragile » de Sting. On applaudit déjà le choix de chanson. J’ai beaucoup critiqué Zazie cette saison, mais il y a une chose que je dois lui reconnaître, et que j’admire chez elle, c’est qu’elle sait comment mettre en avant ses poulains. Là, elle a fait se rencontrer deux générations. Deux cultures, deux âmes, deux cœurs. La musique c’est quelque chose qui se partage, c’est ce truc magique qui réunit deux personnes qui n’ont pas, au premier abord, de choses en commun. Et quand ces deux-là se mettent au service de la musique, plus rien n’a d’importance. Ils n’ont pas fait le show. Ils n’ont pas hurlé. Ils n’ont pas tenté de montrer qu’ils pouvaient couvrir quatre octaves. Chanter n’est pas brailler, ce n’est pas s’arracher la mâchoire et dévoiler ses amygdales. Chanter relève du mysticisme presque.

Magique et mystique

La prestation de Maëlle et Gulaan était d’une simplicité désarmante. Ils se sont mis à nu. Lui, assis sur son tabouret. Le foulard rouge toujours à ses côtés. Elle, debout, derrière son micro, avec ses grands yeux qui semblent vous sourire. Ils n’ont pas chanté l’un contre l’autre, ils ont chanté l’un avec l’autre. C’était brut, sans fioriture, deux voix et des instruments. Presque en acoustique. Impossible de vraiment expliquer ce qu’il s’est passé sur le plateau de The Voice. Ou plutôt si. C’est le premier vrai moment de musique que l’on a entendu en sept ans d’émission. De la vraie musique. Pas du divertissement. De l’art. Évidemment, c’est un peu choquant. L’émotion est palpable. Zazie est en pleurs, elle a la gorge tellement serrée qu’elle n’arrive pas à parler correctement. Pascal Obispo lui a préféré se retirer quelques instants pour verser quelques larmes et reprendre ses esprits. Même Florent Pagny est pris par l’émotion, même s’il a eu des mots assez durs auparavant pour expliquer pourquoi Maëlle doit rester et pas Gulaan (il a eu sa vie, elle vient de la commencer en gros). Ses yeux rouges trahissent ses paroles. Bien sûr, lui aussi aurait voulu que Gulaan reste. Gulaan ne restera pas. Mais il restera gravé dans les mémoires des téléspectateurs. Ceux qui n’écoutent la musique qu’avec la télévision.

Et quand Florent Pagny dit « regarde dans quel état on est tous, ce n’est pas normal », j’ai envie de lui répondre : si, Florent, c’est même dans cet état que tu dois être à chaque fois que t’écoute de la musique, parce que cela veut dire que tu as été touché, que quelque chose de magique, mystique, particulièrement fort vient de se passer. Et c’est ça, la musique. Elle parle à ton cœur, à ton âme, à toutes tes cellules, à ton être en entier. Si rien ne se passe, c’est que la musique n’était pas bonne.

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