« Everything Not Saved Will Be Lost » : la fin du monde selon Foals

CHRONIQUE – Foals est de retour avec un album ambitieux. Après un coup de mou, le groupe revient plus flamboyant que jamais et dresse un état des lieux du monde.

C’est quoi être fan de rock aujourd’hui ? C’est aller souvent de déception en déception. Parce que le rock n’est plus à la mode, les rockeurs ont dû s’adapter aux époques et à ce qui marche. Les disques sont moins audacieux, moins ambitieux, les riffs dilués, les rythmiques polluées par des nappes synthétiques parfois inutiles. On ajoute des chœurs à tout va, des paroles en onomatopées faites pour les stades espérant qu’elles permettent aux groupes de toucher un large public. De la musique pour les masses, comme dit l’album de Depeche Mode.

Foals était un des groupes les plus audacieux des années 2000. Antidotes, paru en 2008, était un remède à la morosité ambiante. C’était sophistiqué, détonnant, étonnant. Excellent. Avec le temps, tout s’en va. Foals n’a pas échappé à cette maladie qui ronge les formations rock : s’enfermer dans le facile, le conventionnel. Résultat : What Went Down était un album raté. Mou. Usé. Après tout, il veut dire « ce qui a foiré ». On sait que c’est un album dont on ne se rappellera pas. Mais pour Foals, il a aussi joué le rôle de détonateur. C’était le point de non-retour. La remise en question totale.

Foals 2.0

Le quintette devient quartet. Walter Gavers, épuisé par les tournées et le rythme infernal qu’impose l’industrie musicale moderne, lâche ses potes. Il ne sera pas remplacé. Yannis Philippakis, le leader charismatique du groupe part se réfugier en Grèce pour un break mérité. Sur les terres de son père, il se ressource, se nourrit de musique traditionnelle grecque et dessine les contours d’un Foals 2.0. La bande d’Oxford délocalise ensuite à Londres.

Plus soudés que jamais, isolés, à l’abri des regards extérieurs et des parasites, les garçons travaillent d’arrache-pied. Il n’y a pas de pression, pas de délai. Ils font ce qu’ils veulent et ils ont finalement accouché d’un projet ambitieux. En deux parties. Everything Not Saved Will Be Lost est en album en deux parties. La première est sortie ce vendredi, la deuxième arrivera en automne. On découvre non sans délectation un groupe qui a retrouvé des couleurs et son goût pour les explorations sonores, les longues plages expérimentales et les rythmiques complexes.

Post-Brexit

Yannis Philippakis a également retrouvé sa plume poétique pour faire un état des lieux du monde. Et il n’est pas joyeux. La faute au Brexit, à Donald Trump, au réchauffement climatique. Aux nouvelles technologies et à cette incommunicabilité générale dans un monde où pourtant, communiquer avec l’extérieur n’a jamais été aussi simple. S’il y a une chose qui se vérifie de l’autre côté de la Manche, c’est que plus les temps sont compliqués, plus les artistes sont inspirés.

Si l’album est pessimiste dans les textes, la déprime de Foals n’est pas larmoyante. Elle est rageuse. Elle est étrangement stimulante. C’est tout le paradoxe de la musique du groupe. On y retrouve ce qui nous séduisait au départ. Des compositions saccadées, dansantes, explosives. Des atmosphères pesantes ou planantes, des voix éthérées, des percussions mêlées aux sonorités électroniques, des lignes de basses exquises. Et des touches radioheadiennes par moment. Comme sur « Cafe d’Athens » et ses résonances africaines qu’on jurerait avoir été écrites et composées par Thom York.

On a retrouvé le Foals qu’on a tant aimé et on parie que leur passage à Rock en Seine sera flamboyant. Si on n’attendait pas vraiment ce cinquième album, on est déjà frustré de ne pas savoir ce qui arrivera au monde de Foals. Il va falloir attendre l’automne pour avoir la conclusion.

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