Keren Ann, belle et « Bleue » est la disparition amoureuse

CHRONIQUE  – La disparition fut son dernier album francophone. 17 ans plus tard, Keren Ann revient à la langue de Molière, pour une beauté Bleue.


42 est la réponse à La Grande Question sur la vie, l’univers et le reste. Mais 42 est aussi la durée de ce nouvel album de Keren Ann. 42 minutes pour détruire nos vies amoureuses. 42 minutes de pure beauté, où la chanteuse revient aux sources : musique minimaliste, voix et paroles au premier plan.

Très maritime par ses titres, Bleue nous replonge au début des années 2000. Impossible de ne pas penser à Rose Kennedy de Biolay et La disparition, second opus de Keren Ann. Les mélodies sont, à se méprendre, très proches. Les thématiques, aussi. On plonge et on se noie avec Keren Ann, dans des amours perdus et impossibles.

Il me tue cet amour

Paroles de « Sous l’eau »

Une métaphore maritime et amoureuse…

Rien n’est plus clair. L’amour s’en va. « Bleu », « Le fleuve doux », « Nager la nuit », « Sous l’eau » détruisent les idéaux que l’on peut se faire de l’amour. En moins de 15 minutes, tout en métaphore maritime, Keren Ann nous répète que l’amour rend dingue. « J’ai beau comprendre que tu as tourné la page, que tu suivais la foudre, que tu craignais l’orage. J’ai beau me dire, qu’entre les rivages, on aurait pu finir échoués sur la plage ».

Frissons, frissons. Tels sont les émotions que l’on ressent à l’écoute de cet album. Et ces frissons se multiplient lors de l’écoute d’ « Odessa, odyssée » : « Mon amour, je dois courir. Mais je ne sais qui ni quoi je cours après. Odessa, odyssée. Je sais qu’il y a des choses à fuir, il y a cent mille regards à éviter. Odessa, odyssée ». Les paroles résonnent fort dans notre cœur. Keren Ann sait utiliser les mots à bon escient. Après ses périples anglophones, on l’aurait presque oublié. Jamais elle ne nous aura aussi chamboulé qu’avec ce « Bleue ».

Tu étais mon amour, bébé
Mais tu avais le coeur lourd, bébé 
On est devenus sourds, bébé 
Je n’avais aucun recours, bébé 
Tes appels au fond courent, bébé 
Ce n’est pas très glamour, bébé 
Moi j’attends ton retour, bébé 
Moi j’attends ton retour, bébé

Paroles de « Le goût était acide »

…aux différents goûts

Tout est maîtrisé. Tout est scrupuleusement bien arrangé. Seul bémol de cet album : le duo avec David Byrne. « Le goût inachevé » porte bien son nom. L’accent new-yorkais du chanteur des Talking Heads dissone quelque peu des sonorités de « Bleue ». Pour retrouver les frissons, il faudra attendre la fin de l’album : « Le goût était acide ». Les paroles, la mélodie, la manière de clamer un texte glaçant, rappellent Benjamin Biolay.

Sublime est Bleue. Il nous fait voyager. Il nous transporte dans un univers que nous ne voyons plus, depuis bel lurette. La chanson française se veut être de plus en plus pop, et l’informatique prend le dessus sur l’acoustique. Bleue est à contre-courant de la musique actuelle. En revenant aux sources et au français, Keren Ann nous emporte et nous fait chavirer. On demande à se noyer encore et encore.

Bleue, sorti le 15 mars 2019, chez Polydor.
1 – Les jours heureux
2 – Bleu
3 – Le fleuve doux
4 – Nager la nuit
5 – Sous l’eau
6 – Ton île prison
7 – Odessa, odyssée
8 – Le goût d’inachevé
9 – La mauvaise fortune
10 – Le goût était acide

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