Retour des Rival Sons : retour aux origines du (vrai) rock

CHRONIQUE – Sixième album en dix ans pour les Rivals Sons, et si vous étiez vous aussi affamés et en attente de vrai bon rock, nous vous invitons à notre table : le festin « Feral Roots » est servi !

Quoi de neuf du côté des discrets Rival Sons ? « Des qui ? » me direz-vous. Car oui pour un groupe de rock, et de rock plutôt dur, proche du métal, ce n’est pas nous qui l’inventons mais prenons pour preuve leur participation au très respecté Hellfest en 2016, et la tournée d’un an en ouverture de Black Sabbath, ces garçons ne défraient aucunement la chronique. Ne font pas parler d’eux. Sous (hélas) quasi aucune forme. Tout juste un compte Instagram où sur un des derniers posts, Scott Holiday, guitariste aux moustaches travaillées et look de dandy, est en train de boire une tasse de thé Earl Grey un dimanche, et nous encourage à en faire autant. Super rock’n roll ! Mais pourtant, on peut vous assurer que cette équipe testostéronée en a sous leur Fuzzbox pour vous et il était temps qu’on vous en parle.

Rage et bonheur

Les voici donc de retour avec un sixième album, Feral Roots. Vous l’aurez compris, on n’est plus à un paradoxe près avec ces garçons, et Feral Roots qui signifient littéralement les « racines sauvages » n’est pourtant pas aussi sauvage que les premiers albums. Ou différemment, plus accessible. Jusque-là les Rival Sons faisaient partie de nos playlists « chaleur », du rock bluesy, bien lancinant, moite, assez noir. Parfois aussi violent dans leurs riffs que ce qu’ils arrivaient à être tendres dans leurs ballades. Dans ce nouvel opus, le loup présent sur la pochette du précédent album Hollow Bones, a laissé place à un chien, de chasse certes, mais visiblement mort ou en tout cas bien fatigué, et le museau dans les fleurs. Devant un flamant rose. Bon. Jolie métaphore d’un album à l’autre, car effectivement les rockeurs sont toujours enragés, mais ont visiblement trouvé le chemin du bonheur. La noirceur a fait place à la bonne humeur et à l’hymne de stade, avec chœur et autres refrains à faire s’allumer les briquets, pardon, les portables.

En soit, ce n’est pas vraiment un reproche de s’être un peu éloignés de leur côté obscur, même si c’est vrai que depuis « la mort » des Black Keys tout ce qui nous amène un peu de stupre est tout particulièrement chéri. Car il faut dire que le résultat est très excitant, surtout en ce début d’année 2019, qui fait suite à une année 2018 assez peu rock au global. Les garçons viennent de Californie mais pour autant il y a des influences du Sud des États Unis, comme le blues, qui transpirent dans leurs albums et qu’ils assument totalement. Ils refusent tout étiquette pour définir leur rock, hard rock, métal, peu importe, ils n’ont à chœur que de séduire leur public. Mais ils aiment décrire leur son comme notamment de la « blue-eyed soul ». La soul étant de la musique noire, par définition, mais jouée ici par les blancs becs, aux yeux bleus donc. Non seulement la soul est très présente dans Feral Roots, mais on en a même tous les codes avec des chœurs très gospel sur certains titres. Titres qui furent, pour les plus souls comme « Imperial Joy », enregistrés dans les studios Muscle Shoals en Alabama, dont les murs raisonnent encore des sessions d’Aretha Franklin, Percy Sledge ou encore Etta James.

En découdre

Dès les premières notes du titre « Do Your Worst » qui ouvre l’album on comprend que les gars ont envie d’en découdre. Du gros son de guitares électriques saturées, une batterie qui frappe fort, voilà un titre inécoutable sur n’importe quelle radio commerciale, française en tout cas, du vrai bon rock. Il est évident que l’ombre de Led Zeppelin plane au-dessus du groupe, ici et depuis quelques albums déjà. Mais Feral Roots explore aussi d’autres terrains, comme dans le titre éponyme et dans l’intro de « Look Away » où cette fois c’est plutôt Neil Young qui semble rendre visite aux Californiens. « All Directions » les voit chasser sur les terres d’Elbow, avec une mélodie grandiose et très cinématographique. Notre coup de cœur reviendra à « End of Forever » qui est probablement une des meilleures « break up song » qu’il puisse être. Une guitare ultra-métallique et inquiétante, Jay Buchanan et ses hurlements nous y déchirent les tripes, des paroles à mi-chemin entre le regret et la haine, recette parfaite pour faire de ce titre un petit chef-d’œuvre.

Car oui, ce n’est pas parce que l’on fait du rock que l’on ne peut pas parler d’amour, de passion dans la peau comme sur « Too Bad », ou encore de Nature sur « Feral Roots ». C’est probablement d’ailleurs la raison pour laquelle nos cœurs de midinette finissent de fondre pour ces fausses brutes. Jay Buchanan en leader charismatique sait manier le velours comme le rugissement dans sa gorge. Lorsque le lion prend le dessus, les vieilles dames s’accrochent à leur sac à main et on couvre les oreilles des enfants. Mais lorsqu’il est dans le velours, soyons honnêtes, il est plus proche du gendre parfait que d’Ozzy Osbourne. On vous l’a dit, Rival Sons c’est un paradoxe, et c’est ce qui les rend extrêmement sympathiques. C’est d’ailleurs sur leur reprise (improbable) d’un des titres phares de Grease, « Hopelessly Devoted To You » que nous souhaitons finir d’attiser votre curiosité.

En tournée en France le 25 Février au Transbo à Lyon, puis au Mainsquare cet été.

Crédit photo : Jimmy Fontaine

Advertisements