Sublime tristesse du premier concert de SYML à Montréal

LIVE REPORT – Retour sur le premier concert montréalais du sublime SYML, accompagné de la belle découverte Mappe Of en première partie.

J’ai franchement songé à commencer ce report en listant tous les éléments qui m’ont fortement déplus au sujet du Ministère, nouvelle salle de concert à Montréal. Mais ça serait donner autant d’importance au cadre qu’aux deux superbes artistes qui s’y produisaient. Mappe Of et SYML ne le méritent pas ma colère.

Mappe Of, le troubadour céleste

Je ne connaissais pas du tout Mappe Of et je dois dire que j’avais à peine écouté avant de m’engouffrer dans la salle pleine à craquer. Je savais que le jeune homme était il y a quelques jours au Printemps de Bourges et que son premier album A Northern Star, A Perfect Stone était sorti chez Paper Bag Records l’été dernier. Pendant les premières chansons, le public est debout. Un organisateur vient demander au bout du troisième titre au public de s’asseoir. Dans les faits, c’était une bonne idée puisque seuls les deux premiers rangs pouvaient apercevoir la scène (et l’artiste, assis). Pour le côté pratique et sécuritaire, on reviendra. Claustrophobes, s’abstenir.

L’Ontarien Mappe Of poursuit, ravi, et avoue se sentir comme un professeur devant des élèves, « mais sans la sagesse ». Le folkleux enchante la salle avec un timbre de voix aussi angélique que profond, parfois agrémenté d’auto-tune. Il se lance même dans une reprise osée mais réussie de « She Needed Me » de T-Pain. Si j’ai des doutes sur certaines bidouilles vocales, les subtiles nappes électroniques qui viennent soutenir l’élégant et virevoltant jeu de guitare organique viennent à point. À vrai dire, Mappe Of me fait penser à un Villagers ou un Johnny Flynn qui aurait fait ami-ami avec le Bon Iver de 22, A Million. En beaucoup plus accessible. Un troubadour céleste des temps modernes. Un véritable coup de cœur.

La chaleureuse tristesse de SYML

J’attendais avec impatience d’enfin voir cet artiste qui jouait à Paris il y a quelques semaines de cela. Le voici donc, quelques semaines plus tard, pour son deuxième concert à Montréal, le premier avec son projet solo.

L’Américain est bavard et en rit. Plongé dans une pénombre brumeuse, il nous parle d’une interview qu’il a donnée dans la matinée et du choc de ses interlocuteurs lorsqu’il a dit « tabernacle », pensant faire plaisir. Il répond à des questions aussi, tel un conférencier bienveillant. Il explique l’origine de son nom de scène et prend le temps de nous parler de sa relation ambiguë avec les douaniers canadiens lorsqu’il traverse la frontière pour jouer des concerts.

Brian Fennell de son vrai nom semble compenser la tristesse de ses chansons par des parenthèses humoristiques essentielles à la survie de tous les cœurs sensibles, au bord de l’explosion, présents dans la salle. Il se livre cœur et âme derrière son piano ou avec sa guitare, kick au pied, accompagné d’un violon et d’un violoncelle par intermittence. Tout le talent de Syml réside dans son timbre de voix clair, presque lyrique, et dans ce piano qui fusionne si bien avec et fait dresser les poils des bras en un quart de seconde. La formule est plus qu’efficace.

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De « Fear of the Water » à « Where’s My Love » et « God I Hope This Year Is Better Than The Last » en rappel, l’Américain interprète fidèlement son petit catalogue de chansons. Il nous confie travailler sur de nouvelles compositions et nous fait la primeur de « Girl », en guitare-voix, écrite pour sa petite fille, récemment opérée. Et il le répète, oui, sa musique est une thérapie pour lui. C’est aussi une thérapie pour une grande une partie du public qui oscille entre larmes et joie et acclame SYML après son intense interprétation de la terriblement belle « The War ». C’est impressionnant de maîtrise.

Qui a dit que la tristesse ne pouvait pas rendre heureux ?

Photos : Emma Shindo

 

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