Seasick Steve et Prinz Grizzley : quand la country et le blues s’installent à la Laiterie

LIVE REPORT – Trois dates françaises pour le Can U Cook ? de Seasick Steve, dont une à la Laiterie mercredi. C’était plein, c’était chaud, mais ce n’est pas Steve qui nous a le plus emballé.

Je pourrais commencer tous mes articles de la même manière. Je l’ai déjà fait 10 fois. Je vais le refaire. ON NE LOUPE JAMAIS UNE PREMIÈRE PARTIE. C’est la seule et unique règle à suivre quand il s’agit de musique. Tant et si bien que mercredi soir, ça a été la course pour ne pas déroger à la règle. Ce stress de savoir que ça commence quand tu es encore à attendre ton pass et ton vestiaire… Ce que j’entends de loin me plaît déjà, alors je me presse et ne loupe qu’une chanson. Ouf. Ouf, parce que je m’en serais terriblement voulu d’avoir loupé plus.

Pedal steel guitare d’un autre continent

Devant moi joue Prinz Grizzley. Un rapide coup d’œil pour comprendre qu’on est dans un autre monde. Un mec derrière une pedal steel guitare, avec une coupe de cheveux qu’ABBA n’aurait pas renié, un leader barbu à casquette et santiags, un bassiste à chemise à pois, un batteur au brushing impec’. On tient le combo assumé du groupe qui traduit par l’image le style de sa musique. Country-folk, americana, appelle ça comme tu veux, mais il est évident qu’on lorgne bien fort du côté des plaines américaines. Tant et si bien qu’en fermant les yeux, on se sent courir à dos de bison dans les prairies du midwest, un brin d’herbe entre les dents. Et moi les groupes qui me font voyager, j’aime ça.

Alors on pourra regretter un manque d’originalité, peut-être de modernité ou que sais-je, mais pour moi très vite, le concert de Prinz Grizzley devient un véritable coup de cœur. Le public s’y laisse prendre également, tapant des mains avec enthousiaste quand nécessaire. Entre la maîtrise de chaque musicien de ce band, les « Beargaroos », et la voix de Chris Comper, le frontman, je ne sais plus où donner des oreilles et savoure cette impression de revivre une époque que je n’ai pas connue. Et bien que ce ne soit que le 2e passage français de ces Autrichiens, je croise les doigts forts pour les revoir rapidement.

Seasick Steve, le personnage

Seasick Steve, lui, m’est un peu plus familier. L’artiste est devenu un personnage, au fur et à mesure de ses histoires racontées, souvent enjolivées, mais bien rôdées. Une marque de fabrique, qui l’a aidé à finalement percer en 2006 dans le délicat milieu du blues. Mis en lumière par Jack White, le mec parcourt depuis les plus grandes scènes du monde accompagné de son batteur du même âge (pas tout jeune, donc). On ne te refait pas la biographie complète.

Après une tournée des festivals cet été, trois dates françaises ont été prévues en salle pour la promotion de Can U Cook ?, nouvel album du groupe. Et dans cet album comme sur scène ce soir-là, on ne joue pas non plus la carte de l’originalité. Rien de neuf dans le monde musical de Seasick Steve. En même temps, ça tombe bien, ce n’est pas vraiment ce qu’était venu chercher le public, qui s’était déplacé en masse. On retrouve avec joie les guitares bricolées avec plaques d’immatriculation et planches à laver. On retrouve les barbes blanches. On retrouve les voix éraillées. Et on retrouve ce blues diablement efficace à la batterie percutante qu’on aime tant chez Seasick Steve. Une valeur sûre qui, sans briller de milles feux, fait le taf tellement bien qu’on en redemande.

Une machine bien huilée

Vieux titres et nouveaux se mêlent dans une totale homogénéité, mais s’enchaînent avec parfois, malheureusement, des problèmes de saturation du son. C’est le seul petit bémol, avec aussi peut-être cette impression de gros show bien rôdé. Preuve en est la montée sur scène d’une fan à pancarte, qui se verra offrir un bel album bien préparé, après avoir passé une chansons d’amour les yeux dans les yeux avec le vieux grigou. Et ces passages un peu convenus de discussion avec le public, où Steve raconte à quel point parfois la nouvelle manière de faire de la musique avec ordinateur lui donne envie de rentrer chez lui avec son chien. Tout ça n’est pas loin de me faire soupirer d’ennui, moi qui préfère de loin laisser parler la musique plutôt que d’entendre les crises de jeunisme. Mais dieu merci, cela nous amène au plus joli moment du set, avec la venue de Prinz Grizzley à l’harmonica pour un duo sur le nouveau titre « Last Rodeo ».

Alors oui, j’ai adoré cette soirée, j’ai aimé Seasick Steve, mais c’est définitivement Prinz Grizzley qui m’a rendue heureuse de m’être déplacée. Les premières parties, on vous dit. Toujours.

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