Le ciel étoilé au-dessus de ma tête : un huis clos déjanté

CINÉMA – Dépêchez-vous d’aller voir ce petit bijou de folie douce ! C’est un film dont on ressort avec… des étoiles dans les yeux.

Pour son premier long-métrage de fiction, Ilan Klipper pose sa caméra dans un appartement parisien et n’en sort, à l’instar de son personnage, que lors de coups de folie. Connu pour ses documentaires d’infiltration – notamment au sein des forces de police – et pour un super court-métrage – Pandore qui en caméra fixe surveille l’entrée d’une boîte de nuit -, le réalisateur offre une fois encore une vision psychédélique de l’être humain. Le ciel étoilé au-dessus de ma tête, est une perle rare et surprenante, un bel objet coloré et un déroulement touchant et amusant.

Le ciel étoilé au-dessus de ma tête

 

24h de la vie d’un écrivain dérangé

Auteur d’un seul et unique roman à succès publié 20 ans plus tôt, Bruno (Laurent Poitrenaux, maîtrisant à merveille les sautes d’humeur), la cinquantaine bedonnante, tente aujourd’hui en vain d’écrire les pages de son deuxième bouquin. Reclus chez lui – un grand appartement encombré de livres, de photographies et d’objets bizarroïdes un peu crado – il ne semble avoir pour seuls compagnons que sa colocataire (Alma Jodorowsky, très touchante), jeune femen en devenir, et son oiseau qui refuse de parler. La nuit, pendant que Justina, la coloc, fait la fête dans sa chambre, Bruno erre en slip, cherchant l’inspiration. Après une nuit mouvementée, ses parents accompagnés de la mystérieuse Sophie (Camille Chamoux, très juste), frappent à la porte. Une ex et des amis arrivent quelques minutes plus tard. Bruno, décontenancé, apprend rapidement qu’il s’agit d’une intervention commanditée par ses proches, inquiets de son état psychologique. La joyeuse après-midi en famille tourne vite au cauchemar paranoïaque.

Respectant à la lettre la règle des trois unités – un lieu unique, l’appartement ; une durée d’action vraisemblable, une nuit et une journée ; une seule action ; très peu parasitée par d’autres intrigues – Le ciel étoilé au-dessus de ma tête s’inspire dans sa mise en scène du théâtre classique. Les scènes s’enchaînent entrecoupées de quelques apartés où Bruno se perd dans ses fantasmes. Et au fil du récit, la folie prend possession de l’appartement entier. On ne sait plus bien qui sont les fous, où est la réalité, et si la distinction est vraiment nécessaire.

Le ciel étoilé au-dessus de ma tête
 

Un bijou psychédélique haut en couleur et en musique

Dans son cadre presque carré et son grain assumé, l’image ressemble aux vidéos de famille. Le large spectre de couleurs, que font exploser les scènes de rêve, en fait un objet pétillant et captivant. Et la bande-son n’est pas en reste. C’est Frank Williams, chanteur et guitariste franco-américain, qui signe avec talent l’orchestration du récit, notamment au sein du groupe The Ghost Dance. On le voit même à l’écran chanter « Ophélie », accompagné d’une guitare acoustique et des yeux intrigués de groupies alcoolisées. Quelques titres classiques, tels que le « Don Giovani » de Mozart, sont réarrangés. Et on se surprend même à danser sur « Petites Poupées » à la manière de Justina.

Le ciel étoilé au-dessus de ma tête est fascinant autant pour les yeux que pour les oreilles. Les personnages agacent autant qu’ils émeuvent. En somme, on en sort conquis et incrédule. Le temps aura passé bien vite au cœur de cette tempête psychédélique.

Le ciel étoilé au-dessus de ma tête, de Ilan Klippler, avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Maryline Canto, Alma Jodorowsky, Frank Williams. En salles depuis le 23 mai.

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