Route du Rock 2018 : le dimanche qui fait danser la foule

RDR 2018 – Dernier jour sur le site du Fort de Saint-Père. La Route du Rock se termine. Et elle a décidé de faire danser les festivaliers jusqu’au bout de la nuit.

Comme toujours, on est dans la place dès le début. Il ne faut jamais loupé le début des festivals. C’est le meilleur moment. En plus, on est resté sur notre faim avec Forever Pavot à la plage Arte Concert, au pied d’intramuros. Trop de monde. Heureusement qu’on l’avait vu au Pelpass Festival.

Un trajet en navette plus tard, on est donc devant King Tuff. Je veux la même casquette que ce gars. Le roi du garage, grand pote de Ty Segall, a le don de jouer un mélange de pop et de rock indé jouissif. De ceux qui te file la banane immédiatement. Qui te font danser. Avec sa bassiste et sa guitariste, duo ultra cool à gauche, des nappes de claviers bien senties et une batterie groovy à souhait, le public se déhanche, remue les épaules, dodeline de la tête. Petite teuf pour bien démarrer. Et ça aura été la première d’une longue liste ce soir.

Du punk et de la pop sur la scène du Fort

Protomartyr fait peut-être exception. Avec eux, on ne danse pas. Avec eux, on a envie de sauter et de headbanger. Mais je ne sais pas si c’est l’heure qui n’est pas adaptée, ou si c’est le public qui est décidément trop mou. Parce que franchement, je ne comprends même pas que les mecs de la sécurité ne soient pas débordés par les slammeurs. Le chant de Joe Casey est dingue. Tellement que j’aurais juré qu’il était anglais. Ça se présente avec sa veste et son verre, doublé d’un flegme incroyable. Ça scande et chante des paroles punk à mort. Et ça envoie sévère derrière les fûts. C’est le genre de groupe qu’on croirait vraiment sorti d’un sous-sol londonien, et non de Detroit. Bref c’est magnifique de colère crachée à la figure.

La suivante, c’est la « tête d’affiche » Charlotte Gainsbourg. Les amoureux de la pop en français sont réunis autour de la scène du fort, devant d’immenses carrés néons et le piano imposant au milieu de scène. Les premiers applaudissements vont à Babe, aka Gérard Black, l’écossais extrait de François & The Atlas Mountains, qui accompagne le groupe. Charlotte sait donc s’entourer. Assise à son piano, look jean et yeux charbonneux, elle entame un set qui figurera tout du long sous les auspices de la pop électro comme les français savent le faire. Le tout dominé par sa voix candide et cotonneuse. Les titres de son dernier album Rest se sont mêlés aux tubes plus anciens (« The Songs That We Sing ») et aux duos formés avec son père (« Charlotte Forever »). Un concert qui a comblé les fans.

Phoenix met toute la Route du Rock d’accord

Changement d’ambiance avec Superorganism, le collectif néo-zélandais / coréen / anglais / australien /japonnais. Une belle petite troupe colorée sur scène, qui évolue sur fond de vidéos régressives (smileys, jeux vidéos vintage, etc), et qui incarne à elle seule toute la pop culture de notre époque. Inutile de préciser que c’est hyper dansant, une fois passée la gêne concernant Orono, la front woman dont l’air blasé empêche de pleinement se lancer dans la fête au départ. Mais à force de chorégraphies et paillettes, les 8 musiciens arriveront à embarquer la foule avec eux dans un moment pleinement feel-good.

Ils sont la parfaite introduction à Phoenix. Soyons honnête quant à ma situation face à Phoenix : je n’ai jamais aimé leur musique. Les ayant déjà croisés en festival il y a fort fort longtemps, j’avais trouvé ça plat et sans intérêt, confirmant que je n’accrocherai jamais. Force est de constater que j’ai vieilli, ou qu’ils ont bien évolué, ou les deux. Parce que dès le début, bim, j’ai envie de sauter partout. Comme l’ensemble du public d’ailleurs. Thomas Mars compris, en fait (qui ira d’ailleurs slammer dans la foule). Avec une débauche de couleurs et de visuels assortis à chacun de leurs albums, les tubes s’enchaînent sans nous laisser le temps de souffler. Tu te souviens de « 1901 » ? de « Lisztomania » ? de « If I Ever Feel Better » ? de « Rallye » ? Elles sont toutes là, mêlées à quelques titres de Ti Amo, dernier album au visuel 100% love et gros cœur rouge sur la batterie. Mais mon moment fort à moi, ça restera « Playground Love ». Morale de l’histoire : ne jamais dire jamais.

L’opéra rock à la Lemon Twigs

Mais, tempérons tout de même quelque peu. Phoenix n’aura pas la palme de mon concert préféré de la soirée. Non, celle-là, je savais d’avance à qui elle reviendrait. The Lemon Twigs l’emportent haut la main. Leur 2e album sort dans quelques jours à peine et le concert était l’occasion de confirmer toutes les promesses. Ce sera grand. Ce sera beau. Brian et Michael D’Addario ne savent pas faire autrement. Pour ceux qui n’auraient aucune idée de qui sont ces 2 génies (oui, le mot est lâché), il faut imaginer un croisement entre les Beatles et Queen. L’efficacité des mélodies des premiers, le charisme et la grandiloquence des seconds, la légende des deux rassemblés. Sur scène, dieu que le tableau est beau. Michael D’Addario est le feu androgyne qui se déhanche et balance des kicks dès que la tension intérieure se fait insurmontable. Brian, lui, a une classe moins explosive mais qui le pousse régulièrement sur l’avant-scène. Les deux, sans exception, ont une voix à faire pleurer d’envie. Impossible de ne pas penser à Freddie Mercury. Parce que les deux petits gars de Lemon Twigs sont à quelques tubes universels près d’aller tutoyer la légende.

Dans un genre plus calibré grand public débarque la troupe de Jungle. En parlant de tube, on tient un bon morceau avec le célèbre « Busy Earnin' ». Le secret de ce groupe réside clairement dans la production et les sons de synthèse. Mais les deux frontmen assurent tout de même le show dans une débauche d’énergie tempérée par la classe des deux choristes féminines de chaque côté. Ça groove, et dans le déluge de lumière dorée provenant de la scène, la foule, plus clairsemée sur les côtés et dans le fond, n’hésite pas à s’improviser danseurs de tous côtés. De quoi préparer tout le monde pour la plus grande chenille lancée juste après, en attendant The Black Madonna, pendant que je prends la poudre d’escampette et clôt cette intense route du rock 2018.

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