Help Us Stranger, nouveau succès imparable pour The Raconteurs

CHRONIQUE – The Raconteurs nous reviennent avec un troisième album, Help us Stranger. On peut pourtant l’affirmer dès le premier titre : ils n’ont besoin de l’aide de personne pour nous retourner !

Jack « Almighty » White est aujourd’hui le Dieu du rock sur Terre. Dieu car prolifique, généreux dans tous ses projets, les démultipliant comme les petits pains, et même s’il s’égare parfois loin dans ses explorations, à l’arrivée il retombe toujours sur ses pattes et nous propose une nouvelle résurrection. Enfant prodige, prophète du rock, choisissez vous-mêmes le terme biblique qui vous conviendra, mais Jack White, c’est Dieu. Alors oui, le dernier album solo nous avait laissés un peu perplexe, justement pour cause d’abus d’explorations, mais voilà, avec White, il n’y a jamais de temps pour le repos, et la rédemption à nos yeux arrivera par ce nouveau Raconteurs.

Après quelques écoutes, il faut se rendre à l’évidence, chaque morceau de cet album est absolument indispensable et s’incruste instantanément dans votre mémoire. On fredonne déjà dès la troisième écoute. Peu importe le territoire musical (rock bien sûr) auquel s’attaquent Brendan Benson et Jack White, c’est une réussite. L’alchimie qui opère entre ces garçons, soutenus par leurs deux autres compères Jack Lawrence et Patrick Keeler, est absolument fascinante et insuffle à leur musique une énergie totalement virale. White la superstar pourrait juste s’amuser avec un projet supplémentaire mais il n’est pas le leader ici, la vedette est tout à fait partagée avec Benson. Les harmonies entre les voix des deux rockers ne sont d’ailleurs pas sans rappeler celles d’autres illustres : on se surprend
souvent à penser à John Lennon et Paul Mc Cartney.

Un patchwork musical

On savait White particulièrement érudit, musicalement cultivé, passionné par des horizons divers. On connaît moins Benson, mais visiblement ces deux bébés ont partagé le même biberon. Hommage, influences plus ou moins conscientes ou clins d’œil, voilà en tout cas ce que nous ont inspirés ces titres.

On attaque fort dès « Bored And Razed », titre southern rock vintage, rythme rapide et guitares excitées, ça sent bon les années 70 ! « Help Me Stranger » semble chasser sur les plates-bandes pop rock de Beck. « Only Child » et ses harmonies vocales, son clavier psyché se pose comme une balade folk appelant les fantômes de l’ « Hotel California ». Et puis virage à 360 degrés, la guitare rageuse, si typique de White, et son cri d’écorché, qui patientaient tranquillement jusque-là, se lâchent enfin sur « Don’t Bother Me ».

De l’opéra rock pour saloon !

Et puis là, surprise, c’est Queen qui s’invite à Memphis ! « Shine The Light On Me » fut écrit par White pour son dernier album solo, mais il le fit écouter à Benson en lui commentant le fait que c’était un titre qui sonnait comme du Raconteurs, et qu’il était donc visiblement temps de s’y remettre. De l’opéra rock mais qui échange le piano classique pour le vieux piano de saloon de Jack. « Somedays (I Don’t Feel Like Trying) » commence comme une balade aux sonorités country qui se laisserait rattraper par une guitare quasi stoner. Et toujours ces harmonies qui donnent encore plus de force aux paroles nostalgiques, parfois même pleines de regrets des textes de cet album.

« Hey Gyp (Dig The Slowness) » voit les garçons s’amuser comme des garnements ! Ce titre sera la prochaine bande-son d’une pub ou d’un film potache avec course-poursuite ou bataille de polochons. Puis retour aux choses sérieuses avec « Sunday Driver », où cette fois c’est la guitare de T-Rex qui s’invite. Le typiquement Raconteurs « Now That You’re Gone » ne se positionne qu’en neuvième place sur l’album, ce qui prouve la confiance des garçons en ce titre et surtout en tous ceux qui le précèdent ! Le single phare d’un album étant classiquement présent dès les premiers titres, ici, le
groupe savait que nous aurions la patience d’attendre huit (excellents) morceaux avant de le retrouver. Joli pari, totalement gagné !

Les meilleures balades sont celles des rockeurs

« Live a Lie » nous ramène vers notre adolescence avec une guitare très Nirvana et un refrain que ne renieraient pas The Hives. « What’s Yours Is Mine » pourrait être un titre des Arctic Monkeys des débuts écrit par White pour eux. Brut, efficace, grosse batterie et collage de mélodies comme un kaléidoscope. Et quelle jolie manière de terminer ce voyage d’univers en univers avec « Thoughts And Prayers », balade romantique qui prouve une fois de plus que ce sont les plus grands groupes de rock qui écrivent les plus belles chansons mélancoliques.

La mélancolie est donc le fil d’Ariane de cet album, ici celle d’un hobo qui se souvient avec tristesse de ce qu’il a perdu. Là, le regret de la séparation et le manque cuisant de la personne aimée. Mais point de lamentation, on vous rassure tout ça reste du rock qui tache ! On pense à ces vieux titres de musique country folk où le cowboy chante la perte de sa blonde après une vilaine cuite au saloon. The Raconteurs est originaire de Detroit, mais cette page-là est bien tournée, la culture du Sud et Memphis transpirent dorénavant dans chaque titre.

La perfection Rock

Loin de nous l’idée de reprocher aux Raconteurs toutes ces références, car on le redit, cet album est absolument parfait du début jusqu’à la fin et chaque titre pourrait se transformer en tube. Là où on peut reprocher à de jeunes Greta Von Fleet de faire du copier-coller Led Zeppelin, ici on voit la maturité des Raconteurs et comment ils mettent au profit de leur album leur riche culture musicale. Il n’y a rien de volé aux prédécesseurs célèbres, mais de l’intelligence pour en extraire l’essence et la transformer en du Raconteurs. À vous de plonger dans cet album, mais on vous aura prévenus, vous n’en reviendrez pas…

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