Gaël Faye à Pleyel : une salle et une multitude d’ambiances

LIVE REPORT – Ce jeudi 17 mai, la Salle Pleyel accueillait Gaël Faye pour un concert complet durant lequel le public est passé par toutes les émotions.

Il y a quelques temps, je parlais avec une collègue de l’état du rap en France. Elle me rapportait ce que quelqu’un lui avait dit au sujet d’Orelsan. Un mec disait : « c’est le rappeur le plus lettré de France ». Celui-là a certainement oublié Oxmo Puccino. Ou Gaël Faye. Et beaucoup d’autres, mais évitons le name dropping. Restons sur le cas Gaël Faye. Il n’est pas seulement un écrivain. C’est d’abord un rappeur qui existe depuis un paquet d’années en France. Il a fallu que le monde de l’édition l’acclame pour que l’industrie de la musique jette une oreille sur sa musique. Sans doute, en France, on n’aime pas trop les belles lettres en musique. Cela ne peut être guère une musique populaire, voyons. Les belles lettres, c’est pour Télérama. Non ? Non.

C’est en 2012 que je vois pour la première fois sur scène Gaël Faye. Une soirée Nova, je crois. C’est LeBlog de la Blonde qui m’y entraîne. Je ne suis pas une grande amatrice de rap. En revanche, j’aime les mots. Et c’est ce qui me parle avant tout. Et Gaël Faye les manie si bien que j’ai même peur d’écrire ces quelques lignes pour évoquer son concert à la Salle Pleyel. Depuis 2012, il s’en est passé des choses pour lui. Des prix littéraires, une Victoire de la musique... Les projecteurs sont braqués sur lui et lui, il étincelle. Il brille. C’est un rappeur. Oui, mais c’est avant tout un poète. Certains disent que le rap est de la poésie moderne. Cela ne peut être que vrai si on écoute un peu plus Gaël Faye et un peu moins Damso.

Gaël, on a un problème

Pleyel est plein comme un œuf. Le problème de cette salle (superbe au passage), c’est que c’est une salle « classique ». Avec des sièges, des fauteuils confortables. Parfaite pour écouter de la musique qui demandent une attention particulière et un minimum de body language. En revanche, quand il s’agit de venir voir Gaël Faye, on a un problème. Qu’est-ce qu’on fait ? On reste assis ? Peut-on se lever ? On danse, on bouge dans les allées ? Est-ce qu’on doit lever les bras ? On peut chalouper ? Bref ? Qu’est-ce qu’on fait dans ce genre de situation ? Le chanteur relève le problème en voyant le public qui a payé pour des places assises. Ils ne sont pas assis, ils se sont levés après trois chansons, ils ont envahi les allées. Il répondra : on fait ce qu’on veut.

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Tu connais l’expression : deux salles, deux ambiances ? À Pleyel, ce soir, c’est une salle, plusieurs ambiances. On retient son souffle sur « L’Ennui des après-midi sans fin » et sur « À trop courir ». On écoute attentivement parce que les paroles nous renvoient forcément à des situations qu’on connait, qu’on a connues, qu’on ne voudrait plus connaître ou qu’on aimerait rencontrer de nouveau.

En écoutant « L’Ennui des après-midi sans fin », ce cours d’ennui, on rêverait presque de jeter le téléviseur depuis le sixième étage d’un immeuble, pour ralentir le rythme. On rêve révolution, on lève les bras, on s’imagine parfois dans un clip des 90’s, on aime en demi-teinte Paris, on espère qu’un jour quelqu’un nous écrive une chanson comme « Ma Femme ». Ambiance tropicale ou silencieuse, tamisée ou électrique, Gaël Faye nous a proposé le full package avec une certitude : ce n’est pas que du son qui coule dans ses veines en BPM, il y aussi beaucoup de poésie.

Photos : Sabins Bouchoul

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