J.S. Ondara, le prince du folk qu’on prédit roi

LIVE REPORT – Parfois, il se passe des choses en concert. Tu ne sais pas trop à quoi ça tient, parce que rien ne t’y prépare vraiment. Hier, il s’est passé quelque chose au concert de J.S Ondara.

Tales Of America, l’album de J.S Ondara, ne m’avait pas préparée à ce que j’allais voir. Bien sûr, je ne pouvais que reconnaître la qualité folle de cet album. D’ « American Dream » à « God Bless America », le Kényan avait su dépeindre un tableau de son rêve américain assez juste et surtout musicalement parfait. Trop parfait à mon goût, tant les arrangements sonnaient trop en place, trop réfléchis, trop dosés. Il me manquait un chouia d’émotion brute. Un rien d’incontrôlé qui magnifierait l’ensemble. Oui, je suis difficile. Alors ce concert, je l’attendais pour me fixer enfin un avis sur ce garçon. Est-ce que tout serait aussi calculé et parfait ? Ou aurait-on droit à un autre visage ? Eh bien, un peu des deux…

Une image parfaite

J.S. Ondara est de ces artistes qui ne laissent rien au hasard. RIEN. Ni le costume (très vintage, à petites fleurs), ni la chemise (parfaite, en wax), ni le chapeau (attirail parfait du folkeux). Pareil niveau scénographie. Une énorme tenture en fond, nom en grand sur tableau antique, son étui à guitare, avec encore son nom en blanc, une petite table voilée de rouge pour déposer ses bouteilles, 2 guitares magnifiques, 3 micros de front suppléés d’un micro vintage au nom de l’album. L’esprit de l’Amérique est bien là, tant dans l’imagerie que dans l’énergie et la méticulosité déployées pour un seul homme.

Le set, lui aussi, sera calculé. Tous les titres de l’album y passeront, entrecoupés de petits discours peut-être bien rôdés mais d’une douceur désarmante. On apprend comment le jeune kényan s’est exilé aux États-Unis, comment a eu lieu sa découverte de Bob Dylan, lui qui croyait que « Knockin’ On Heaven’s Door » était des Guns N’Roses, comment il a appris quelques rudiments de français et pourquoi il a fini par choisir le froid Minnesota. Bref, le portrait policé d’un self-made artist qui a semblerait-il eu beaucoup de chance et se retrouve aujourd’hui étonné de tourner partout en France. Mais il est clair qu’il n’est pas arrivé là par hasard et doit moins tout cela à la chance qu’à son propre travail.

Le bonheur d’un set solo

Un perfectionnisme qui, encore une fois, rendrait les choses presque trop parfaites. Et elles le seraient, sans aucun doute, si le jeune artiste de 26 ans n’était pas en parallèle d’une gentillesse et d’une simplicité désarmantes. Grand sourire, générosité incroyable et ce talent incontestable. Sa voix défie toutes les comparaisons qui ont pu être faites et surpasse de très loin ce qu’on peut entendre sur disque. Il faut l’entendre entonner « American Dream » seul à la guitare, bien plus lentement que sur album, ou encore monter dans les aigus sur sa reprise de « Smells Like Teen Spirit », qu’il transforme en moment de grâce.

Et au milieu de ce set, complètement épatés par la grandeur de sa voix, qui nous fait apparaître la salle et la scène comme bien trop petites pour accueillir un talent pareil, il finit par me cueillir totalement. Voilà qu’arrive soudainement ce qui me manquait au plus profond. Sur « Television Girl », d’abord, d’une manière totalement inattendue. « Still I lie here on her bed, still I lie here on her chest ». Tu la connais cette impression ? Ces frissons qui montent et qui te font froncer les sourcils, en écoutant différemment, en regardant différemment l’artiste devant toi qui est en train de faire jaillir de l’instant un éclair de beauté incontrôlée…

La même chose se reproduit sur « God Bless America ». Là, c’est d’abord cette guitare dont s’échappe des cordes un son métallique qui résonne d’une manière toute particulière. Un côté nostalgie s’installe, une mélancolie particulière et puis soudain cette voix qui s’élève et qui l’accompagne, pure, haut, très très haut… Oui, décidément, il s’est passé quelque chose au concert de J.S. Ondara.

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