La Sainte Victoire de Clara Luciani

CHRONIQUE – Clara Luciani sort son premier album, « Sainte-Victoire ». Et la victoire était depuis longtemps assurée pour la bouleversante dame en noir.

Clara Luciani, s’est fait remarquer il y a déjà plus de deux ans lors de la soirée « chanson » des Inouïs du Printemps de Bourges. À l’époque, elle était seule sur scène, accompagnée uniquement de sa guitare électrique. Déjà, sa voix chaude dans les graves et saisissante dans les aigus nous avait interpellés. Déjà, ses mots racontant des ruptures douloureuses et la puissance féminine nous avaient captivés. Déjà, enfin, ses mélodies vaporeuses et son énergie ravageuse nous avaient transportés. Un vrai coup de cœur donc. Depuis, Clara Luciani a sorti un EP, Monstre d’amour, encensé du public et de la presse, s’est entourée d’un groupe, avec lequel elle sort début avril son premier album, Sainte-Victoire. 

Des mots qui interpellent / réparent / agissent

De ces 11 titres transparaît une puissance assurée. La musique, tout en sobriété, souvent grave, véhicule autant de pudeur que d’assurance. Comme un fil conducteur, la femme est au cœur de l’album. La femme forte, qui parvient à se reconstruire après la rupture (« Monstre d’amour », « On ne meurt pas d’amour »), qui est prête à prendre les armes pour défendre sa condition (« La grenade »), qui défend son droit d’être tout simplement libre (« Drôle d’époque »). Interpellant directement son auditeur dans « La grenade », « Hé toi / Qu’est-ce que tu regardes / T’as jamais vu une femme qui se bat », elle se fait porte-parole de la lutte anti-oppression des femmes, tout en dévoilant intime et sentiments.

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Le parcours de la reconstruction de soi passe par plusieurs étapes. La douleur (« Comme toi », « On ne meurt pas d’amour »), la prise de décision (« La dernière fois »), l’acceptation et les adieux (« Dors »), jusqu’à arriver à la sainte victoire, la renaissance (« Sainte Victoire ») : « Alors même que l’on croit que toutes les forces nous ont quittées / On se remet de tout ». C’est ce titre éponyme qui clôt l’album, résumant d’une voix parlée son cheminement intérieur : « Se remettre de ce chagrin, se remettre de cette douleur c’est pouvoir tout affronter / Tu m’a permis de comprendre que j’étais invincible, victorieuse. »

Sainte-Victoire
La montagne Sainte-Victoire vue des Lauves par Paul Cézanne

Des mots qui célèbrent la beauté

Sainte Victoire, le nom de l’album évoque déjà la rédemption. Avec un petit côté mystique et belliqueux, il se concentre sur le positif. La Sainte-Victoire c’est aussi une montagne près d’Aix-en-Provence, le pays où a grandi la jeune Clara. Immortalisée par Cézanne, elle rappelle la beauté des choses de la nature, comme dans « Les fleurs » lorsqu’elle se réfugie dans leur contemplation de « beauté parfaite » et « qui n’ont pas d’autre rôle que de l’être ». Les mélodies vocales ondulent se partageant voix de poitrine et voix de tête, créant ainsi un voyage émotionnel qui accroche. L’album fait une place de choix à la réverb’ des guitares et à l’écho de la voix donnant à la musique son caractère mystique.

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Avec « La baie » (une réécriture de « The Bay » de Metronomy), Clara Luciani chante l’érotisme et la liberté des corps nus sous le soleil exotique. Les voix, avec force réverb’, jouent sur la sensualité. On retrouve, sur ce titre notamment, une orchestration plus pop, voire disco qui contraste avec l’EP Monstre d’amour, qui était lui beaucoup plus en sobriété et gravité. Ici, l’on a toujours des titres en guitare-voix (« Drôle d’époque »), ou piano-voix (« Dors »), et toujours des titres graves au tempo lent (« Eddy »). Mais malgré les mots durs, la mise en musique est maintenant plus dansante, à l’instar de « On ne meurt pas d’amour » où les claves créent une ambiance tropicale.

Le premier album de Clara Luciani est à son image, fort, puissant, intense et témoigne de ses nombreuses victoires (professionnelles, personnelles, sociétales, etc.). Bouclier envers les violences faites aux femmes, il s’écoute comme un coach mental. You go girl !

Sainte Victoire est sorti le 6 avril dernier chez Initial. Clara Luciani sera en showcase le 12 avril à la Fnac des Halles (Paris) et en concert à la Gaîté Lyrique le 11 octobre.

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