« 13 Novembre : Fluctuat Nec Mergitur » : une conversation, les yeux dans les yeux

CHRONIQUE – On a regardé « 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur » des frères Naudet sur Netflix. Un documentaire éprouvant, bouleversant, mais finalement nécessaire. 

J’ai fini Fluctuat Nec Mergitur, il y a à peine dix minutes. Regarder les trois épisodes m’a pris un temps fou. J’avais besoin de faire des pauses toutes les dix minutes parce que revivre cette soirée cauchemardesque est une épreuve. Mais cette fresque impressionnante des frères Naudet est aussi un mal nécessaire. C’est surtout écouter les témoignages des victimes, des pompiers, des agents de la BRI qui sont parfois difficiles à écouter. Pas le récit de l’horreur, mais les petits histoires presqu’intimes. Un papa qui raconte sa détresse quand il dit « ne pas avoir su protéger son fils« . Un otage qui se souvient avoir pleuré et appelé « maman » quand il se rend compte qu’il est vivant alors qu’un des terroristes venait de se faire exploser juste devant lui. Ce couple qui refuse absolument de mourir parce qu’ils ne veulent pas que leur fils de quelques mois se retrouve orphelin. Ce mec qui s’effondre en larmes dans les bras de son père en rentrant chez lui après avoir vécu l’enfer. Ces personnes qui s’aident, se rassurent, se donnent du courage, se prennent dans les bras, par la main alors qu’ils ne se connaissent pas.

Ce qu’il s’est passé le 13 novembre, on l’a encore bien en mémoire. C’était il y a deux ans, mais c’est comme si c’était hier. J’imagine que toi aussi, tu peux dire exactement où tu es été quand cela c’est passé, ce que tu as ressenti, le message que tu as envoyé à tes parents, à ton mec, ta nana, ta sœur ou ton frère. La pensée qui t’as traversé l’esprit. Les vêtements que tu portais. Regarder ce documentaire, c’est revivre cette soirée avec tout le package d’émotion qu’on a traversé cette fameuse nuit irréelle.

Faire un documentaire si tôt alors que la plaie n’est pas encore refermée (le serait-elle vraiment un jour?), était-elle une bonne chose ? Je pense que oui. Surtout que les réalisateurs Jules et Gédéon Naudet ont choisi de traiter le sujet d’une manière très sensible, dépourvue de sensationnalisme ou de voyeurisme.

L’héroïsme discret

La parole est donnée aux hommes et femmes qui ont accepté de raconter leur nuit sans se cacher, sans occulter leur émotion. Hommes politiques (François Hollande, Bernard Cazeneuve, Anne Hidalgo), pompiers, policiers, BRI… Trois épisodes de cinquante minutes, pas de statistiques, pas de décomptes des corps, pas de voix off. Aucune voix off. De l’humain. Que de l’humain. Les appels dans les postes de pompiers et police (c’est la première fois qu’on les découvre), la panique dans la voix des passants, des souvenirs, des flashs, des moments qui sont restés gravés : un téléphone qui sonne, un « maman » qui s’affiche sur un écran, deux personnes qui s’enlacent, des regards qui s’échangent, une personne qui accompagne un mourant dans ses derniers moments, alors qu’il ne le connaît pas. Les voisins qui descendent pour ramener des couvertures pour les blessés et les morts, par solidarité, comme pour dire « on est avec vous, on ne vous abandonne pas ». Des pensées qui traversent l’esprit parfois surréalistes quand on croit que c’est fini (« je me dis que je vais me faire tuer par un mec en jogging », « j’espère que j’ai rangé mon appart pour pas que mes parents aient à le ranger », « j’avais de la chance, j’étais sur vibreur ».), des choses stupides que l’on fait où au contraire des gestes héroïques que seul l’instinct de survie peut dicter, le besoin d’aider l’autre qui va mal alors que soi-même on souffre. « L’héroïsme discret« . De l’émotion, il y en a partout. Même Anne Hidalgo a du mal à retenir ses larmes quand elle se rappelle cette nuit-là.

Fallait-il ce documentaire ? Oui, parce qu’il fait office de thérapie. C’est aussi un devoir de mémoire. C’est bouleversant, glaçant, c’est très bien réalisé, avec pudeur et parfois crudité mais toujours avec un immense respect pour la parole. C’est nécessaire. Assurément nécessaire. On pleure beaucoup, on se sent pas très bien, souvent. On se sent un peu unis aussi. Cela nous rappelle que battu par les flots, on ne sombre pas. Que même à terre, Paris se relève. Et, qu’à la fin, c’est toujours l’amour qui gagne.

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