90’s : la nostalgie douce-amère de Jonah Hill

CINÉMA – Acteur au talent indéniable, comique mais pas que, Jonah Hill est désormais un réalisateur très prometteur. Avec 90’s, chronique adolescente sur fond de skate, il réussit haut la main son baptême derrière la caméra.

Les premières fois ne sont pas toujours heureuses. Mais celle de Jonah Hill (SuperGrave, Le Loup de Wall Street) derrière la caméra prouve le contraire. Avec 90’s, son premier film en tant que réalisateur, l’acteur de 35 ans signe une chronique adolescente drôle, émouvante et universelle, portée par des acteurs attachants.

De premières fois, il en est largement question dans 90’s. Première cigarette, première cuite, première baston, première fois avec une fille…Logique puisqu’on y suit Stevie, adolescent de Los Angeles qui a du mal à trouver sa place entre une mère absente et un frère tyrannique. C’est vers une bande de skateurs que le garçon va se tourner pour obtenir le réconfort qu’il ne trouve nulle part ailleurs et finir par s’épanouir. Le skate, un milieu que Jonah Hill connaît bien ayant lui-même pratiqué ce sport dans ses jeunes années.

Le film n’est pas autobiographique pour autant, comme il l’avait lui-même déclaré : « C’est un milieu que je fréquentais beaucoup pendant mon adolescence. Je ne me débrouillais pas très bien en skate, mais je cherchais une tribu. » Le thème central du long métrage reste l’amitié, l’importance d’appartenir à un groupe, qui plus est à l’adolescence et tout ce qu’on est capable de faire à cet âge-là pour avoir l’air le plus cool possible (comme par exemple voler de l’argent dans le porte-monnaie de sa mère).

Illusion parfaite

90’s porte bien son titre. L’époque (charnière aussi pour le metteur en scène né en 1983) est parfaitement retranscrite à l’écran : les walkman, les K7, les baggys dix fois trop grands, les barrettes dans les cheveux, tout y est. Jonah Hill a même choisi de tourner entièrement en 16 mm et en format 4:3 pour encore plus de réalité. Le retour en arrière s’opère aussi parfaitement grâce une bande son impeccable, qui fait la part belle aux tubes hip hop de la décennie, de « Liquid Swords » de GZA à “When the Shit Goes Down” de Cypress Hill en passant par “Sucka Nigga – A Tribe Called Quest”.

On s’y croit également grâce au casting du film. Hormis Sunny Suljic, que l’on a notamment déjà croisé dans Mise à mort du cerf sacré, les autres ados de la bande sont des acteurs amateurs, mais des pros du skate. Il n’empêche que Na-Kel Smith, Olan Prenatt,  Gio Galicia et Ryder McLaughlin assurent comme des pros et dégainent des punchlines hilarantes à la minute. À noter que Katherine Waterston, qui joue la mère du héros, et Lucas Hedges, le méchant grand-frère, sont aussi excellents, employés ici dans des rôles à contre emploi de leurs partitions habituelles.

Tout ça pour dire qu’on est tombé complètement sous le charme de 90’s qui joue avec justesse de son côté nostalgique sans jamais tomber dans la caricature. Il y a un peu de Richard Linklatter, de Larry Clark et de Gus Van Sant dans ce premier essai qui laisse présager une belle carrière de cinéaste à Jonah Hill.


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